Journal d'un voyage à Cuba



J’y suis allé en décembre 2009 plus comme observateur que comme touriste. Le tourisme qui s’écrase à la plage pendant des heures ne m’intéressait pas même si je me suis amusé au deltaplane et au catamaran, me baigner, y prendre un peu la chaleur du soleil et voir des belles femmes..., malgré le sable de couleur beige parsemé de bouts de cigarettes et de verres de plastique.

Ma caricature faite par un Cubain à La Havane
Ma caricature faite
par un Cubain à La Havane


Alors voici quelques notes dans un style plutôt télégraphique :

Je m'attendais à des contrôles très policiers en arrivant à Cuba mais ils sont moindres qu’au Canada, le Kanuckistan. Ceci peut se comprendre car Cuba n'est pas la cible des terroristes qui nous visent, même si le régime traitent ses dissidents comme des terroristes. Je n'ai jamais eu de plus mauvaise réception qu'à l'aéroport de Québec à mon retour.

Sur la route vers l'hôtel, les touristes voient belles maisons mais derrière, si on regarde un peu, il y a des taudis. J'en mets quelques photos plus bas sur cette page.

Je vais aussi éviter de donner quelqu’indice que ce soit sur mes rencontres car à Cuba tout le monde est surveillé en permanence. La police cubaine a copié la Stasi de l'ex-RDA, a un casier pour chaque Cubain et encourage la délation. Pas différent du Québec pour ce qui est des incitatifs à la délation.

Le 7 décembre (lundi, le lendemain de mon arrivée), à la plage. Acheté de l’artisanat local. Les employés ne sont pas autorisés à dialoguer avec les clients. Ma première et principale phrase en espagnol : «Cuanto cuesta ?» Combien ça coûte ? J’ai vu une femme avec le foulard rouge communiste. Lui ai demandé le prix (du foulard...). Donc pas moyen. Le foulard rouge n’est pas à vendre. Il fait partie de l'uniforme fourni par le gouvernement. Ai dû prendre un foulard avec l'image du bandit Che. Mais suis aussi revenu avec une peinture à l'huile, des articles en cuir, une machette non aiguisée en mauvais acier (avec étui artisanal), leur parfum Marensia, fait à partir de leur fleur nationale («de la flor nacional : La Mariposa», mais visible seulement dans la saison des pluies).

À mon retour, j'ai mis la machette sur des tisons ardents et l'ai refroidi à plusieurs reprises dans de l'eau froide, pour en faire du métal durci. Ai réussi.

À l’hôtel où j’étais pour coucher, la tv pour les touristes comprend un canal TVA, CNN, tv5Monde, deux canaux chinois, un russe, un portugais… et plusieurs canaux de propagande en espagnol. Le réseau serait géré par le «Dish Network International TV». À qui ça appartient ? Ne sais pas. Les Cubains n’ont bien sûr accès qu’aux canaux autorisés par le directoire de la Solidarité socialiste.

Le soir du deuxième jour ai rencontré deux «tabarnacos», et autour d’un (ou plusieurs) verre de rhum on a jasé. Après avoir osé dire (je ne me souviens plus de ce qui m’a conduit à discuter de ce sujet) que l’on pouvait vendre «notre» eau comme on la vend dans les épiceries, j’ai été qualifié de toutes les épithètes (pédéraste, ami de Harper, conservateur à tout crin, etc.). L’homme trapu, venant de la région du Saguenay, voulait me jeter dans la piscine… (une eau mise en commun).

Photo de La Havane, prise d'une vieille forteresse

Photo de La havane, vue d'une vieille forteresse, qui a servie à fusiller et torturer des «ennemis de la Révolution»


Pour internet, il faut passer par Google. Quel rôle Google joue-t-il avec le régime ? À Cuba seuls les gens qui ont la permission du régime peuvent accéder à internet. J’ai pu envoyer des courriels, mais n’ai jamais pu en recevoir. Mon fournisseur IP disait (vu évidemment à mon retour) que c'était un «illegal host».

Cuba a du pétrole mais à forte teneur en soufre ; ils le mélangent (trop coûteux disent-ils à raffiner pour enlever le soufre) avec le pétrole venant du Vénézuéla (plus de 100 000 barils par jour). Nos raffineries désulfurent le pétrole, car le soufre est très corrosif pour les moteurs. Cuba paie Chavez en lui exportant des médecins, des techniciens et autres «conseillers», un personnel qui manque maintenant dans les hôpitaux et les cliniques.
Le ministère de l'Intérieur de Raul Castro à La Havane, ou Ministère de la dénonciation

Le ministère de la Police
Photo de l'édifice du Ministère de la Vérité (Communications)

Edifice du Ministère des Communications (ou de la Vérité)
Avais apporté les mémoires (une brique de plus de 500 pages) de Claude Lanzmann «Le lièvre de Patagonie» (Gallimard, 2009) et aussi un livre récent de Jacobo Machover «Cuba, mémoires d’un naufrage» (Buchet Chastel, 2009). Pendant mon séjour un Américain a été arrêté pour avoir distribué des téléphones cellulaires et des PC portables. Pour mettre du poids à mes bagages de retour ai acheté là-bas, entre autres choses, un livre en espagnol dans un marché public à Cardenas «Historia Economica de Cuba», de H. E. Friedlaender (Jesus Montero Editor, La Habana, 1944) (1).

Une touriste qui m'a accompagné un jour a eu cette réflexion sur le contrôle que l’État exerce sur le bonheur relatif des Cubains (bon, c'est à peu près ce à quoi s'efforcent nos politiciens) : s’ils ne connaissent pas mieux ils ne peuvent être malheureux et ne sont pas enclins à se révolter. C’est évidemment le truc de tout Big Brother de contrôler l’information et d’empêcher l’accès à toutes les sources critiques de leur information. Cet exercice de contrôle de la pensée est même courant au Québec, non seulement à Cuba ou en France, où les opinions divergentes du parti pris des médias dominants sont à peu près sans moyens de se faire valoir. C'est la psychologie des foules.

Précisons que la majorité des Cubains sont maintenant nés sous le régime castriste et ne connaissent rien d’autre que la propagande gouvernementale, sauf les vieux réduits au silence et ceux qui sont en contact avec des touristes et qui osent jaser avec eux. Évidemment, les morts, les emprisonnés dans les divers camps et prisons et les exilés (des dizaines de milliers) ne sont plus là pour parler. Depuis le retrait de l’ex-URSS après la visite de Gorbachev à Castro, Cuba a dû se replier sur le nationalisme et le tourisme pour soutenir sa bureaucratie totalitaire. Le régime a fait un énorme exercice de propagande durant les années 90 pour susciter un appui de la population, et en même temps bien sûr cet exercice lui permettait de connaître les gens ennemis de son régime ou simplement réticents et de les placer sous haute surveillance (et l'emprisonnement).

Le frère de Fidel, Raul, est l’ancien chef de la police (Ministère de l'Intérieur) et il a désormais tous les pouvoirs même si Fidel est toujours le président. Raul Castro, au moment où son frère était en refuge au Mexique, était membre du Parti communiste cubain (officiellement créé en 1965 mais qui avait changé de nom auparavant pour des raisons de propagande).

Tous les Cubains sont conditionnés à croire que leurs déboires (malgré nos pourboires) viennent des États-Unis et de l'embargo (ce n'est pas un blocus, comme le dit la propagande). Or, Cuba peut commercer avec tous les pays (et la nourriture des hôtels vient des États-Unis) et a des amis puissants, entre autres Hugo Chavez, la Bolivie, la Chine, l’Espagne, le Canada, la Corée du Nord, les pays arabes, l'Iran, … Les Cubains pensent que s’ils n’ont pas accès à internet c’est à cause de l'embargo américain qui leur coupe… les communications (j’ai entendu ça).
Cuba-Ministère de la Défense (du Pouvoir)

Le ministère de la Défense (ou du Pouvoir)
La Havane d'un balcon du Habana Libre le 9 décembre 2009

La Havane d'un balcon du Habana Libre
Parlant de pourboires, il en faut même pour pisser à La Havane, et partout. Et il y a rarement du papier pour s’essuyer. Avis aux touristes : apportez votre rouleau de papier de toilettes... Après tout, il faut faire cet acte de solidarité. Ai demandé à un Cubain si les pourboires sont taxés. Il m’a répondu, après une certaine hésitation et en regardant s'il était surveillé, que c’était mis dans un fonds commun; alors pas moyen de récompenser quelqu’un qui a donné un bon service mais il va de soi que le service suit les pourboires.

Là-bas ai suivi la foire avortée de Copenhague sur CNN (canal favorable bien sûr aux théologiens et islamistes du climat).

Le 9 décembre (mercredi), à La Havane et au Tropicana : des belles fesses mais trop de plumes à mon goût. Il y avait une manifestation très pacifique aujourd’hui de femmes demandant la libération des prisonniers politiques incarcérés en mars 2003, les Dames en blanc. La manifestation a été réprimée par des bénéficiaires du régime. J’étais à l’hôtel Habana Libre le soir et ces suppôts du pouvoir continuaient à crier (au moment où j'ai pris la photo à droite). Un Québécois m’a dit qu’ici ils ont le droit de manifester… Belle conception du droit quand le droit sert à la répression.

Le 11 (vendredi) : deltaplane. Ai pris de bonnes photos de la péninsule de Varadero (voir une des images sur cette page).

Le soir du 11, j’écoute Jack Cafferty (CNN) sur le contrôle de la population comme solution au «réchauffement». Je savais que les islamistes du contrôle du climat en arriveraient là. Mon opinion c’est que la croissance de la population se règle automatiquement par la croissance de l’économie et la vérité des prix et des coûts. Dans les pays pauvres, comme à Cuba, les enfants ne coûtent rien, disons moins qu’au Québec. Même les cours universitaires sont dits gratuits, à condition bien sûr de ne pas critiquer le régime et d’avoir des parents qui ont des antécédents révolutionnaires ou serviles au régime. Dans d’autres pays non communistes et sous-développés (grâce à nous bien sûr), les enfants permettent d’accroître les revenus de la famille sans autres coûts que la nourriture, les vêtements et le logement, et peuvent même servir de martyrs (les pays de tyrans islamistes récompensent par des paiements forfaitaires les familles des martyrs). J’ai vu des enfants, même des enfants en costume obligatoire pour tous les enfants, mendier le long des routes à la fin des classes à Cuba.
ma photo de la péninsule de Varadero d'un deltaplane

Péninsule de Varadero vue d'un deltaplane
Symboles d'une dictature

Symboles du Pouvoir
Le 12 (samedi), ai visité une pharmacie à Matanzas (à environ une heure de La Havane) où il n’y avait presque rien. Beaucoup de mendicité dans tous les endroits qui ne sont pas réservés aux touristes. Question à une Cubaine, après qu’elle ait parlé de la fin de l’esclavage : «Do you still have slaves in Cuba ?» Elle n’osait plus me parler par la suite. La peur. Dans le livre que j’ai acheté là-bas (cité plus haut : «Historia Economica de Cuba»), l’auteur donne 371 000 esclaves en 1861 sur une population totale d’environ 1,4 million. C’est beaucoup. Mais aujourd’hui, sous une autre forme, les esclaves totalisent 11 millions.

La valeur du papier-monnaie est décrétée à Cuba, comme au Canada. Eux ont la Banco Central de Cuba. Leur calcul du Peso convertible vendu aux touristes en convertissant le dollar américain en dollar canadien, et en multipliant par 1,08 . Un peso convertible m’a coûté 1,20. Ce peso vaut 25 fois plus que le peso que les Cubains s’échangent entre eux. Voilà ce qu’on peut appeler une monnaie forte. J’ai quand même obtenu, pour ma collection, les vrais pesos des Cubains avec les images de tous leurs maîtres à penser. Un papier facile à contrefaire et qui sert en fait à financer les activités du gouvernement.

Le 15 (mardi) : encore de CNN, un Américain est emprisonné pour avoir distribué des PC portatifs et des cellulaires. Le gouvernement cubain a peur de l’information. Ai remarqué en me promenant derrière mon hôtel, par moments libres..., que plusieurs grosses carpes avaient disparues du décor. C’était un étang en demi-cercle, qui avait souvent une odeur d'égouts. Ils en ont servi le lendemain soir.

Il y avait un de ces nombreux sommets qui se tiennent à La Havane pour… dénoncer Obama. Tiens ! Obama n’aurait plus la faveur populaire ? Quoi qu’il en soit, Hugo Chavez (un ex-chef de coup d’État gracié) y était.

Le 16 (mercredi) : une excursion en Jeep Suzuki. Des routes de campagne creusées par l’érosion (des trous qui ne sont plus des nids-de-poule mais des nids de dinde), jalonnées de dépotoirs, où nous avons visité la maison d’un vieux fermier et de sa femme, survivants d'une autre époque; dans sa demeure il n’y avait même pas de taies d’oreillers, en somme pire que dans nos rangs les plus reculés. Sûrement la faute des capitalistes. C’était une plantation faite pour les touristes : canne à sucre, bananiers, papaye, etc. Mais peu de chacun. Je me suis rendu compte que c’est pas mal la vie des Cubains à la campagne, dont le moyen de transport «collectif» est un cheval qui tire un carosse à quatre roues, avec toit. Dans les villes il y a des autobus et les «clients» font la queue.
Des taudis pas loin de La Havane

Habitations courantes à Cuba
Taudis du Royaume de la Solidarité

Autre exemple de Solidarité
C’est non seulement terrible le traitement que l’on fait aux humains dans cette république qui dit défendre les droits de l’homme mais j’ai trouvé dégueulasse le traitement que l’on fait aux animaux. Des esclaves parmi les esclaves. Des chevaux maigres, sans rien à boire. Ça me rappelait cette vieille chanson française «Aux marches du palais» qui demande «tous les chevaux du Roi pourraient-ils boire ensemble» ? Un jeune crocodile à qui on lie la mâchoire pour l’amusement des touristes, ou leur serpent local (le Santa Maria) qui n'est qu'un constricteur atteignant au plus 3 mètres (il n'y a pas de serpents venimeux à Cuba, si on exclut le gouvernement). J’ai photographié une truie avec ses nombreux nouveau-nés, rien à manger et à boire, dans une chaleur, à travers un enclos rocailleux où il y avait des déchets.

Autour de La Havane, de Matanzas, de Cardenas, il y avait bien sûr des terres cultivées, mais la plupart en jachère. Les troupeaux de bovins que j’ai vus, rares, étaient en moyenne une dizaine de bovins chacun, généralement tous attachés à un câble pour qu'ils ne s'évadent pas et tournent en cercle pour se nourrir (le régime communiste veut ignorer les clôtures). Des champs pour les militaires il y en avait.

En ville, les vieilles voitures américaines sont encore la mode, faute de mieux, au milieu des Lada et des voitures plus récentes pour touristes et de celles pour les divers services du gouvernement. Rien réellement, même pas l'embargo américain, n'empêche les Cubains d'acheter des voitures japonaises, chinoises, européennes, sauf leur gouvernement qui contrôle les changes.

Il n’y a quasiment plus de propriété privée à Cuba. Les maisons, les automobiles, si elles ne sont pas sous un acte d’exception, appartiennent à l’État, qui est bien sûr responsable de tout, mais en même temps qui devient irresponsable de tout, et personne n’a intérêt à faire plus qu’il ne doit dans un régime qui ne récompense pas l'initiative. Nous nous dirigeons au Canada lentement vers un tel régime. Un Cubain condamné à l'exil voit tout ce qu'il possède confisqué par l'État.

Ce pays (je reviens à Cuba) est le royaume des taudis. Même les affiches de propagande ont besoin d’une nouvelle peinture. Des affiches stupides que même nos pires publicitaires n'oseraient pas copier pour vendre un produit. Mais attention : les gouvernements chez nous vendent aussi leurs produits, avec les mêmes objectifs de planification sociale, pour faire de nous des citoyens qui obéissent !

Le 17 (jeudi) : tour de catamaran, à voile, en solo.

Le 18 (à Guama et la Baya de Cochinos) : un violent orage, mais bonne excursion en bateau. Pris plusieurs photos. N’ai pu manger le repas du midi (et n'avais pas déjeuné), du porc difficile à couper et à avaler, avec des légumes cuits on dirait dans un gras de carpe. Une Québécoise à mes côtés se régalait et gesticulait tellement des mains que j'en devenais nerveux. Finalement, comme dessert, une petite boule de crème glacée ce qui m’a évité la famine ce jour-là.

Un bon musée à Cardenas, la première capitale de Cuba. Vu de vieilles armes à feu et bien d'autres pièces de collection (céramiques, tableaux, etc.).
>Un petit cargo quittant le port de La Havane

Cargo quittant le port de La Havane, à vide
La présence musulmane...

Présence culturelle...
Le 18 (vendredi) : de grands vents mais va à la plage pour me reposer de la veille. Je mets la chaise de plage le plus loin possible mais après une heure une vague me rejoint et oups !, mes souliers et ma caméra qui était dedans vont avec la galère. La caméra est kaput (infiltrations d’eau et de sable fin), mais j’ai pu brancher les cartes-mémoire dans mon imprimante au retour.

Question pertinente, que se posent bien des gens : que se produirait-il si les Etats-Unis mettaient fin à l'embargo ? Il faudrait évidemment qu'il y ait des conditions par exemple sur le transfert de technologies qui pourraient être utilisées par des régimes amis de Cuba, comme l'Iran et la Corée du Nord. Je ne crois pas que la fin de l'embargo changerait grand-chose à la vie des Cubains quoique le régime devrait faire face à un afflux de touristes à contrôler. Tous les centres touristiques sont prêts à recevoir de nouveaux touristes, et il y en a en construction avec de l'argent du pétrole venant des Arabes. À l'hôtel où j'étais, les touristes venaient surtout d'Europe. Le régime communiste à Cuba ne veut pas accepter de conditions qui pourraient octroyer plus de liberté aux Cubains. Mais la fin de l'embargo pourrait sûrement déstabiliser ce gouvernement.

Cuba est un territoire d’espionnage et d’activisme où se trémoussent tous les régimes anti-occidentaux d’Amérique latine et d’Asie, dont la Corée du Nord, l’Iran, le Vénézuéla, la Chine, et maintenant les Islamistes. Pour bien connaître les… bienfaits apportés par la prise de pouvoir par Castro en 1959, il faut lire «Le livre noir du communisme -- crimes, terreur, répression» (Laffont, 1997). Voir le chapitre intitulé «L’Amérique latine à l’épreuve des communismes», de Pascal Fontaine, chapitre qui commence par «Cuba : l’interminable totalitarisme tropical». Dans ce chapitre, il est expliqué comment l’ami de Trudeau a condamné à être fusillés des dizaines de milliers de personnes qui étaient contre Batista, même parmi ses amis, et ensuite a instauré un régime de contrôle de toute la population. Évidemment, les dirigeants de la compagnie canadienne Sherritt Gordon International s'en foutent, eux qui exploitent en coparticipation une mine de nickel expropriée par le régime dans la région de Moa au sud de Cuba et ont des intérêts pour l'exploration gazière et pétrolière au nord de Cuba.

Je m’interroge sur les données de la CIA au lien https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/cu.html . La CIA donne un PIB (produit intérieur brut) par habitant de 9500 $ US. Quand j’ai demandé quel est le revenu moyen à un Cubain, il m’a demandé si je parlais du salaire moyen, car évidemment tous à Cuba sont des salariés de l’État, ou des «bénéficiaires» sous diverses formes. Et ce salaire moyen, m’a-t-on dit, est d’environ 40 pesos par mois. Mettons environ 500 pesos convertibles par an, ce qui fait en $ Can. 600 $. Or, c’est le coût d’un téléviseur bas de gamme là-bas. Évidemment, dans le calcul du PIB il n’y a pas que les salaires car la production va aussi à l’équipement, l’investissement, aux exportations (surtout de nickel et le tourisme) moins les importations. Mais je n’ai vu que des tracteurs de ferme dans la rouille, un bulldozer qui ne semblait plus en état de fonctionner, des vieux camions, aucune activité économique sauf celle du tourisme, le rhum et les cigares, des animaux qui cherchent leur nourriture et des bovins qui tournent autour d'un câble pour se nourrir, etc. De toutes façons, depuis 1959 Cuba a régressé par rapport aux autres pays d’Amérique latine. Et les inégalités se sont agrandies car c'est maintenant la majorité qui vit mal, et la minorité dirigeante qui vit bien. Le siphon révolutionnaire a fait son œuvre, et le même sort attend sans doute le pays d’Hugo Chavez malgré son pétrole.

Les faits relatés par la journaliste française Emmanuelle Han dans son reportage «Sans crier gare, la face cachée de Cuba» (ou El Tren Cubana) sont exacts. Ce reportage a été diffusé au Canal Évasion le 21 novembre 2009.

Bon, parlons maintenant de ce qui n’est pas mauvais. Tous le savent, même Hitler et Staline avaient leurs abonnés pour des raisons qui faisaient beaucoup d'adeptes et de complices. Le régime cubain a ses exécuteurs et ses tortionnaires. Sauf quelques exceptions de Cubains rencontrées de genre plutôt policier, les Cubains sont d’une gentillesse exemplaire, du moins pour les touristes. La corruption mafieuse n’existe plus, ou plus précisément... elle est au pouvoir sous une autre forme. Les itinérants nous courent partout. Mais il y a de la discipline. Évidemment, quand on emprisonne les… indisciplinés c’est un résultat attendu. Pour le vol, Cuba n’est pas comme la République dominicaine ou le Mexique. Pour ça, c’est un plus.

Mais le progrès économique ne peut être obtenu qu’en laissant libre cours à l’initiative individuelle, en reconnaissant aux Cubains le droit à la propriété de leur travail, en instituant un régime de liberté politique et un régime absolu de protection des droits à cette liberté (ce devrait aussi être l'objectif des Canadiens...). Quand les décisions sont dites «collectives», les erreurs sont aussi «collectives» et elles ont alors plus de poids que les erreurs individuelles dans une société civilisée. Mais au Canada (et ailleurs) les mauvaises décisions collectives ne sont pas pénalisées. Les politiciens sont absous de toute responsabilité dès le moment qu'ils peuvent revendiquer avoir adopté cette décision selon leur démocratie.

Yvon Dionne, janvier 2010

P.S. : Le site Cubanet.org est une bonne référence sur Cuba. Voir la vidéo «Un pais sin libertad», en espagnol et en huit parties (aussi disponible sur YouTube).

(1) Prólogo de Herminio Portell Vila, Profesor Universidad de La Habana (1944) : «Un libro de la importancia de éste del Prof. H. E. Friedlaender no es cosa frecuente en Cuba. Tampoco hemos tenido entre nosotros a muchos economistas del calibre de este profesor alemán, enemigo del totalitarismo y quien por su oposición a las doctrinas y al régimen nazis ya hace muchos anos que tuvo que emigrar de Alemania». >>>Retour

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