Varia (suite)

Les textes sur cette page :

-Le cinéma à thèse est-il un documentaire ?
-«Du passé faisons table rase !» (sous la direction de Stéphane Courtois, chez Robert Laffont, 2002)
-Critique de livre: «Vivre et laisser vivre», par M. Michel Poulin


Notes diverses

Le cinéma à thèse est-il un documentaire ?

Au quotidien Le Soleil du 18 octobre 2004 (Le Soleil est un quotidien de Québec), il y avait une lettre d'un cinéaste québécois que je ne connais pas vantant le style documentaire de Michael Moore dans Fahrenheit 9/11 (ce titre m'apparaît inspiré du film Fahrenheit 451 qui était autrement plus profond avec ses pompiers non plus chargés d'éteindre les feux, mais de brûler les livres au nom du bien commun). Ce cinéaste québécois ne semble pas comprendre la différence entre les faits et l'interprétation des faits. Je cite:

«La réalité est une chose et la vérité en est une autre, même s'il y a un lien parfois entre les deux. Le documentaire, comme toute autre forme d'art, est subjectif et ne prétend rien d'autre que de démontrer un point de vue et défendre l'idée d'un auteur.»

Il défend l'exploitation des faits à des fins de propagande, quelque chose (mais en plus petit) comme Sergueï Eisenstein ou Leni Riefenstahl. Voici une autre citation qui lui répond. Elle est extraite du roman «Nineteen Eighty-Four», de George Orwell:

«Doublethink means the power of holding two contradictory beliefs in one's mind simultaneously, and accepting both of them. The Party intellectual knows in which direction his memories must be altered; he therefore knows that he is playing tricks with reality; but by the exercise of doublethink he also satisfies himself that reality is not violated. The process has to be conscious, or it would not be carried out with sufficient precision, but it also has to be unconscious, or it would bring with it a feeling of falsity and hence of guilt. Doublethink lies at the very heart of Ingsoc, since the essential act of the Party is to use conscious deception while retaining the firmness of purpose that goes with complete honesty. To tell deliberate lies while genuinely believing in them, to forget any fact that has become inconvenient, and then, when it becomes necessary again, to draw it back from oblivion for just so long as it is needed, to deny the existence of objective reality and all the while to take account of the reality which one denies -- all this is indispensably necessary. Even in using the word doublethink it is necessary to exercise doublethink

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«C» difficile au Québec:

Au Canada, d'après la Loi sur les armes à feu, c'est un acte criminel de ranger un fusil de chasse dans un garde-robe si le fusil n'est pas neutralisé (au moyen par exemple d'un cadenas à la gâchette).

Mais le gouvernement ne commettrait aucun acte criminel lorsque des gens meurent, pour cause de malpropreté dans des hôpitaux publics, atteints de la bactérie Clostridium difficile.

Il y aurait eu 200 victimes en un an dans les hôpitaux du Québec. C'est plus que le nombre d'homicides au moyen d'armes à feu dans tout le Canada, homicides généralement commis par des gens que la police connaît ou qui ont déjà un casier judiciaire.

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«Du passé faisons table rase !» (sous la direction de Stéphane Courtois, chez Robert Laffont, 2002)

Ce livre est la suite du «Livre noir du communisme» dont je fais une brève revue à la page capsules.html. Le livre noir, publié en 1997, n'a presque pas eu d'écho au Québec. Le Québec est devenu un petit laboratoire de propagande pour la plupart des médias francophones, sympathiques à tout ce qui pour eux signifie progrès, dont le régime de Castro, la Corée du Nord, Libération, Le Monde, en général tout ce qui est anti-américain.

Nos soi-disant forces progressistes nous préparent des lendemains qui déchantent. C'est grâce à elles si nous sommes si endettés et qu'on ne voit plus où vont nous conduire toutes «nos» dépenses «publiques». Le Parti québécois nous disait jusqu'à maintenant que si nous faisons tant soit peu un peu d'argent, il va nous taxer plus que les liberals. Tous ont hypothéqué les générations futures avec des dépenses d'épicerie. Mais le PQ est dépassé (que voulez-vous, c'est le progrès!) par la SPQ-Libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), par le parti de Françoise David (Option citoyenne) et par l'UFP (Union des forces progressistes). L'UFP qualifie même le PQ de néolibéral parce que le PQ propose seulement de nous taxer jusqu'à la moelle si nous faisons de l'argent (c'est la taxation dite progressive, selon les revenus), alors que l'UFP veut tout nous enlever pour financer ses objectifs (c'est la taxation sur ce que vous possédez). Le premier nous dit qu'il nous empêchera de posséder de plus en plus, l'autre que nous posséderons rien. Leur idéal de vie en société, c'est la vie en communauté religieuse. Vive l'égalité dans la pauvreté !

«Du passé faisons table rase ! (Histoire et mémoire du communisme en Europe)» est une lecture obligatoire pour qui veut savoir quoi répondre à tous ceux qui, sournoisement, veulent nous instaurer un régime de démocratie populaire, au nom de ce qu'ils entendent par progrès. Même s'ils ne se disent pas ouvertement communistes ou socialistes (le socialisme n'est que du communisme avec des gants blancs), nos progressistes ont pour objectif d'assujettir toute la population à leurs diktats.

Le livre passe en revue les expériences de manipulation sociale, par les communistes, en Roumanie, Bulgarie, Allemagne de l'Est (la Deusche Democratische Republik) et autres, y compris les acrobaties idéologiques des partis communistes en Italie et autres «partis frères», dont en particulier le Parti communiste français, qui portent le blâme sur les hommes (Staline en particulier) et les structures, non pas sur l'idéologie qu'ils professent. Pour eux, l'exploitation de l'homme par l'homme doit faire place à l'exploitation de l'homme par l'État, c'est-à-dire qu'il faut bien comprendre que l'État, c'est leur caste. Le bonheur, au lieu d'être un objectif pour la race chez les Nazis, devient celui de la classe ou de la caste. Il y a un chapitre rédigé par Alexandre Iakovlev (membre du Politburo jusqu'en 1991) sur «Le communisme, maladie sociale du XXe siècle».

Le livre complète celui de 1997. Le titre est tiré d'un extrait de «L'Internationale», l'hymne de tous les progressistes..., dont voici les premières strophes:

Debout les damnés de la terre
Debout les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère
C'est l'éruption de la faim.
Du passé faisons table rase
Foule esclave, debout, debout
Le monde va changer de base
Nous ne sommes rien, soyons tout.


Suivi du refrain:

C'est la lutte finale
Groupons-nous et demain
L'Internationale sera le genre humain.


Eh bien, la réalité a été tout autre. Il n'y a jamais eu tant de pénurie que dans les régimes communistes. Tout régime de production étatique, dans quelque domaine que ce soit, crée d'ailleurs des pénuries, soit par des files d'attente, soit en gobant trop de ressources par rapport aux objectifs recherchés (en santé... publique par exemple). Puisque les objectifs sont décrétés par l'État et ne sont pas l'expression d'un libre choix des individus, il s'ensuit inévitablement que la production ne peut répondre aux préférences individuelles.

Je termine avec ces mots de Stéphane Courtois: «Contrairement à ce que proclame fièrement le premier vers du refrain de L'Internationale, on ne peut pas du passé faire table rase.» Cependant, Courtois, un ex-maoiste, a du mal à se départir totalement de l'idéologie collectiviste. Par exemple il fait sienne la distinction entre socialisme et communisme du sociologue Émile Durkheim, lequel voyait la société comme une grande fourmilière. Courtois ne semble pas voir qu'à l'instar du nationalisme qui est la porte d'entrée au chauvinisme, au fascisme et au nazisme, le socialisme, en donnant la préséance au collectif plutôt qu'aux individus, a les mêmes fondements idéologiques que le communisme et le national-socialisme (ou nazisme). Quel que soit le «isme», ce n'est donc qu'une question de degré dans l'exercice de la tyrannie étatique.

La maxime qui dit «Rendons à César ce qui appartient à César» se comprend dans le bon sens si on entend par César les individus qui exigent que l'État rende à leurs propriétaires ce qu'il leur a volé au nom de toutes les coalitions de collectifs.

Yvon Dionne
12 septembre 2004

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Critique de livre:
«Vivre et laisser vivre», par M. Michel Poulin

C'est un livre de Michel Poulin (animateur à CHRC, ensuite cadre chez Desjardins), avec en sous-titre «la liberté pour soi et pour les autres» (Guy Saint-Jean, éditeur, 1er trimestre 2004). Ce n'est pas tout à fait le Live Free or Die (qui est la devise du New Hampshire), car la liberté a ses limites... même si l'auteur dit au tout début que la recherche de liberté est le moteur de la vie. Malgré les limites qu'il impose à la liberté (j'en reparle plus loin), l'auteur fait néanmoins une bonne analyse de certains des sujets qu'il aborde, avec moult exemples à l'appui. Dans une société où l'individu devient de plus en plus contrôlé par l'État ce livre annonce donc un espoir de printemps, si on peut dire.

Il passe d'abord en revue certaines horreurs du passé mais curieusement, il ne parle dans ce chapitre que de l'obscurantisme oppresseur de l'Église catholique et du traitement fait aux femmes (droit de vote par exemple); pourtant, les plus grands oppresseurs et assassins ont été les États.

Admettons avec M. Poulin, qui est avocat, que l'on remplit les prisons pour des crimes qui n'en sont pas réellement (drogue, prostitution, ne pas avoir payé une amende, etc.); mais par contre il nous faut aussi constater que l'État remet en liberté de réels criminels. Dans ce domaine, si on ne punit pas il n'y a pas de coût à la perpétration d'un crime; mais si on punit trop nous mettons de côté la responsabilité individuelle au bénéfice du conditionnement étatique. Où est l'équilibre?

Il y a un chapitre sur la liberté de circulation mais qui traite uniquement de l'immigration. Ici au Canada, la liberté de circulation est pleine d'embûches en matière de main-d'œuvre, pour les Canadiens. Quant à l'immigration, soyons réalistes: tant que l'État assume la majeure partie du coût de la santé, de l'éducation, etc. les contraintes à l'immigration sont justifiées et le contraire serait faire preuve d'une naïveté coûteuse; les immigrants eux-mêmes hésiteraient à nous rendre la pareille (s'ils pouvaient le faire) dans leurs pays d'origine. Une liberté de circulation à l'échelle planétaire est un lointain idéal, que nous ne pouvons assumer seuls; il doit y avoir réciprocité. Mieux vaut que les problèmes de sous-développement soient résolus dans leurs propres pays pour que les immigrants puissent vivre chez... eux. En principe, il ne coûte rien de vanter la vertu mais il est préférable, en pratique, de garder les deux pieds sur terre.

Suit un chapitre sur les religions, dont les religions profanes: d'accord sur le principe, sauf que l'auteur n'y échappe pas. Suivent plusieurs chapitres sur l'amour et les relations sexuelles. Ce sont probablement les meilleurs: les hétérosexuels et les autres, le libre commerce de l'amour, aimer qui je veux. Dans ce dernier, il y a ce cas pathétique d'une enseignante qui a eu deux enfants d'un garçon de 13 ans; condamnée à la prison, ses enfants lui sont enlevés et elle a été frappée d'une interdiction à vie de voir le père des enfants. Ou quand l'État gère la morale...

Michel Poulin a un bon chapitre sur fumer en paix. J'ai cessé de fumer mais je ne suis pas devenu anti-fumeur; je reconnais volontiers que les fumeurs font l'objet d'un harcèlement qui frise le fascisme. Même le budget Séguin du 30 mars contient une formule d'indexation qui est discriminatoire vis-à-vis les fumeurs. «La mentalité de certains militants anti-tabac ressemble parfois à s'y méprendre à celle des tenants de la prohibition ou même des intégristes». O.K. mais qui paie leurs frais? Le ministère de la Santé! Même les soi-disant associations contre le tabac sont subventionnées. M. Poulin semble méconnaître la situation québécoise puisque ses exemples prohibitionnistes sont américains et il s'en sert pour s'attaquer aux... grandes entreprises capitalistes: une cible facile.

Il note la croissance exponentielle des inventions techniques depuis cinq siècles, la majorité venant des pays où existe une certaine liberté individuelle. C'est que l'invention ne peut découler que d'un régime qui favorise l'initiative. Plus d'initiative implique plus de liberté, et plus de liberté implique moins d'État...

Il y a de nombreux oublis dans ce livre: la liberté d'association (et celle de ne pas joindre une association, tel un syndicat, et de n'en point payer les cotisations) et la liberté du travail, d'exercer sa profession; l'obligation d'obtenir un permis pour à peu près n'importe quoi; le droit de propriété; le viol continuel de nos droits par la fiscalité; la liberté de choix face aux monopoles, y compris la santé et l'éducation (le choix de son médecin, de son école, etc.); la liberté de choisir son gouvernement, y compris un gouvernement local (cette liberté est niée même par les soi-disant défusions permises par le gouvernement actuel du PLQ).

Mais là où je ne suis réellement plus l'auteur c'est quand il écrit qu'il ne peut y avoir de liberté sans égalité; il se piège à l'idéologie de Jean-Jacques Rousseau en justifiant l'interventionnisme étatique au nom de la compassion et du bien commun. Il fait sienne la devise de la Terreur comme d'autres se sont fermés les yeux sur les crimes du communisme. L'écrivain Émile Faguet répondait ainsi à Rousseau, dans son ouvrage Le libéralisme publié en 1903: «L'homme est né libre, et partout il est dans les fers. Cet axiome, qui est à peu près aussi juste que le serait celui-ci: "Le mouton est né carnivore mais partout il mange de l'herbe", est, comme on sait, la première ligne du Contrat social, ouvrage destiné à prouver que l'homme est né libre, à montrer qu'il ne l'est nulle part, à assurer qu'il doit le redevenir et à organiser une société où il serait plus opprimé qu'en Turquie.»

Il n'y a aucune compassion à aider un pauvre via l'État, car c'est d'abord aider... les politiciens et les fonctionnaires qui se paient grassement au passage. Mais aider les pauvres soi-même, volontairement, sans y être forcé, c'est bien. Faire en sorte qu'ils aient du travail pour s'aider eux-mêmes et être libres, c'est encore mieux... À la fin, Michel Poulin se transforme en guru de son idéologie (alors qu'il nous demande d'éviter les religions profanes) quand il prêche l'intervention d'un État impersonnel pour agir, non pas au nom d'un groupe, mais au nom de tous les citoyens. C'est la belle utopie dont s'inspirent les socialistes qui sont encore idéalistes. Les communistes, eux, ont la franchise de dire que l'État agit au nom de la classe dominante (la leur bien sûr).


13 avril 2004

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