Petite histoire du laïcisme
et de l'anticléricalisme au Québec


Yvon Dionne

Table des matières:

1. Préambule
2. La Nouvelle-France
3. La défaite
4. La soumission
5. La résistance s'organise
6. La rébellion de 1837-1838
7. L'Institut canadien
8. Vint la confédération
9. La «Ligue de l'enseignement»
10. «Toué, té toué»
11. Le réveil
Références


«Voyez le Haut-Canada qui est loin d'avoir les mêmes avantages matériels que nous. Comme il est prospère! C'est que les hommes y sont libres, et que le clergé ne s'y mêle pas du temporel.» (Arthur Buies, dans La Lanterne, 30 octobre 1868).

1. Préambule

Ce texte d'amateur a d'abord été écrit au début des années 1960, alors que j'étais étudiant. Je fais surtout place aux citations et plusieurs d'entre elles proviennent directement de certaines fouilles dans des archives. Sans compter les nombreuses références. Une référence que je vous recommande est Yvan Lamonde: «Histoire sociale des idées au Québec (1760-1896)» (35).

En matière de confessionnalité du système scolaire, ce qui a réellement changé au Québec depuis la création du Ministère de l'Éducation en 1964, c'est que l'enseignement (celui du régime public) n'est plus officiellement confessionnel, les parents conservant un libre choix. En 1999, l'opposition au rapport du Groupe de travail sur la place de la religion à l'école (le rapport Proulx) a ressemblé étrangement à l'opposition de 1964 à la création d'un Ministère de l'Éducation. Pourtant, le rapport Proulx proposait le maintien de l'enseignement de la religion dans les écoles. Le gouvernement, en mai 2000, a plutôt décidé de préserver à la fois la chèvre et le chou. Il fait de nouveau appel à la clause «nonobstant» (une dérogation à la Charte des droits fédérale); il déconfessionnalise officiellement les écoles mais il maintient l'enseignement religieux, bien que sur une base réduite. L'enseignement de la religion, quand il n'est pas mis en perspective par rapport à toutes les idéologies et dans une optique historique et objective, est une forme d'endoctrinement collectif qui ne contribue sûrement pas à former des esprits libres.

Mgr Maurice Couture, archevêque de Québec, a comparé l'école laïque à l'école athée (Le Soleil, 25 décembre 1999). Or, l'athéisme ne s'enseigne pas. Il se vit aussi naturellement que de trouver amusantes les mythologies gréco-latines, l'astrologie, la série "The X-Files", etc. J'écrivais d'ailleurs en janvier 64 que le laïcisme n'est ni synonyme d'athéisme, ni de laïcat chrétien, mais qu'il englobe à la fois les deux. C'est en quelque sorte la thèse et l'antithèse qui trouvent leur union (synthèse) dans le laïcisme, lequel permet le dialogue. Par contre le maintien de l'enseignement religieux justifierait, selon la même logique utilisée par ses partisans, l'introduction de cours de critique des religions. Le cléricalisme ne peut que générer son contraire: l'anticléricalisme.

Daniel Baril, porte-parole du Mouvement laïque québécois, a écrit: «La tradition est au cœur de toute les luttes d'arrière garde que le clergé catholique a mené dans l'histoire du Québec: guerre des éteignoirs contre la taxe scolaire dans les années 1840-1850, torpillage du projet d'école publique et laïque de l'Institut canadien en 1859, abolition du ministère de l'Instruction publique en 1875, interdiction aux juifs de fréquenter les écoles catholiques en 1894, blocage du projet de rétablissement d'un ministère de l'Instruction publique en 1897, campagne contre la gratuité scolaire et la fréquentation scolaire obligatoire jusqu'en 1931, blocage du droit de vote pour les femmes jusqu'en 1940, imposition de la ségrégation religieuse scolaire en 1964 et de la clause dérogatoire depuis 1986. Autre époque, même combat.».

Le Larousse dit que le laïcisme est la «doctrine des partisans de la laïcisation des institutions», et le mot laïciser : «Remplacer un personnel religieux par un personnel laïque». Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ces définitions. Il est important de bien s'entendre sur le sens que l'on donne aux mots. Le laïcisme n'est pas une doctrine dans la mesure où il correspond à un état de fait préalable à l'instauration d'institutions religieuses et à la genèse des religions en tant que réponses irrationnelles face à l'inconnu ou face à des problèmes existentiels. C'est le simple constat que nous naissons en tant qu'hommes avant d'être des catholiques, musulmans, fétichistes, etc. De plus, le laïcisme n'implique pas nécessairement le remplacement du personnel religieux par du personnel laïque dans la mesure où le religieux, à compétences égales, remplit des fonctions purement laïques. Il est bien certain que si le point de départ est un environnement législatif, et des institutions, favorisant la liberté de pensée (y compris la liberté de ne pas croire en une quelconque religion ou idéologie qui refuse la critique) le choix que fait une personne en faveur de telle ou telle doctrine devient une affaire de conscience, purement privée. Évidemment les religions, tout comme les autres dogmatismes politiques impliquant une soumission absolue de l'individu, ont toujours essayé de se servir des institutions civiles et de l'État pour imposer des contraintes sociales favorisant leur pouvoir. C'est là une négation des droits de propriété.

Même si le Québec, depuis les années 1960, a pris ses distances vis-à-vis le contrôle social exercé par la religion, il nous faut néanmoins constater que la croissance des dépenses de l'État et de la réglementation étatique a fait en sorte que c'est l'État qui a pris la place du confessionnal, et de façon encore plus totalitaire puisque l'État ne peut s'imposer qu'avec l'aide, par définition, du bras armé de la loi. Plus l'État est omniprésent, plus nos choix sont limités (ils sont même inexistants dans certains domaines) et plus notre liberté de penser devient soumise aux objectifs dits collectifs, objectifs définis bien sûr par l'État sous le manteau de la volonté de la majorité.

Cette petite histoire est bien sûr un résumé. Je n'élabore pas sur la plupart des faits mentionnés et je mets généralement de côté les interventions politiques de l'épiscopat et du clergé. Ces interventions sont mieux connues et la plupart des historiens en font état.

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2. La Nouvelle-France

L'explorateur Jacques Cartier a sans doute été notre premier écrivain bien qu'il n'ait fourni que le récit de ses voyages. De son deuxième voyage en 1535, «en terre du Canada, dite Nouvelle-France», citons ce qu'il pense des croyances des autochtones: «Le dit peuple n'a aucune créance de Dieu qui vaille, car ils croyent dans un qu'ils appellent Cudouagny et disent, qu'il parle souvent à eux, et leur dit le temps qu'il doit faire. Ils disent que quand il se courrouce à eux, qu'il leur jette de la terre aux yeux. Ils croient aussi quand ils trépassent, qu'ils vont ès estoilles, puis viennent baissant en l'horizon comme les dites estoilles ; puis vont en beaux champs verds, pleins de beaux arbres et fruits somptueux. Après qu'ils nous eurent donné ces choses à entendre, nous leur avons montré leur erreur, et que leur Cudouagny est un mauvais Esprit qui les abuse ; et qu'il n'est qu'un Dieu, qui est au Ciel, lequel nous donne tout, et est Créateur de toutes choses, et qu'en celui devons croire seulement ; et qu'il faut être baptisé ou aller en Enfer.»(1) Il eut sûrement mieux valu que Cartier convainque François 1er de l'innocence des croyances des indigènes car ceci aurait peut-être évité à la France bien des massacres pour des raisons d'opinion. À la même époque naissait le mouvement de réforme. Calvin s'est enfui de France après que François 1er eut fait poursuivre et brûlés des gens qui avaient posé des affiches («l'affaire des placards» d'octobre 1534) critiquant des pratiques religieuses. La persécution contre les protestants a sans doute culminé avec le massacre de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572, sur ordre du Vatican. En effet, le pape Pie V écrivait à Catherine de Médicis : «Ce n'est que par l'extermination des hérétiques que le roi pourra rendre à ce noble royaume l'ancien culte de la religion catholique.» (l'histoire romancée a été portée à l'écran avec le film La Reine Margot mettant en vedette Isabelle Adjani). Le Vatican a ordonné une procession d'action de grâces et fait frapper une médaille pour commémorer le massacre. Pourtant, l'Église avait tenu un grand concile (le Concile de Trente) de 1545 à 1565. Ce concile aurait marqué «un véritable renouveau» pour l'Église catholique (dixit le journaliste Jean Martel, Le Soleil de Québec, 16 janvier 2000: «Regard sur 1000 ans d'histoire religieuse»). L'Église et les cléricaux ont toujours donné une version idyllique de leur histoire. Rappelons seulement que le but du Concile était de lutter contre la montée du protestantisme (les hérétiques) et que c'est durant ce concile que l'Église a publié sa première liste des livres à l'Index (en 1559), sous peine de péché mortel... et d'excommunication. Voilà pour le renouveau.

Graduellement, la France a transplanté au Québec le régime féodal d'organisation sociale existant en Europe, bien que ce régime ait été adapté au caractère colonial du pays, au rôle important qu'y tenait le commerce (presque exclusivement la traite des fourrures), à l'existence de peuples indigènes et d'un milieu géographique plus vaste et au climat plus rude que celui de la France. Quoiqu'il y ait des nobles, des commerçants, des soldats, «seigneurs et censitaires forment l'élément de base de l'organisation sociale du pays»(2). Les compagnies concédaient des terres à des particuliers qui, devenus seigneurs, recrutaient des censitaires pour cultiver en partie pour eux-mêmes les lots taillés dans la seigneurie. Huit millions d'acres de terres sont ainsi concédées sous le régime français, dont le quart environ à l'Église. Les Jésuites eurent jusqu'à 2000 censitaires, les Sulpiciens de Montréal jusqu'à 3000 (3). C'était un nombre important pour l'époque, relativement au faible peuplement. Ce pouvoir économique de l'Église était associé à celui qu'elle a eu pendant longtemps sur les institutions d'enseignement et les services hospitaliers.

Dans toutes les seigneuries y compris celles appartenant à l'Église, «les paysans devaient payer un loyer annuel (les cens et rentes), verser un impôt sur la vente de leur terre (les lods et ventes), la défricher et la mettre en valeur, et faire moudre leur grain au moulin seigneurial. Faute de se plier à ces obligations, ils pouvaient être évincés.» (29). Les seigneurs détenaient certains autres pouvoirs et privilèges, comme celui d'imposer la corvée. Outre les revenus de ses seigneuries l'Église, comme aujourd'hui, passait la quête et recevait des dons. Elle percevait surtout la dîme que le gouverneur, en 1663, avait fixée au vingtième de la récolte.

La vie des colons a été très difficile. Dans «Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France» (30), l'historien André Lachance fait un bon survol de la vie quotidienne des habitants aux 17è et 18è siècles. De la naissance jusqu'à la mort, l'Église, ses rites, ses croyances, sont omniprésentes et constituent certainement un frein à l'acquisition d'une connaissance empirique et au développement de la technologie. «À l'époque, l'enfer est le thème par excellence des prédicateurs». Au chapitre portant sur la religion, l'auteur illustre les aspects suivants : «Un enseignement basé sur la peur», «Une religion magique», «Une religion de devoirs». Ce langage ne diffère pas réellement de l'enseignement religieux que j'ai reçu dans les années 50.

En 1626 a circulé un pamphlet contre les Jésuites, l' «Anti-Coton», un an seulement après leur arrivée. Le Père Coton est mort en 1626; il a été le confesseur de Louis XIII jusqu'en 1617. Le pamphlet a été immolé sur la place publique, son auteur étant absent... Il fallut attendre Frontenac pour que les luttes, en Nouvelle-France, entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique se révèlent au grand jour. Il arriva en Nouvelle-France en 1672. «Le pays était divisé en deux parties, dont le gouverneur et l'évêque étaient les chefs»(4). Le Père L. Lejeune, dans son Dictionnaire général du Canada, dit de Frontenac : «Son attitude à l'égard du clergé, auquel il impose de ne point se mêler à la vie des familles, ni d'exercer une sorte d'inquisition sur la conduite de chacun, ni de se servir hors de propos de menaces d'excommunication, aboutit à créer une série d'ennuis et d'embarras qui eurent leur écho à la Cour de France. Il reproche aux Jésuites missionnaires des Sauvages, non de travailler au rapprochement des indigènes et des Français, mais d'isoler les convertis et de ne pas leur enseigner notre langue. Il montre sa résolution de ne point, à l'avenir, laisser sortir les prêtres des fonctions qui leur sont dévolues. Puis il souleva et agita la puérile question des autels. «Par le séminaire de Québec, dit-il au ministre, et le grand vicaire de l'évêque--alors absent-- les Jésuites sont les maîtres de tout ce qui regarde le spirituel, qui est, comme vous le savez, une grande machine, pour remuer tout le reste»»(5).

«Ils songent autant à la conversion du castor qu'à celle des âmes», dira Frontenac des Jésuites. Le gouverneur est rappelé en France en 1682. «Son départ était, dans le fond, écrit encore Garneau (6), un nouveau triomphe pour le parti de Mgr de Laval, mais c'était le dernier. Le rappel presque successif de trois gouverneurs attestait suffisamment la puissance du prélat. L'administration des deux premiers n'avait duré en tout que quatre années. Celle de Frontenac dura dix ans.» Frontenac revint en 1689. Quatre ans plus tard devait éclater une nouvelle dispute avec l'Église lorsque Frontenac voulut faire jouer le Tartuffe de Molière. Il fallut attendre jusqu'en 1893 pour que le Tartuffe soit présenté au Québec une première fois...

Frontenac n'a pas été le seul «fils insoumis» qu'a connu la Nouvelle-France. Le baron de LaHontan (Louis-Armand de Lom d'Arce) vécut au Québec de 1683 à 1692 et aurait «devancé et annoncé Voltaire», écrit Marcel Trudel (7). Au XVIIe siècle, ajoute Trudel, «Ville-Marie et Québec forment de véritables communautés religieuses, les pasteurs connaissent chacune de leurs ouailles ; on est sévère sur la conduite des fidèles, sur la toilette des dames, sur les divertissements ; on exige le billet de confession».

LaHontan raconte qu'un prêtre, pénétrant dans sa demeure durant son absence, «massacra» tous les «mauvais livres qu'il y trouva». «Ayant trouvé sur ma table un Pétrone, il lui casse bras et jambes, il en déchire tous les feuillets prétendus scandaleux». (Pétrone est un auteur latin du 1er siècle ayant ridiculisé dans un roman les mœurs romaines). Dans la préface à ses «Dialogues avec le Sauvage Adario», LaHontan écrit : «Les Nations qui n'ont point été corrompues par le voisinage des Européens, n'ont ni tien ni mien, ni Loix, ni Juges, ni Prêtres». Frontenac aurait aidé LaHontan, selon les dires de celui-ci, «à mettre ces Dialogues dans l'état où ils sont». LaHontan voulait que la France achète la paix avec les Iroquois. En raison de ses idées sur la religion il est mort en exil. LaHontan faisait exception car les Européens avaient généralement une conception superficielle et hautaine des peuples primitifs, qu'ils appelaient des sauvages. Malgré leur cannibalisme occasionnel, les Amérindiens n'ont pas atteint le degré de cruauté des Européens (40).

L'historien Jacques Lacoursière, dans son Histoire populaire du Québec, décrit cette période comme étant un royaume de la zizanie (8). Le chanoine Lionel Groulx, pourtant fort critiqué, a été plus nuancé : «Frontenac, le seul des gouverneurs de la Nouvelle-France qui ait obtenu un second terme d'administration. Singulier homme dont un si grand nombre avaient souhaité le départ et que tous accueillent comme un sauveur : le "Redemptor Patriae", dira Lahontan, le "désiré des nations", s'écriera un Récollet. Ce méridional, inutile de le nier, a du panache, du magnétisme; il est même de ces rares personnalités auxquelles peut s'accrocher la légende» (9). Groulx écrit encore qu' «entre un Tracy ou un Frontenac, par exemple, il y a toute la différence qui sépare un grand chrétien d'un grand homme du monde. Frontenac inaugure l'ère des gouverneurs plus politiques que religieux. Non, le climat spirituel en Nouvelle-France n'est plus tout à fait le même».

Le marquis de Montcalm, héros de la bataille de Carillon en 1758 (il a perdu une autre bataille un an plus tard), n'était pas un clérical. Il écrit à Lévis le 27 août 1756 : «Notre ami, l'évêque, vient de donner le plus ridicule mandement du monde ; mais gardez-vous bien de le dire, car c'est l'admiration du Canada.» Montcalm était un lecteur de l'Encyclopédie. «Les jours pairs, je lis au coin de mon feu ; aussi ai-je entrepris la lecture à la suite du Dictionnaire Encyclopédique, en sautant les articles que je ne veux pas savoir, ceux que je ne puis comprendre» (Journal, 9 nov. 1758). Bougainville était en 1756 premier aide de camp de Montcalm. «Si on en juge par les documents de l'époque, Bougainville fut un philosophe peu militant: on ne le prend jamais en délit de propagande ; il ne soulève aucune polémique. Ce n'est qu'en 1771 que Bougainville se révèlera totalement quand il écrira son Voyage autour du Monde» (10) qu'il fit de 1766 à 1769.

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3. La défaite

En 1760, la Nouvelle-France (ou plutôt ce qui en restait après la déportation des Acadiens en 1755 et le saccage de la Côte-du-Sud en 1759) devait succomber sous l'assaut de forces dix fois supérieures en nombre grâce, admettons-le, au dynamisme des colonies britanniques de la Nouvelle-Angleterre. La population de la Nouvelle-France, excluant les Acadiens, est établie à 65 000 habitants au recensement de 1754 (31). Les capitulations de Québec en septembre 1759, puis de Montréal en septembre 1760, garantissaient «le Libre Exercice de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine». Donnant, donnant. Mgr Pontbriand s'empresse de déclarer: «Heureux ceux qui, sans l'attribuer faussement et témérairement aux causes secondaires, y reconnaissent (dans la défaite) le bras vengeur du Seigneur et s'y soumettent». En 1759, dans ses mandements l'Église incitait d'ailleurs la population à la prière plutôt qu'à combattre (11). Pourtant, jusqu'en 1763, la cession de la Nouvelle-France à l'Angleterre n'était pas confirmée par un traité. Le traité de Paris (1763) accorde «aux Habitans du Canada la Liberté de la Religion Catholique», mais «en tant que le permettent les Loix de la Grande Bretagne». Or, les instructions au gouverneur Murray précisent que ces «lois n'admettent absolument pas de hiérarchie papale dans aucune possession appartenant à la couronne de la Grande-Bretagne et ne peuvent que tolérer l'exercice de cette religion» ou: «Vous ne devez admettre aucune juridiction ecclésiastique émanant du siège de Rome ni aucune juridiction ecclésiastique étrangère dans la province confiée à votre gouvernement» (décembre 1763).

C'est ainsi que le 1er évêque nommé (en 1764) sous le régime britannique, Mgr Briand, a d'abord été élu par des chanoines, avec l'assentiment du gouverneur Murray. Mgr Briand comblait le poste (rémunéré par l'État) de Mgr Pontbriand décédé en 1760. Sous le régime français, c'est le roi de France qui nommait les évêques.

Même si j'ai intitulé ce court chapitre la défaite au lieu de la conquête comme on le fait habituellement, je ne voudrais nullement donner l'impression que le passage du statut de colonie française à celui de colonie britannique a été une catastrophe pour les Canadiens (devenus en 1763 des habitants de la province de Québec, donc des Québécois...). Cette conquête ou cette défaite a mis fin à près de deux siècles de guerres interminables et futiles pour les Canadiens et à un régime qui ne pouvait, éventuellement, qu'être renversé par les Canadiens eux-mêmes. Dans son livre Mythes et réalités dans l'histoire du Québec (39), l'historien Marcel Trudel énumère plusieurs changements effectués par les Britanniques qui ont été bénéfiques à la population, en matière par exemple administrative, de la justice, du commerce, du numéraire, sans oublier cette tolérance vis-à-vis le protestantisme. Ce n'est que plus tard que les problèmes relatifs à la langue surviendront.

En 1764 devait naître ce que Séraphin Marion a appelé le Serment de Strasbourg du Canada français (12). Le premier numéro de La Gazette de Québec, tiré à 150 exemplaires, sortit le 21 juin 1764 d'une imprimerie située sur la rue St-Louis à Québec. Le journal est bilingue jusqu'en 1842. La page frontispice présente une adresse des Imprimeurs au Public où il est dit «qu'une Gazette soigneusement compilée, écrite avec choix des matières, sans partialité, et avec une liberté convenable, ne manquera pas d'être encouragée, comme tout le monde sent combien un imprimé de cette nature est nécessaire dans cette colonie». Le premier poème à être publié au Québec fut de Voltaire, le 23 mars 1767. Il s'agit de l' «Épître de Monsieur de Voltaire à Monsieur le Cardinal Querini, qui lui demandait absolument une ode sur l'Église Catholique à laquelle il a fait des Presens». Plus tard, le 8 mars 1770, La Gazette publiera une Chanson de Franc-maçon, une invitation aux Québécois pour qu'ils adhèrent à la Franc-maçonnerie...

Mais le premier livre à être imprimé ici, en 1765, est un Catéchisme.

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4. La soumission

Même si le Québec était isolé de la France, il ne pouvait être totalement tenu à l'écart des idées conduisant à un renouveau social, culturel et politique. La révolution américaine aurait pu être déterminante pour l'avenir du Québec. La royauté française l'a même appuyée financièrement. Le marquis de La Fayette, un aristocrate libéral, a pris part à la guerre d'indépendance américaine (de 1777 à 1782). Le soutien de la France aurait d'ailleurs été déterminant pour la victoire militaire des Américains.

Ayant goûté à la soupe chaude en Nouvelle-Angleterre (les troubles y ont commencé en 1765, bien que la guerre d'indépendance n'ait débuté qu'en avril 1775), le roi George III signe l'Acte de Québec le 22 juin 1774. Il y est fait certaines concessions, entre autres que «le clergé de la dite église peut conserver et percevoir les dus et redevances ordinaires [la dîme] et en jouir mais que ceux-ci ne seront exigibles que des personnes professant ladite religion». Le 26 octobre 1774, le Congrès de Philadelphie fait un appel aux Canadiens. Fleury Mesplet, fondateur de la «Gazette du Commerce et Littéraire» en 1778, arriva à Philadelphie en 1774 sur les instances de Benjamin Franklin et publie la traduction française d'un premier appel du Congrès. Cette traduction est envoyée à un riche négociant de Montréal du nom de Cazeau et est distribuée en plusieurs exemplaires. L'appel du Congrès critique les concessions accordées par l'Acte de Québec et offre aux Canadiens «un pacte social fondé sur le principe libéral d'une liberté égale», que les Canadiens devraient s'assembler «pour élire des députés de chaque endroit qui formeraient un Congrès Provincial, duquel vous pourriez choisir des Délégués pour être envoyés, comme les représentants de votre Province, au Congrès général de ce continent qui doit ouvrir ses séances à Philadelphie, le 10 de Mai 1775» (13). Ce n'est qu'en 1848 que la responsabilité ministérielle a été reconnue, la majorité francophone n'étant plus un obstacle puisque qu'elle était devenue minoritaire.

«Les grands noms de liberté et d'indépendance nationale, écrit Garneau, ont toujours ému les âmes nobles et généreuses (...). L'adresse du Congrès fit sensation parmi les Canadiens de la campagne, et parmi les Anglais des villes. Ces derniers, n'espérant plus dominer exclusivement, songèrent pour la plupart à se faire révolutionnaires. La situation du gouverneur Carleton devint très difficile. Heureusement pour lui, le clergé et la noblesse avaient été inviolablement attachés à l'Angleterre par la confirmation de la tenure seigneuriale et de la dîme, deux institutions qu'ils ne pouvaient espérer conserver, dans le mouvement niveleur d'une révolution ; et avec ces deux classes marchait la bourgeoisie des villes, peu riche et peu nombreuse» (14).

«Le sentiment courant était, dans sa grande majorité, favorable aux insurgés» (15). Plusieurs Canadiens seront d'ailleurs condamnés pour avoir collaboré avec les révolutionnaires. Franklin arrive à Montréal en avril 1776, accompagné de deux émissaires du Congrès. Le clergé leur rappelle qu'il «ne peut enseigner la doctrine que la neutralité est compatible avec les devoirs envers le gouvernement établi». Les troupes américaines seront finalement défaites au siège de Québec la même année.

Le 3 juin 1778 paraît le premier numéro de la «Gazette du Commerce et littéraire» qui deviendra le 2 septembre suivant «La Gazette littéraire». Elle est dirigée par Fleury Mesplet et Valentin Jautard, un avocat. La Gazette littéraire est voltairienne et devint en quelque sorte l'organe de notre première académie fondée sans doute la même année : «L'Académie de Montréal». Cette académie se manifeste une première fois dans une lettre à la Gazette, dont voici un extrait : «Voltaire a levé le voile qui couvroit les vices et les crimes dont l'homme en général se paroît ; en le démasquant il a choqué, chacun s'est reconnu aux traits sous lesquels il les a peint. Il étoit l'écueil du fanatisme, par conséquent ennemi de l'enthousiasme et de la superstition : voilà son premier crime» (21 octobre 1778). Le 23 décembre, «L'Étranger compatissant», s'adressant au Père Well (Jésuite), écrit : «Répondez à ceci. L'âme est un esprit, cet esprit peut-il exister et n'être en aucun lieu ? S'il est dans un lieu, il doit occuper une place, s'il occupe une place, il est étendu, s'il est étendu, il a des parties, et s'il a des parties, il est matière : ce raisonnement est bien simple, essayez de le détruire...» C'était peut-être une question peu subtile à poser à un Jésuite; aujourd'hui il est couramment admis que la matière prend plusieurs formes. Et aussi que la pensée ne peut se manifester sans un cerveau...

Les membres de cette académie envoient le 30 décembre suivant une lettre au gouverneur Haldimand : «Le désir de nous instruire, y lisons-nous, nous a fait rechercher mutuellement : nous nous sommes rencontrés, et amis des Sciences, nous nous proposons de contribuer autant qu'il sera en nos lumières, à exciter l'émulation des jeunes Gens ; pour y parvenir il ne manque à notre entreprise, que l'Approbation de Votre Excellence». Mais le supérieur des Sulpiciens, M. Montgolfier, qui demeurait non loin de la boutique de Mesplet, écrit à son tour une lettre au gouverneur où il dénonce «un dessein formé, de jeter du trouble dans votre province, et de saper, s'il étoit possible les fondements de toute religion, si nécessaire, même dans l'ordre purement politique, à la tranquillité des peuples, et à la conservation des États, et cette vue commence à alarmer un grand nombre des plus honnêtes citoyens de cette ville» (2 janvier 1779). À quoi le gouverneur répond, un mois et demi plus tard : «je lui ay fait défendre [à Mesplet] très expressément d'attaquer la Religion ou le Clergé (...) Je vous prie, Monsieur, de veiller de près aux publications de cet Imprimeur et de m'avertir au plutôt s'il lui arrive encore de s'écarter de la conduite qui lui a été prescrite de ma part».

Aussitôt dit, aussitôt fait. Mesplet est emprisonné avec son collaborateur Jautard. Le dernier numéro de la gazette littéraire paraît le 2 juin 1779. Séraphin Marion de commenter : «Voilà bien l'union du pouvoir civil et du pouvoir ecclésiastique, l'union du Trône et de l'Autel» (Lettres canadiennes d'autrefois).

L'historien et philosophe Jean-Paul de Lagrave a décrit cette période, à travers la vie de Fleury Mesplet, dans un volume fort bien documenté: «L'Époque de Voltaire au Canada--Biographie politique de Fleury Mesplet (1734-1794)» (37)

1789 : c'est la révolution par la terreur en France. Bien sûr, nous y avons échappé grâce, si on peut dire, à notre statut de colonie britannique. L'Église a su profité de ce statut. Dans son «Catéchisme national» intitulé «La réponse de la race» l'abbé J.-B. Beaupré, avec l'imprimatur du cardinal Villeneuve, écrit en 1936 : «La révolution grondait dans le lointain. Nos évêques le comprirent et voulurent nous immuniser contre le danger. Mgr Briand et Mgr Hubert prêchèrent aux Canadiens la fidélité à leur serment d'allégeance. Dans son oraison funèbre de Mgr Briand, l'abbé Plessis dans un élan oratoire, alla jusqu'à proclamer l'Angleterre "une nation généreuse, compatissante, et bienveillante" ; il alla même jusqu'à s'écrier : "Soyez sujets fidèles ou renoncez à votre titre de chrétiens !" Le moins que nous puissions dire, c'est que dans la chaleur du discours, l'orateur s'était laissé emporter un peu trop loin. C'était une pieuse exagération». Il va sans dire que cette obligation d'être des sujets fidèles, bien que pieuse, était devenue une exagération à une époque (les années 30) où le fascisme de Mussolini trouvait ici de nombreux sympathisants (et même plus tard, dans les années 60, pour le corporatisme de Salazar au Portugal).

Mgr Briand, évêque de Québec, meurt le 25 juin 1794. Le 29 juin, l'abbé Plessis, curé de Québec, prononce l'oraison funèbre dont il est question au paragraphe précédent. Du point de vue littéraire, c'est bien dit. En fait, l'exagération est tout de même fondée sur l'enseignement des Évangiles, et surtout sur les Épîtres de saint Paul. En voici un extrait : «Mgr Briand avait pour maxime qu'il n'y a de vrais chrétiens, de catholiques sincères, que les sujets soumis à leur souverain légitime. Il avait appris de Jésus-Christ qu'il faut rendre à César ce qui appartient à César; de saint Paul, que toute âme doit être soumise aux autorités établies [établies comment ?], que celui qui résiste à leur puissance résiste à Dieu même, et que par cette résistance il mérite la damnation; du chef des apôtres, que le roi ne porte pas le glaive, sans raison, qu'il faut l'honorer par obéissance pour Dieu propter Deum, tant en sa personne qu'en celle des officiers et magistrats qu'il députe, sive ducibus tanquam ab eo missis. Tels sont, chrétiens, sur cette matière, les principes de notre sainte religion (...) Néanmoins, lorsque nous vous exposons quelquefois vos obligations sur cet article, vous murmurez contre nous, vous vous plaignez avec amertume, vous nous accusez de vues intéressées et politiques, et croyez que nous passons les bornes de notre ministère! Ah! mes frères, quelle injustice!» Garneau de commenter : «On ne pouvait faire paraître un dévouement plus entier et une soumission plus rassurante» (16). C'est un porte-parole de l'Église qui admet, dans une oraison funèbre, qu'il y a des gens, sans doute beaucoup, qui accusent l'Église «de vues intéressées et politiques».

Le nouvel de Québec, Mgr Hubert, est le premier à signer le Manifeste de l'Association Loyale de Québec où il est dit que l'Angleterre est "notre mère-patrie", que les signataires feront tout en leur pouvoir «pour donner au gouvernement exécutif un support vigoureux et efficace», «pour arrêter dans leurs principes, tous tumultes et tentatives, sous quelque prétexte que ce soit, tendant à troubler la tranquillité publique».

Le 5 novembre 1796, Mgr Hubert envoie une lettre à son clergé où il exprime le même esprit de soumission (obéissant ainsi aux principes du christianisme) à l'autorité établie : «Il serait inutile de vous rappeler ici les principes de loyauté, d'obéissance et de fidélité au gouvernement, dont vous êtes pénétrés aussi bien que nous, et que nous avons eu la consolation de vous voir professer dans toutes les circonstances difficiles où cette province s'est trouvée depuis la conquête. (...) Nous croyons qu'il est plus que jamais de votre devoir de remontrer aux peuples, soit dans nos instructions publiques, soit dans vos conversations particulières, combien ils sont étroitement obligés de se contenir dans la fidélité qu'ils ont jurée au roi de la Grande-Bretagne, dans l'obéissance ponctuelle aux lois et dans l'éloignement de tout esprit qui pourrait leur inspirer ces idées de rébellion et d'indépendance».

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5. La résistance s'organise

En raison même de cette attitude de la hiérarchie ecclésiastique, le mouvement anticlérical devait se poursuivre et s'amplifier. Le 28 janvier 1790, La Gazette de Québec présente à ses lecteurs un nouveau décalogue :

«Avec ardeur tu défendras
La Liberté dès à présent.
Du clergé tu supprimeras
La moitié nécessairement.
Aux gens de Loi tu couperas
Les Ongles radicalement.
Aux financiers tu donneras
Congé définitivement.»

Le journal Le Canadien, le premier journal fondé exclusivement par des Canadiens français (la Gazette est alors bilingue et a été fondée par un Écossais venu de Philadelphie), paraît le 23 novembre 1806. [Les Canadiens désignaient alors les habitants d'origine française nés au Canada] Trois ans plus tard un évêque pouvait affirmer : «Vous n'imaginez pas les ravages que fait ce misérable papier dans le peuple et dans le clergé». Le mouvement a pris tellement d'ampleur que Mgr Plessis constate : «Après Dieu, la religion catholique dans ce pays n'offre de protection à ses ministres que dans le gouvernement. Les fidèles les plus zélés sont dans les basses classes du peuple. La haute classe des catholiques, conseillers, juges, avocats, marchands de quelque crédit, n'est point en général amie du clergé.» S'agit-il d'une autre «exagération» de l'abbé Plessis, devenu évêque?

En 1801 fut présenté à l'Assemblée (qui n'avait qu'un rôle consultatif) un «Bill pour l'établissement d'écoles gratuites et l'avancement des sciences dans cette province», ou Institution royale. Il n'était pas question de croyance religieuse. Le clergé, prétextant l'anglicisation, se posa en sauveur de la race et fit échec au projet de loi. Ce qui était fondamentalement une question de langue, devint pour le clergé une affaire religieuse, puisque l'enseignement aurait échappé à son contrôle.

Devant cet échec, la loi de 1824 donne aux fabriques des paroisses, dominées en fait par le curé, le soin d'établir des écoles. Mais pour environ 300 paroisses, il n'y avait en 1829 que 63 écoles. Cette insouciance du clergé est dénoncée en ces termes par un lecteur du Canadien : «Comment, me disais-je, ils [les curés] ont réussi, presque partout, à faire magnifiquement dorer les églises [...], à faire faire aux églises et aux presbytères mille réparations et ajouter mille autres ornements de luxe, et ces mêmes hommes n'ont pu établir une école respectable dans leurs endroits ?» (Le Canadien, 26 janvier 1825). Ces faits contrastent avec l'opinion de Robert Rumilly, pour qui «l'enseignement avait toujours occupé le premier rang dans les soucis du clergé» (17).

Voyant ce désintéressement, le gouvernement adopta une nouvelle loi en 1829 remettant «le contrôle, la régie, le maniement et l'administration exclusive des affaires des écoles» à des syndics élus. Nouvelle opposition du clergé, mais le nombre des écoles passa dès 1830 à 752, et en 1836 à 1 321.

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6. La rébellion de 1837-1838

La présence d'un régime colonial, l'absence d'un gouvernement responsable et de nombreux problèmes économiques et sociaux ont conduit à la rébellion de 1837. Les causes de l'échec de la rébellion sont multiples et une de ces causes est sans contredit l'attitude du clergé. Quelques exemples. Le 24 octobre 1837 Mgr Jean-Jacques Lartigue, évêque de Montréal, dit à ses ouailles : «Ne vous laissez pas séduire, si quelqu'un voulait vous engager à la rébellion contre le Gouvernement établi, sous prétexte que vous faites partie du Peuple Souverain». Citant saint Paul, Mgr Lartigue répète les mêmes arguments que l'abbé Plessis 43 ans auparavant (sans doute une autre exagération) : «Il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c'est lui qui a établi toutes celles qui existent. Celui donc qui s'oppose aux Puissances, résiste à l'ordre de Dieu ; et ceux qui résistent acquièrent pour eux-mêmes la condamnation.»

En décembre 1837, le clergé du diocèse de Montréal envoie une lettre collective à la reine Victoria dans laquelle il exprime son «attachement inviolable envers votre auguste personne» et dans laquelle il déplore «l'état de division, d'agitation et même d'insubordination politique dans lequel s'est trouvée plongée une partie de cette Province», et cela «malgré les efforts des pasteurs catholiques et des autres loyaux sujets de Votre Majesté».

En 1831, Louis-Joseph Papineau réclamait la séparation de l'Église et de l'État. «Ce clergé, disait-il à l'Assemblée législative, se croit le maître de l'autorité civile, croit encore pouvoir exercer une plénitude de pouvoirs dont il a abusé, et dont, après en avoir été dépouillé, il ne doit jamais redevenir le possesseur. Il faut distinguer entre l'Église et ses droits temporels. L'autorité ecclésiastique, quant à ses droits, n'est valide qu'autant qu'elle l'obtient de l'autorité civile.»

L'historien Fernand Ouellet a dit de Papineau : «Libéral et démocrate, Papineau a éprouvé le besoin de redéfinir la société canadienne-française en termes laïcs. Sa pensée tendait à opérer les distinctions nécessaires entre les valeurs politiques et les valeurs religieuses. Il a cru à la nécessité d'une séparation réelle de l'Église et de l'État. À plusieurs reprises, il a affirmé les droits des laïcs contre ce qu'il appelait les empiétements du clergé. Il a formé le projet de concentrer sous l'autorité de la Chambre d'Assemblée, considérée comme la représentation nationale, des institutions qui auparavant appartenaient d'une façon restrictive au clergé : les hôpitaux et l'enseignement. Il a pensé que le clergé devait en arriver à limiter son rôle au domaine spirituel» (18).

F. Ouellet décrit ainsi l'évolution des idées de Papineau sur la religion : «Progressivement, après sa sortie du Séminaire de Québec (en 1804), il en vint à abandonner toute croyance dans les religions révélées. Dès lors il adhéra à une morale rationnelle et naturelle telle que les philosophes du 18è siècle l'avaient exprimée [...]. À la veille de sa mort, l'abbé Bourassa tenta un dernier effort pour le convertir. Mais Papineau refusa son aide. À son enterrement, l'abbé Bourassa agit comme officier civil» (19). L'abbé Bourassa était curé de Montebello. L'abbé écrit à Mgr Guignes : «Tout le monde est ici consterné d'une telle fin... Il a expiré samedi à 9h. 1/2 du soir. Dimanche point de cloche, pas un seul mot au prône... C'était navrant.» Papineau est décédé à près de 85 ans le 23 septembre 1871. Le chanoine Groulx fait ici un vœu pieux : «Devant le rôle merveilleux de cet homme, comment ne pas rêver, malgré soi, à la destinée d'un Papineau qui eût été un parfait croyant, un vrai fils de l'Église?» (20). Mais qu'est-il advenu des vrais fils de l'Église qui ont osé douter, critiquer ou contester? On trouvera un meilleur aperçu des idées défendues par Papineau lors de la rébellion de 1837 à la référence (21).

Le docteur Côté, qui avait demandé lors de l'Assemblée des six comtés (en 1837) qu'on fonde les cuillers pour en faire des balles, qualifie ainsi les prêtres : «Les prêtres par toute la terre sont des fourbes et des scélérats qui prêchent aux simples ce qu'ils ne croient pas eux-mêmes, tant leurs diverses doctrines sont absurdes et en contradiction avec la raison que la divine Providence a donnée aux mortels.»

Robert Nelson, obligé de fuir temporairement aux États-Unis, rédige en 1838 la «Déclaration d'Indépendance du Bas-Canada» ; le quatrième article proclame : «Toute union entre l'Église et l'État est déclarée abolie, et toute personne a le droit d'exercer librement la religion et la croyance que lui dicte sa conscience.»

La rébellion, tous le savent, a été un échec. Le rapport que Lord Durham a fait à son retour en Angleterre en 1839 démontre à quel point la Conquête avait créé une antinomie sur le plan culturel. Durham ne voit que le problème de langue. La solution que propose Durham est l'assimilation des Canadiens français car «le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada, ce doit être celui de l'Empire britannique, celui de la majorité de la population de l'Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l'Amérique du Nord.»

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7. L'Institut canadien

La fondation de l'Institut canadien, en décembre 1844, devait marquer une étape nouvelle puisque le mouvement de libéralisme anticlérical prenait de l'ampleur. Les membres de l'Institut se recrutaient parmi l'élite politique: Joseph Doutre, Éric Dorion, Wilfrid Laurier (futur premier ministre du Canada). Le journal L'Avenir est l'organe de l'Institut. En 1854 il inscrit à son programme:

«13e) Séparation de l'Église et de l'État.
25e) Écoles subventionnées par l'État et dépouillées de tout enseignement sectaire.»

«L'histoire de la papauté, écrira un jour L'Avenir, dans une longue suite de siècles, est l'histoire de tous les crimes qui déshonorent l'humanité.»

Le Pays fut un autre appui à l'Institut. Fondé en 1852, il cesse de paraître en 1870. Dessaulles en était le directeur ; il écrira dans sa Grande guerre ecclésiastique : «Les hommes d'étude ont pu voir à quel degré de nullité intellectuelle, politique et nationale et d'infériorité morale, les clergés de tous les pays ont réduit les peuples qu'ils ont réussi à contrôler et à dominer.» Ce fut longtemps l'apanage, en particulier, du Québec, du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie, sans oublier le Tibet, et encore aujourd'hui de tous les pays sous domination musulmane.

Quelques mots sur l'abbé Charles Chiniquy (1809-1899). Avant d'être excommunié en 1856 pour ses démêlés avec la hiérarchie catholique et de joindre le protestantisme (l'Église presbytérienne), Chiniquy était foncièrement un ultramontain, grand défenseur de l'autorité papale et ennemi du libéralisme. Même s'il est surtout connu pour ses conférences contre l'alcoolisme (un fanatique de la prohibition de l'alcool comme il s'en trouve aujourd'hui pour le tabac), il a aussi combattu brièvement l'Institut canadien (en 1849) qui avait le soutien des protestants francophones. Il faut dire que cette défense du papisme venait peu de temps après qu'il eut reçu un crucifix du pape (en 1847). Devenu protestant, Chiniquy a été lui-même victime de l'intolérance (menaces de mort, etc.). Je donne comme références «La conversion controversée de Charles Chiniquy» racontée par un historien protestant, Richard Lougheed (36) et «Chiniquy -- Prêtre catholique, ministre presbytérien» (38) de Marcel Trudel, un résumé bien illustré (avec photos récentes de l'ancienne demeure de Chiniquy à Ste-Louise, dans L'Islet, et d'une église protestante qui existe toujours à St-Damase-de-L'Islet).

En 1868, Mgr Bourget intervient et frappe d'excommunication tous les membres de l'Institut. À cette époque, Arthur Buies publiait et rédigeait seul La Lanterne, qu'il présente comme un «journal humoristique, hebdomadaire, l'ennemi instinctif des sottises, des ridicules, des vices, et des défauts des hommes.» Dans le numéro du 12 novembre 1868 il déclare sans ambages que «l'éducation cléricale est le poison des peuples».

L'excommunication était d'ailleurs une arme à la fois spirituelle et politique, et probablement surtout politique. Rappelons ce petit fait que lors de l'invasion (ou tentative de libération selon le point de vue) américaine de 1775, cinq habitants de Saint-Michel de Bellechasse avaient refusés de se soumettre aux directives de l'Église. À leur mort, ils ont été enterrés dans un champ pour être inhumés de nouveau, près de cent ans plus tard (en 1880), dans un «cimetière des enfants morts sans baptême». Ceci est relaté par Gaston Deschênes (22) qui cite d'ailleurs le poème écrit par Louis Fréchette à ce sujet : «Les excommuniés», dont voici un extrait:

«En vain l'on invoqua l'autorité romaine ;
En vain, sous les regards de ces naïfs croyants,
Le prêtre déroula les tableaux effrayants
Des châtiments que Dieu garde pour les superbes ;
En vain l'on épuisa les menaces acerbes ;
Menaces et sermons restèrent sans succès !
--Non ! disaient ces vaincus ; nous sommes des Français ;
Et nul n'a le pouvoir de nous vendre à l'enchère !
La foudre un jour sur eux descendit de la chaire :
L'Église, pour forcer ses enfants au devoir,
À regret avait dû frapper sans s'émouvoir.
Il n'en resta que cinq.»

Cette décision d'inhumer ces excommuniés au cimetière de la fabrique est sans doute une conséquence de ce qui est connu comme l'affaire Guibord. Le 18 novembre 1869 mourait le typographe Joseph Guibord. Il était membre de l'Institut canadien, donc il n'avait pas droit à la sépulture ecclésiastique même si Mgr Bourget le chargeait d'imprimer ses lettres pastorales... La veuve de Guibord, Henriette Brown, engage des poursuites contre la fabrique de Montréal dans le but de «contraindre le curé de cette paroisse [paroisse Notre-Dame] d'accorder aux restes de son mari, la sépulture, conformément aux usages et à la loi». Le 6 mai 1870, le juge Mondelet oblige la fabrique à enterrer Guibord au cimetière catholique. La fabrique va en appel. Finalement le Conseil privé de Londres rend son verdict le 21 novembre 1874, condamnant de nouveau la fabrique, de même qu'à payer les frais. Néanmoins il fallut attendre jusqu'au 16 novembre de l'année suivante pour que Guibord soit inhumé au cimetière de la Côte-des-Neiges. À cette occasion Guibord, qui avait presque passé inaperçu durant sa vie, a bénéficié ... d'une protection de 1 200 soldats. Dans son acharnement l'Église, via Mgr Bourget, déclare que la fosse perd sa bénédiction par cette profanation.

L'Institut canadien n'a pas survécu à ces excommunications... Il a eu entre autres pour président Louis-Joseph Papineau. Lors d'une conférence en 1867 en l'honneur du 23è anniversaire de l'Institut, Papineau qualifie «le droit de libre examen et libre discussion» «comme le meilleur et le plus légitime moyen de parvenir à la connaissance de la vérité». En 1883 Arthur Buies évoque en ces termes l'Institut canadien: «Cette société avait été fondée en 1844, à peine au sortir de l'insurrection de 1837-38, alors que l'Angleterre achevait d'acheter avec des honneurs le concours de certains Canadiens éminents. Quelques jeunes gens, nourris à l'école du passé, se cherchèrent au milieu des tristesses de la patrie. Ils apportaient un fonds commun de libéralisme et de dévouement à leurs idées ; ils se réunirent dans une étroite masure de la rue Saint-Jacques et constituèrent ce qui fut pendant vingt ans l'Institut Canadien, afin, comme ils le déclarèrent, dès leur première séance, "de chercher la force qui naît du travail commun, de s'instruire et de s'habituer à la parole au moyen de la discussion». Victor Hugo avait aussi appuyé l'Institut, comme en témoigne cette lettre adressée le 29 mai 1870 à son président par la belle-sœur du poète, Julie Chenay : «M. Victor Hugo, vous avez raison de le penser et de le dire, est avec ceux qui sont avec le progrès. Vous et vos amis êtes certainement parmi les plus vaillants amis de la liberté et de la lumière.»

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8. Vint la confédération

Que nous soyons pour ou contre, c'est un fait que l'Église a soutenu le projet de Confédération, avec les bleus (c'est-à-dire les conservateurs) contre les rouges (les libéraux). Les libéraux demandaient une consultation publique sur le projet, une sorte de référendum autrement dit. Les rouges ont longtemps été synonymes de l' Enfer...

Ainsi les évêques du Québec, dans une lettre collective, réitèrent leur position vis-à-vis de l'État : «Ce n'est pas l'Église qui est comprise dans l'État : c'est l'État qui est compris dans l'Église.» Les saints évêques ne faisaient que répéter les principes énoncés le 8 décembre 1864 dans l'encyclique Quanta Cura du pape Pie IX, à laquelle était annexé un syllabus de 80 propositions condamnables. Le Syllabus se présente comme le «Résumé des principales erreurs de notre temps». La 80è et dernière erreur mentionnée par le Syllabus est de croire que «le Pontife Romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne.» La 77è condamne aussi la croyance voulant qu' «à notre époque, il n'est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'État, à l'exclusion de tous les autres cultes.»

Le premier grand revers de la Confédération a été la révolte des métis de l'Ouest conduits par Louis Riel. Mgr Taché avait été envoyé par Ottawa comme ... pacificateur. Rien n'y fait. Le 18 mars 1885 Riel se met à la tête d'un Gouvernement provisoire. Il se retire à Batoche, sur la rivière Saskatchewan, dont il saisit l'église. Des missionnaires sont faits prisonniers. Le 9 mai 1885 commence le siège de Batoche par les troupes fédérales et Riel est finalement fait prisonnier le 16 du même mois. Il est pendu à Regina le 16 novembre, après le verdict d'un jury unilingue anglais. Le 22 novembre se tint à Montréal une assemblée au champ de Mars où Mercier déclare : «Riel, notre frère, est mort, victime de son dévouement à la cause des Métis dont il était le chef, victime du fanatisme et de la trahison.»

En décembre 1889 un groupe d'écrivains (entre autres Louis Fréchette, Benjamin Sulte, Calixa Lavallée) publient une revue mensuelle qui a pour nom Le Canada artistique. Un an plus tard, la revue change de nom pour Canada-Revue (revue politique et littéraire). La revue est nettement laïque, comme l'illustre un article d'août 1894 intitulé «L'éducation laïque et l'éducation religieuse» dont voici un extrait : «Depuis la laïcisation des écoles en France, il ne se commet pas un mauvais coup, il ne se lance pas un pétard sans que l'on en accuse l'éducation moderne. Tous les Cassagnac, les de Mun et les Drumont qui couvent de leur protection et le trône et l'autel élèvent leurs grands bras vers le ciel lorsqu'il arrive quelque malheur, et s'écrient : la volà l'œuvre de la gueuse ! Nos bons cagots qui n'y comprennent rien font chorus, et tout le monde dit en chœur : c'est la faute à la laïque. Et pourtant, si l'on voulait se donner la peine de suivre un peu seulement les journaux français, on changerait vite de ton. Un ami nous envoyait, il y a quelques jours, une liasse de journaux parisiens, et sur quelques numéros parcourus, nous avons été stupéfaits de nombre de crimes commis par des prêtres ou des personnages ecclésiastiques». Ainsi donc l'éducation religieuse ne serait pas un gage de bonne conduite.

Voici un extrait d'un trop long poème du Canada-Revue que je ne veux pas reproduire entièrement:

«Il était une fois, dans une colonie
Peu prospère, une engeance à l'âme racornie,
Pas nombreuse, à coup sûr, dont la méchante humeur
Jetait aux quatre vents une horrible clameur.
De la religion se proclamant l'organe,
Elle formait, à part, un clergé sans soutane,
Qui, s'il ne pratiquait pas toujours la vertu,
Savait excommunier à bouche-que-veux-tu.
Il étouffait les uns sous ses lourdes caresses,
Sur les autres lançait ses foudres vengeresses ;
Enfin, c'était un hôte incommode et brutal.
Perché sur le sommet d'un grossier piédestal,
Le sous-pape et le chef de la petite Église
Disait : "Je damnerai pour qu'on me canonise !"
Ce pâle imitateur de feu Machiavel
Répondait au doux nom de Torquemardivel

Rémi Tremblay, dans Canada-Revue du 8 octobre 1892.

Dans un discours prononcé à Québec en 1877, Wilfrid Laurier se dissociait du libéralisme anticlérical pour se restreindre au «libéralisme politique», neutre en matière de religion. Ancien membre de l'Institut canadien, il est élu premier ministre le 23 juin 1896. Nouveau duel entre l'Église et l'État, malgré le discours conciliant de 1877. Auparavant, en 1872, l'Église avait subi un échec en appuyant par la voix de Mgr Bourget la candidature de G.-É. Cartier dans Montréal-est. Cartier, un bleu, avait été battu par une majorité de 1 300 voix en faveur de son adversaire libéral. Lors d'une discussion en Chambre d'un Bill réparateur dans le but de maintenir des écoles confessionnelles au Manitoba, avant l'élection de 1896, Laurier se pose en défenseur de la langue française mais à l'égard de la religion il précise : «Tant que j'occuperai un siège en cette Chambre, chaque fois qu'il sera de mon devoir de prendre position sur une question quelconque, je la prendrai non pas au point de vue du catholicisme, non pas au point de vue du protestantisme, mais je la prendrai pour des motifs qui peuvent s'adresser à tous les hommes aimant la justice, la liberté et la tolérance.»

L'évêque de Trois-Rivières, Mgr Laflèche, voit dans ces paroles «l'affirmation du libéralisme condamné par l'Église» [...]. «Un Catholique ne saurait, sous peine de pécher en matière grave, voter pour un chef de parti qui a formulé aussi publiquement une pareille erreur.» Il faut croire que beaucoup de gens, le 23 juin, perdirent l'état de grâce, puisque les Québécois élirent 49 libéraux contre 16 conservateurs. L'hebdomadaire La Patrie de commenter : «Le clergé a essuyé mardi une plus écrasante défaite que le Parti conservateur lui-même, dans la province de Québec. Pour la première fois aujourd'hui, il lui faut voir malgré lui, au resplendissant soleil de la Saint-Jean-Baptiste, son ancienne et incommensurable influence sombrer dans le naufrage général. Ce n'est pas notre faute, c'est la sienne.» À Québec le 26 décembre 1896 le quotidien L'Électeur ferme ses portes en raison de l'opposition cléricale mais il reprend la publication deux jours plus tard sous le nom Le Soleil.

L'année suivante (en 1897) le parti libéral triomphe de nouveau, cette fois aux élections provinciales. Félix-Gabriel Marchand est élu et présente aussitôt un projet de ministère de l'éducation. «Ils [les cléricaux] dénoncèrent immédiatement le dessein secret des libéraux : préparer l'exclusion du clergé, le contrôle absolu de l'État sur l'instruction publique» (Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec). Le 22 novembre l'archevêque de Montréal, Mgr Bruchési, télégraphie au premier ministre : «Pape vous demande surseoir pour bill instruction publique.» Le 5 janvier 1898, nouvelle intervention, cette fois les archevêques de Montréal, de Québec et d'Ottawa envoient une lettre à Marchand dans laquelle ils réclament le retrait du projet de loi «qui jette un voile sombre sur notre avenir». Marchand refuse. Les libéraux détenaient la majorité à l'Assemblée législative mais les Conseillers législatifs (notre ancien Sénat), ces vieillards malfaisants (expression de Papineau), rejettent le projet de loi le 10 janvier par 13 voix contre 9. Ainsi l'Église a-t-elle pu conserver la mainmise sur l'éducation.

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9. La «Ligue de l'enseignement»

Le 10 octobre 1902 a été créé un groupement d'action scolaire, la Ligue de l'Enseignement. La ligue a été créée, entre autres, par l'avocat Honoré Gervais, professeur à la faculté de Droit, et Godfroy Langlois, directeur du Canada, animateur de la loge maçonnique L'Émancipation et député à l'Assemblée législative. Olivier Fauché est nommé président, Langlois 1er vice-président.

« La Ligue de l'Enseignement, écrit Robert Rumilly (23), demandait plus d'hygiène à l'école, de meilleurs traitements pour les instituteurs, enfin la gratuité et l'uniformité des livres. Le Star franchit un pas de plus en demandant l'instruction, non seulement gratuite, mais obligatoire. Tardivel, dans la Vérité, flaira tout de suite la trilogie : gratuite, obligatoire et laïque. Mgr Bruchési surveilla la Ligue de l'Enseignement. Mais Godfroy Langlois bravait l'archevêque en termes irrévérencieux : "Ti-Paul ne nous mènera pas par le bout du nez!" ». Toutefois l'archevêque Bruchési a réussit à désagréger la Ligue. Napoléon Brisebois était professeur à l'École normale Jacques-Cartier et secrétaire de la Ligue; il dut bientôt quitter celle-ci (en 1904) à la demande de l'archevêque.

Le 1er ministre Lomer Gouin, ami de Langlois, forma son cabinet de ministres en mars 1905. «Gouin, écrit Rumilly, passait pour anticlérical à peine camouflé.» (24). Il a été même proposé que Langlois soit ministre de l'Éducation. Mais Gouin ne voulait pas de veto de l'épiscopat et il promit à Mgr Bruchési son entier appui

Il fallut attendre jusqu'en 1961 pour que soit créé un nouveau mouvement laïque organisé.

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10. «Toué, té toué»

«Nos ancêtres nous ont légué un héritage
d'ignorance et de pauvreté que nous devons
conserver et défendre jalousement»

Antoine Rivard
(ministre des Transports de l'Union nationale)

Entre les deux grandes guerres mondiales, principalement après la crise économique de 1929, le Québec a connu une période intense de chauvinisme fascisant et corporatiste. Le fascisme triomphe en Europe et plusieurs ici voient dans ces régimes autoritaires un exemple à suivre pour mettre de l'ordre dans la société. Adrien Arcand fonde la Parti national-social-chrétien, Paul Bouchard dirige ses Faisceaux d'Action autonomiste, les frères O'Leary ont leurs Jeunesses Patriotes. Jean-Charles Harvey fait exception. Alors qu'il était rédacteur en chef du quotidien Le Soleil depuis 7 ans il publie en mars 1934 son roman Les demi-civilisés (33). Ce roman est l'histoire d'un jeune homme de Charlevoix qui va s'établir à Québec, tombe amoureux, part une revue d'opinions avec l'aide financière du père de son amie; Harvey, à travers ses personnages, y dénonce le comportement et les idées des demi-civilisés, l'asservissement de l'intelligence par les «bootleggers de l'intelligence», «la nauséabonde vessie» de leur hypocrisie et les contraintes à l'expression de la liberté. En voici quelques extraits:

«Il est des absurdités qui ont vécu des milliers d'années et qui prendront autant de temps à mourir».
«Il faudrait mettre à l'index la Bible, à cause de multiples passages d'une crudité capable d'effaroucher les moins pudiques».
«Aucune défense sectaire n'a réussi, au cours des milliers d'années de vie humaine, à tuer le ferment de l'art. Car ce ferment, à travers les siècles, n'a cessé de faire le désespoir des ennemis de la vie».
«Les idées, les opinions, les théories scientifiques, les dogmes et les histoires qu'on vous a inculqués pendant quinze ans, allez les chercher dans tous les recoins de votre cerveau, ramassez-les au râteau, faites-en un tas devant vous, puis, commencez le triage. (...) Ne gardez que celles qui, selon vous, après un pénible effort de pensée, sont conformes à votre jugement et à votre raison. (...) Le doute est d'ailleurs à la base même du savoir, puisqu'il est la condition essentielle de la recherche de la vérité. (...) On vous dit parfois qu'il vous est défendu de penser librement. Les auteurs d'un décret aussi infâme sont grandement coupables. On ne saurait mieux s'y prendre pour tuer la valeur individuelle au nom d'on ne sait quelle médiocrité collective qu'on encourage au seul bénéfice d'une caste, sous le faux semblant de l'ordre, de la tradition et de l'autorité.»

C'était trop... Le roman est mis à l'index par le cardinal Villeneuve en avril («défense aux fidèles, sous peine de péché mortel, de lire ce livre, de le garder, prêter, acheter, vendre, imprimer ou diffuser de quelque façon»). Le directeur du Soleil, Henri Gagnon, demande la démission de Harvey; «Taschereau, lui dit-il, ne peut se payer le luxe de se mettre le clergé à dos». C'est raconté par Harvey dans une préface à la réédition de 1966, un an avant son décès. Harvey obtient de Taschereau la direction du Bureau de la statistique, jusqu'en février 1937 au moment où il sera congédié par Duplessis. Il se rend à Montréal pour fonder son «journal de combat», Le Jour, qui, pendant neuf ans, «me permit de bien survivre et surtout de contribuer quelque peu à une libération plus précieuse que l'indépendance nationale elle-même, la libération de l'esprit». Le titre sera copié par le Parti Québécois dans les années 70.

Aux élections tenues le 25 novembre 1935 sous l'égide de l' Union nationale Duplessis-Gouin, Duplessis devient chef de l'opposition grâce au soutien de l'Action libérale nationale de Paul Gouin qui a fait élire 26 députés, contre 16 pour le parti conservateur dirigé par Maurice Duplessis. Duplessis fait alors sa renommée au sein d'un «comité des comptes publics» qu'il a fait convoquer et où il critique de façon acerbe la corruption du régime d'Alexandre Taschereau. Taschereau démissionne le 11 juin 1936 et remet le pouvoir à Adélard Godbout, qui était âgé de 40 ans, en même temps que des élections sont annoncées pour le 15 août. L'alliance avec Paul Gouin est alors rompue quand Duplessis demande la fusion des deux partis sous sa direction. Aux élections de 1936 avait circulé «Le Catéchisme des Électeurs», où l'Union nationale promettait de «remettre la maison en ordre. Il ne s'agit plus de politique, il s'agit d'hygiène morale, de propreté publique». En fait les décennies suivantes, sauf pour le court intermède du libéral Adélard Godbout de 1939 à 1944, ont donné tort au Catéchisme. L'historien Jacques Lacoursière écrit, dans son tome 4 de l'Histoire populaire du Québec, que «les organisateurs de l'Union nationale furent pris par surprise avec le déclenchement brusqué des élections» du 25 octobre 1939, élections qui ont porté au pouvoir Godbout; pourtant, c'est Duplessis qui a déclenché ces élections, puisqu'il était premier ministre.

Après la capitulation de la France, René Chaloult (en 1942) exprimait l'espoir qu'il «surgisse un Pétain pour nous revigorer, pour nous rendre à nous-mêmes cette confiance que nous avons perdue». L'Église, dans ses lettres pastorales, prône le corporatisme. L'abbé Beaupré, que j'ai déjà cité, avec l'imprimatur répétons-le du cardinal Villeneuve, répond dans son Catéchisme national à la question suivante : «Quels sont les plus grands ennemis du Christ ? Lucifer et les Juifs [...] Karl Marx et Heine ont fait transporter le néomessianisme judaïque dans le bolchévisme infernal qui devient alors l'incarnation de l'idéal juif en voie de sa perfection prochaine». Le R.P. Richard Arès, devenu plus tard directeur de la revue jésuite Relations écrit dans son «Petit catéchisme anticommuniste» (École sociale populaire, 1937): «Pourquoi faut-il s'occuper du communisme ? Parce que le Pape le veut». Sans doute ne pouvait-il trouver de meilleur argument car ces deux religions, christianisme et communisme, ne peuvent réellement se défendre que sur la foi de leurs dogmes respectifs.

Dans un style et un vocabulaire savoureux, Jacques Hébert fait une charge à fond de train dans son livre «Duplessis, NON MERCI!» (32). Ce petit livre est mieux documenté que la télésérie de Radio-Canada, où Duplessis était incarné par Jean Lapointe... (cette télésérie a donné un certain lustre au personnage). Il n'y a pas de doute: nous avions dans Duplessis un premier ministre fourbe, inculte, manipulateur, un ennemi de la liberté de penser. Il n'avait sans doute pas sa place au Parlement, pas plus qu'en face d'ailleurs (comme statue). Pourquoi pas une statue pour les femmes qui ont obtenu le droit de vote grâce à Adélard Godbout en 1940, malgré les objections de l'épiscopat? Je cite ces paroles du cardinal Villeneuve rapportées par Jacques Hébert: «Nous ne sommes pas favorables au suffrage universel féminin: 1) parce qu'il va à l'encontre de l'unité et de la hiérarchie familiales; 2) parce que son exercice expose la femme à toutes les passions et à toutes les aventures de l'électoralisme; 3) parce que, en fait, il nous apparaît que la très grande majorité des femmes de la province ne le désire pas» etc. etc. L'argument de la très grande majorité nous est encore aujourd'hui servi à toutes les sauces.

Le 9 mai 1945, deux jours après la reddition de l'Allemagne, Jean-Charles Harvey est invité à prononcer une conférence devant l'Institut démocratique canadien. Son sujet: la peur (34). En présence de T.-D. Bouchard, qui a été congédié l'année précédente par Godbout de la présidence de l'Hydro-Québec pour avoir dénoncé l'Ordre de Jacques-Cartier, Harvey, dans un style impeccable, lance finalement que «la seule puissance qui, dans cette partie du Canada, fait trembler tout le monde, c'est la puissance cléricale».

Je rappelle ici le Refus global de Paul-Émile Borduas en 1948 (il y a 13 autres signataires). Un extrait : «Au diable le goupillon et la tuque! Mille fois ils extorquèrent ce qu'ils donnèrent jadis. Par delà le christianisme nous touchons la brûlante fraternité humaine dont il est devenu la porte fermée».

En 1957 a été créée L'Alliance laurentienne. Son principal objectif : l'indépendance du Québec (ou Laurentie) mais selon les conditions d'organisation sociale et politique fondées sur la doctrine sociale de l'Église et le corporatisme. «Nous nous référons à l'Église pour savoir quelles sont les conditions d'un combat chrétien, d'une République chrétienne, d'un corporatisme démocratique et chrétien, d'un interventionnisme chrétien, d'un droit des nationalités chrétien» (25). L'Alliance veut un État laïque dans le sens de laïcat chrétien où les laïcs, dans le domaine temporel, «agissent en catholiques», qui appliquent donc les directives de l'Église. Le 1er numéro (en 1957) présente un argument additionnel à la lutte contre le fédéral : «Quand nous disons que le gouvernement fédéral présent est un gouvernement de franc-maçons et d'athées, donc un gouvernement qui va totalement à l'encontre de l'esprit chrétien des gens du Québec, c'est que nous sommes en mesure de le prouver» (p. 34).

André Laurendeau a écrit de Duplessis : «L'époque nouvelle a commencé en septembre 1959 par la mort de Quelqu'un». L'industrialisation rapide du Québec, avec l'urbanisation qui lui est concomitante, allait miner graduellement la base même qui soutenait le parti de l'Union nationale.

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11. Le réveil

En février 1958 s'était tenue à l'Université de Montréal une «Conférence provinciale sur l'éducation». Le compte-rendu des résolutions adoptées mentionne que la Conférence n'a pas eu le temps d'examiner plusieurs sujets, dont les suivants : «la promotion de l'éducation nationale, civique et démocratique, l'attention à accorder aux protestants de langue française». Sa principale recommandation est «d'instituer le plus tôt possible une Commission royale d'Enquête sur les problèmes d'éducation à tous les niveaux et sur les problèmes connexes.» (26).

Pour les élections du 22 juin 1960, le parti libéral dirigé par Jean Lesage inscrit à son programme la «Création d'une commission royale d'enquête sur l'éducation» (art. 9). Mais il n'est pas encore question d'un ministère de l'Éducation, et encore moins de séparation de l'Église et de l'État. Après son élection, Jean Lesage s'empresse d'ailleurs de déclarer : «Aussi longtemps que je serai à la tête du gouvernement, il n'y aura point de ministère de l'éducation dans la province.» Au même moment, c'est au tour du Cardinal Léger : «L'évêque et ses prêtres ne doivent se confiner au sanctuaire. Le profane est distinct du sacré, mais il lui est subordonné»

Toujours est-il que le 24 mars 1961 le gouvernement crée une commission (la Commission Parent) chargée d'enquêter sur la situation de l'enseignement. Le 8 avril suivant, la fondation du Mouvement laïque de langue française réunit près de 800 personnes à l'Université de Montréal. À cette occasion Marcel Rioux pose une question toujours d'actualité : «Si le gouvernement du Québec n'est ni catholique, ni protestant, ni mahométan, qu'est-il donc ? Il est tout simplement laïque, neutre en matière de religion.» Le pasteur protestant Jacques Beaudon déclare aussi : nous «désirons que nos enfants et nos petits-enfants puissent dans l'avenir, quelles que soient nos différences religieuses ou philosophiques, se retrouver dans le même esprit de fraternité et de compréhension. Seul un système non confessionnel, laïque ou neutre, permettra cet œcuménisme dans toute son ampleur.» (27).

Mais Gérard Pelletier, qui n'était pas encore à ce moment rédacteur en chef de La Presse, avoue n'être pas d'accord sur le sens que donne le MLF au mot laïque : «Je ne vois surtout pas qu'à l'extérieur de l'Église je puisse parler comme laïque ni qu'à titre de laïque je puisse me former en association hors des cadres ecclésiastiques.»

Pourtant le MLF ne revendiquait que «l'établissement d'un secteur scolaire laïque, c'est-à-dire non-confessionnel, égal en droit et parallèle au secteur multi-confessionnel déjà existant.» (art. 4 de sa constitution).

En septembre 1961, le professeur Marc-Aimé Guérin de l'École normale Jacques-Cartier est congédié. Cinq professeurs de l'école normale signent alors une lettre pour soutenir Guérin (28). Le Département de l'instruction publique, habitué au huis-clos, allait, enfin, devoir se justifier devant l'opinion publique.

Alors que les évêques du Québec réitèrent que les catholiques sont tenus d'assurer à leurs enfants une éducation chrétienne dans leurs foyers et d'exiger des écoles où soit inculquée par des maîtres aux convictions solides, une conception chrétienne de la vie, où tout l'enseignement soit donné dans la lumière de la foi... , Guy Cormier, journaliste à La Presse, exprime des principes plus universels même s'ils s'inspirent de l'utopie étatiste: «L'éducation intéresse la démocratie, et le lieu suprême de la démocratie, c'est le Parlement. C'est là que les décisions doivent se prendre, en toute clarté, avec le souci d'assurer le bien commun, avec un sens aigu des responsabilités.» (La Presse, 28 juin 1962).

La Commission Parent a remis une première tranche de son rapport en avril 1963. Elle propose l'établissement d'un ministère de l'éducation dans lequel existerait un conseil consultatif (autrement dit l'ancien Département de l'instruction publique) composé d'un comité catholique et d'un comité protestant. Claude Ryan, dans Le Devoir du 24 avril, écrit qu' «on a l'impression que la Commission a opté pour la solution de facilité. La Commission affirme son option: elle ne la justifie guère.» Le gouvernement a reporté deux fois l'adoption du bill 60. La loi n'a été sanctionnée qu'en 1964. Pourquoi le gouvernement a-t-il reculé ? se demande André Laurendeau (Le Devoir, 9 juillet 1963). Jean Lesage trouvait normal d'être en communication avec le cardinal Léger au moins une fois la semaine... Gérard Pelletier écrit que le bill 60 nous donnera «des écoles à la fois pleinement confessionnelles et carrément publiques» (La Presse, 10 août 1963).

Les évêques du Québec prennent publiquement position le 29 août et demandent des amendements au bill 60, entre autres que le Conseil supérieur ne joue pas un rôle uniquement consultatif. Les sous-ministres devraient être agréés par les deux comités confessionnels du Conseil. On connaît la suite.

Voilà. Je m'arrête ici. J'aborde brièvement la période de 1963 à nos jours dans le Préambule.

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Références :

(1) Jacques Cartier, «Voyages de découverte au Canada». Éditions Anthropos Paris, Paris, 1968, p. 49. >>
(2) Guy Frégault, «La civilisation de la Nouvelle-France», Montréal, 1944, p. 183. >>
(3) Marcel Trudel, «Le régime seigneurial» (brochure). Société historique du Canada, 1956. >>
(4) François-Xavier Garneau, «Histoire du Canada». 1944, tome 2, p. 283. >>
(5) Lejeune, «Dictionnaire général du Canada». Un. d'Ottawa, 1931, tome 1, p. 673. >>
(6) Garneau, op.cit., tome 2, p. 282. >>
(7) Marcel Trudel, «L'influence de Voltaire au Canada». Fides, 1945, tome 1, p. 19. >>
(8) Jacques Lacoursière, «Histoire populaire du Québec». Septentrion, 1995, tome 1, p. 149. >>
(9) Lionel Groulx, «Histoire du Canada français depuis la découverte». L'Action Nationale, 1950, tome 1, pp. 137 et 169. >>
(10) Trudel, op. cit., p. 29. >>
(11) Gaston Deschênes, «L'année des Anglais», la côte-du-sud à l'heure de la conquête. Septentrion, 1988, p. 26. >>
(12) Séraphin Marion, «Les Lettres canadiennes d'autrefois», 1930, tome 1. >>
(13) Reproduit dans «Histoire du Canada par les textes», par Guy Frégault et Marcel Trudel. Fides, 1963, tome 1, p. 144. >>
(14) Garneau, op. cit., tome 6, p. 192. >>
(15) Jean-Jacques Lefebvre, «Les Canadiens français et la Révolution américaine». Société historique franco-américaine, Boston, 1949. >>
(16) Garneau, op. cit., tome 7, p. 32. >>
(17) Robert Rumilly, «Histoire de la province de Québec», tome 1, p. 77. >>
(18) Fernand Ouellet, «Papineau (textes choisis)». Un. Laval, 1958, p. 9. >>
(19) Fernand Ouellet, op. cit., p. 102. >>
(20) Lionel Groulx, «Notre maître, le passé», 1936, p. 210. >>
(21) Louis-Joseph Papineau, «Histoire de l'Insurrection du Canada». Ces textes ont d'abord été publiés en 1839. J'ai la réimpression des Éditions d'Orphée de 1963. >>
(22) Gaston Deschêne, op. cit., p. 127. Ces vers de Louis Fréchette sont de «La légende d'un peuple». >>
(23) Robert Rumilly, op. cit., tome 9, p. 22. >>
(24) Rumilly, op. cit., tome 2, p. 219. >>
(25) Revue «Laurentie» (Alliance laurentienne), no. d'octobre 1962, p. 1022. >>
(26) «Histoire du Canada par les textes», tome 2 (Michel Brunet), Fides. 1963, p. 245. >>
(27) Voir «L'école laïque» (un recueil de textes), Éditions du Jour, 1961. >>
(28) Jacques Tremblay, «Scandale au DIP--l'Affaire Guérin ou le Frère Untel avait raison», Éditions du Jour, 1962. >>
(29) John A. Dickinson et Brian Young, «Brève histoire socio-économique du Québec», Éditions Septentrion, 1995, p. 52. >>
(30) André Lachance, «Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France (la vie quotidienne aux XVIIe et XVIIIe siècles)». Éditions Libre Expression, 2000. >>
(31) Marcel Trudel l'estime à 80 000 en 1765. Voir : «Histoire de la Nouvelle-France, Volume X», par M. Trudel, Éditions Fides, 1999. >>
(32) Jacques Hébert, «Duplessis, NON MERCI!». Éditions du Boréal, 2000. >>
(33) Jean-Charles Harvey, «Les demi-civilisés», roman, 1934. Éditions TYPO, 1996. >>
(34) Jean-Charles Harvey, «La peur», conférence, 1945. Éditions du Boréal, 2000. >>
(35) Yvan Lamonde, «Histoire sociale des idées au Québec (1760-1896)», volume 1, Fides, 2000. >>
(36) Richard Lougheed, «La conversion controversée de Charles Chiniquy», Éditions la Clairière, 1999. >>
(37) Jean-Paul de Lagrave, «L'Époque de Voltaire au Canada--Biographie politique de FLEURY MESPLET, imprimeur (1734-1794», L'Étincelle éditeur, 1993. >>
(38) Marcel Trudel, «Chiniquy -- Prêtre catholique, ministre presbytérien», Lidec, 2001. >>
(39) Marcel Trudel, «Mythes et réalités dans l'histoire du Québec», HMH (collection Cahiers du Québec), 2001. >>
(40) Olive Patricia Dickason, «Le mythe du sauvage», Septentrion, 1993 (traduction de «The Myth of the Savage»). >>

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