Notes sur le rapport du coroner
relatif aux événements de Polytechnique
du 6 décembre 1989


Ce sont généralement des événements malheureux qui ont conduit au contrôle des propriétaires d'armes à feu et aux mesures restrictives relatives à celles-ci. Au Canada, la loi C-68 de 1995 a principalement son origine politique dans la tragédie de l'École Polytechnique (ci-après Poly), il y a quinze ans cette année, survenue le 6 décembre 1989. 14 étudiantes tuées (des prénoms tels Geneviève, Hélène, Nathalie, Barbara, Anne-Marie, Maud, Maryse, etc.), 14 blessés dont 4 hommes, plus le suicide de Marc Lépine. La réaction a été émotive et la tragédie a été exploitée par les activistes et les politiciens. Autant les actes de Marc Lépine sont répréhensibles, autant la réaction a été irrationnelle et injuste.

À chaque année la tragédie est commémorée non pas tant pour la comprendre et honorer les victimes que dans un objectif de propagande politique.

Rappelons que Poly est située sur le campus de l'Université de Montréal, Université où j'ai moi-même étudié dans les années 60; Poly forme des ingénieurs. La plupart des faits relatés ci-dessous sont tirés du rapport de la coroner Teresa Z. Sourour produit le 10 mai 1991. N'ayant pu obtenir le texte français j'ai dû me contenter de la version anglaise; il appert que ce rapport n'est pas facilement accessible et nous comprendrons pourquoi.

Marc Lépine

Cette année-là Lépine, dont le nom à la naissance était Gamil Rodrigue Liess Gharbi, venait d'avoir ses 25 ans le 26 octobre. Il a changé de nom pour celui de sa mère québécoise, Monique Lépine, après le divorce de ses parents, lorsqu'il avait 14 ans. Son père, Rachid Liass Gharbi, était d'origine algérienne arabe, un fait rarement mentionné. Le rapport du coroner ne parle pas de la famille Lépine. Les parents étaient séparés. Dans les lettres qu'il a laissées, Marc Lépine identifiait les féministes comme des ennemis à détruire et il a généralisé à toutes les femmes.

Lépine avait pourtant obtenu un permis d'armes à feu émis par la Sûreté du Québec, l'Autorisation d'Acquisition d'armes à feu (AAAF), un certificat obligatoire depuis le 1er janvier 1979 pour l'acquisition d'une arme à feu [en pratique, le permis n'était demandé que lors d'un achat chez un détaillant enregistré et l'arme était alors enregistrée au nom de l'acheteur; mais ces dossiers ont été perdus et il s'est avéré que la majorité des propriétaires détenaient des armes à feu sans permis]. L'arme était une Ruger mini-14 calibre .223 à action semi-automatique, achetée légalement en septembre 1989, donc quelques mois seulement avant la tuerie. Ce calibre est idéal pour la chasse à la marmotte, au coyote, au raton-laveur. Lépine avait trois chargeurs, deux d'une capacité de 30 coups et un de cinq coups. Mais une fille (Maryse Leclair) a été tuée de 3 coups de couteau (lame de 15 cm), après avoir été blessée par balle. Lépine a laissé 60 cartouches inutilisées. Toutefois, écrit la coroner, ces meurtres auraient pu être perpétrés au moyen d'autres armes de chasse et Lépine a tiré plusieurs coups sans atteindre une cible. Mauvais tireur, heureusement.

Marc Lépine a été décrit comme étant peu communicatif, replié sur lui-même, sauf lorsqu'il parlait d'ordinateurs et d'informatique. Il paraissait insensible, indifférent aux émotions. L'évaluation psychiatrique parle d'une personne suicidaire, les homicides étant la manifestation élargie de sa volonté de suicide. Ceci caractérise une personne ayant des problèmes graves de personnalité.

Lépine était sans emploi depuis septembre 1988. À l'automne 1986, il est admis à Poly à condition qu'il complète deux cours jugés essentiels. Il en complète au moins un au cours de l'hiver 88/89. Lépine s'était familiarisé avec Poly. Il y a fait plusieurs visites, dès 1985, mais surtout d'octobre 89 jusqu'à la veille des événements, le 5 décembre. La coroner ne dit pas si Lépine s'est vu refusé l'admission à Poly et qu'elles étaient ses relations avec le personnel.

Le 6 décembre 1989

Je résume. Le 6 décembre, Lépine a été vu une première fois à 16:00, pendant environ 40 minutes, assis à l'entrée du bureau du régistraire (ou bureau des admissions), dont il entravait le passage. Il transportait un sac en plastique noir, dont il cachait le contenu. À 16:45, on le voit au troisième étage et ensuite, à 17:10, dans un corridor du deuxième. C'est à ce moment qu'il entre dans la salle de cours (génie mécanique) C-230.4 où étaient (selon les dossiers de Poly) deux professeurs et 69 étudiants. Il tire un coup en l'air, que certains ont pris pour un jeu, et demande aux filles de se ranger à gauche et aux hommes, à droite. Après une grande confusion, Lépine demande ensuite aux hommes de sortir, ce qu'ils font. Il se rend alors vers les 9 filles regroupées à l'arrière, un endroit sans issue, et leur dit qu'il combat le féminisme. Une lui répond qu'elles ne sont pas des féministes, qu'elles n'ont jamais combattu les hommes. Lépine tire alors à répétition, laissant derrière lui 9 victimes, dont 6 sont décédées.

De retour dans le corridor, il blesse trois personnes à la salle de photocopie et va à la salle C-228 où il vise une étudiante, mais son chargeur était vide.

Il se rend à l'escalier d'urgence où, pendant qu'il change de chargeur, il se bute à un étudiant descendant l'escalier qui se rendait à la salle de photocopie (située à proximité de la salle de cours C-230.4). Où étaient donc rendus les hommes sortis de la salle C-230.4 ? Quoi qu'il en soit, l'étudiant de l'escalier, quand il a vu des blessés, s'est enfui.

Lépine essaie de nouveau de pénétrer dans C-228, tire trois coups sur la serrure mais ne réussit pas à l'ouvrir. Il se rend alors au foyer du deuxième étage, rencontre une étudiante sortant d'un ascenseur, qu'il blesse. Au foyer, Lépine remarque une personne cachée derrière un comptoir. Il change de nouveau de chargeur et se dirige à 2,5 m de cette personne, qu'il tire à deux reprises, sans l'atteindre. Il se rend à l'aile B et voit une jeune femme fermant la porte de la salle B-218. Il la tue à travers la fenêtre de la porte.

Entre cinq à dix minutes s'étaient écoulées depuis le début des événements. Lépine se rend alors à la cafeteria au premier étage, par la porte B-107. Il devait y avoir 100 personnes à la cafeteria. Il tue une étudiante se tenant près d'un mur de la cuisine. Lépine tire dans toutes les directions en se rendant à l'autre bout de la cafeteria, mais il blesse seulement une personne. À l'autre bout, il voit deux étudiantes et les tue. Cependant, il ne tire pas sur un couple qui s'était caché sous une table.

Ensuite, c'est la course au troisième étage, où Lépine tire sur plusieurs personnes dans le corridor et blesse deux hommes et une femme. À la salle B-311 se tenait un cours où Lépine blesse une étudiante donnant un exposé et tue deux étudiantes essayant de s'enfuir. Il se promène entre les pupitres et tire sur quatre personnes, dont une étudiante est tuée. L'étudiante blessée sur l'estrade criait à l'aide; Lépine va la voir et lui assaine trois coups de couteau. Elle en meurt. C'est alors que Lépine enlève son manteau pour couvrir sa carabine et se tire une balle dans la tête. Il était 17:28, soit 18 minutes après son entrée dans la première salle de cours.

L'arrivée des policiers et ambulanciers (et aussi des pompiers...)

Les policiers sont avertis par un étudiant dès 17:12. La conversation dure trois minutes et le policier peut entendre les coups de feu et une personne gémissant. À 17:13, un deuxième appel vient du gardien de Poly. Un troisième appel reçu par un agent a duré 12 minutes. À 17:21 une auto-patrouille (2 policiers) arrive sur les lieux, suivie dans les trois minutes d'après de 13 autres véhicules de police, soit en tout 14 véhicules et 22 policiers avant le suicide de Lépine.

C'est seulement après avoir été informés du suicide de Lépine que des policiers entrent dans Poly, à 17:36. À 17:50 une unité tactique de 14 policiers arrive sur place et entrent dans Poly quatre minutes plus tard après s'être de nouveau informés de l'état du suspect... Les policiers font souvent preuve de courage quand ils sont en meute.

L'alarme-incendie avait été déclenchée à 17:27 et huit camions arrivent sur le campus, sauf qu'il n'y a pas de feu.

La coroner mentionne le fait qu'entre le moment de l'arrivée du premier véhicule de police et l'entrée dans l'édifice il s'est écoulé au moins 15 minutes et 12 secondes. Les ambulanciers n'ont été autorisés à entrer que cinq minutes plus tard. La coroner pose des pages de questions relatives à l'efficacité des services policiers et ambulanciers. En effet, et contrairement à la coutume, quand les policiers sont arrivés sur les lieux il n'était pas encore trop tard. Les victimes étaient sans défense aucune, du moins sans défense armée. Même les services de sécurité de Poly n'avaient accès à aucune arme.

Épilogue

J'ai revu ces événements comme si je les avais vécus. Je me suis demandé : et si j'avais été là, qu'est-ce que j'aurais fait ? Peut-être pas mieux que les autres. Quand des événements du genre nous prennent par surprise, la présence d'esprit fait souvent défaut. Mais il y a quand même une chose: je suis habitué aux armes depuis ma jeunesse et ce qui me fait peur, c'est moins la carabine que la personne qui a le doigt sur la gâchette. Lépine, à 70 kilos (154 lbs), n'était pas un géant.

Les étudiants semblaient avoir une méconnaissance totale des armes à feu. À au moins un moment Lépine aurait pu être désarmé. Des étudiants mâles avaient été libérés par Lépine à la salle de cours C-230.4 sans que d'autres, qui se trouvaient sur le même étage et à la cafeteria, n'aient été avertis du danger. Curieux. Il me semble aussi qu'il serait plus sécuritaire si dans les écoles quelques personnes pouvaient avoir accès à une arme à feu au lieu d'attendre passivement la police, qui arrive généralement trop tard. Mais avec l'entreposage sécuritaire que notre État de plus en plus policier exige, les gens en attente de sécurité... auraient de la difficulté, ou n'auraient pas le temps de trouver la clé du coffre-fort où est remisée l'arme à feu... Mais selon les bureaucrates, les nazis, les communistes et toute cette engeance, le législateur, quel qu'il soit, ne peut se tromper. Ainsi disait saint Paul. Il faut obéir à l'État, disent-ils, car l'État ne peut avoir tort puisque c'est la loi de la majorité. Quel raisonnement débile !

Or, malgré la loi de 1995 rien n'empêche qu'un tel événement se reproduise. Lépine n'avait aucun casier judiciaire. La loi de 1995 a incité beaucoup de gens à se départir de leurs armes avant l'enregistrement obligatoire, particulièrement les personnes âgées. Les bandits n'ont plus besoin d'armes à feu. Ils jouissent au contraire des politiques visant à désarmer la population, en particulier les personnes sans défense comme les personnes âgées et les femmes en général, à la rendre dépendante de l'État pour instaurer un monopole irréalisable de la sécurité, celui de gens comme Allan Rock qui disaient que seuls les policiers et les militaires devraient posséder des armes à feu.

Allan Rock a été nommé par Paul Martin ambassadeur du Canada à l'ONU, pour défendre précisément une sorte de mafia internationale contre les armes à feu, y compris les accords de Kyoto qui visent avant tout à nous affaiblir vis-à-vis l'Asie, la Russie, et tous les pays qui ont signé l'accord mais qui n'ont pas à en assumer le coût. La folie de Kyoto, défendue par les libéraux, est un vaste programme de confiscation et d'appauvrissement du Canada, comme l'a été le contrôle des armes à feu, mais à plus grande échelle.

Yvon Dionne
23 novembre 2004


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