Certains sujets liés à l'étatisme, non discutés ailleurs
Les textes sur cette page :

-Le parti libéral du Québec veut réinventer l'État
-Un plus gros ghetto racial pour les Amérindienss
-Le Parti libéral du Québec nous promet de «réinventer le Québec»
-Les moulins à vent du Prof Lauzon
-Le jour des élections générales, un référendum sur le «déséquilibre fiscal»?
-Extraits d'un essai sur «Le national-syndicalisme», par Brigitte Pellerin et Réjean Breton (Éditions Varia, octobre 2001)
-Les conditions d'une pensée libre sont les mêmes que celles d'un marché libre
-De Raspoutine à Poutine
-«Notre» État peut-il être contre «ses» citoyens ?
-Fich-i-ez-nous la paix!
-Sur l'économie des lois, ou trop de lois sans économies
-Leçons du passé : Voyage au bout de l'enfer
-Quand les mots perdent leur sens : critique du Newspeak des étatistes
-Les réinvestissements de l'État: un pillage de ce qu'ils appellent leur «richesse collective»
-Pour que le peuple gouverne
-Le travail au noir
-L'interventionnisme : une politique infantilisante
-Le «modèle» québécois
-Un Québec «libre»?



«La société, quelle qu'en soit la forme, est toujours un bienfait, mais le meilleur gouvernement n'est qu'un mal nécessaire et le plus mauvais un mal intolérable.»
(Thomas Paine, «Common Sense», 1776).

«On dit souvent qu'il n'y a point de liberté politique sans liberté économique. C'est vrai, mais dans un sens opposé à celui où les partisans du planisme veulent l'entendre. La liberté économique ne peut figurer comme condition préalable de toutes les autres libertés si elle doit signifier la libération de tout souci économique, promise par les socialistes, puisqu'on ne pourrait l'atteindre qu'en privant l'individu et de la nécessité et de la capacité du choix.»
(Friedrich A. Hayek, «La route de la servitude», 1946)

«The Ministry of Truth was startlingly different from any other object in sight. It was an enormous pyramidal structure of glittering white concrete, soaring up, terrace after terrace, 300 metres into the air. From where Winston stood it was just possible to read, picked out on its white face in elegant lettering, the three slogans of the Party:
«WAR IS PEACE
FREEDOM IS SLAVERY
IGNORANCE IS STRENGTH»
(George Orwell, «Nineteen Eighty-Four», 1949)


Le parti libéral du Québec veut réinventer l'État

Des élections provinciales doivent se tenir au Québec au plus tard en novembre 2003. Comme le dit une publicité de Loto-Québec, «c'est la loi!» Il n'est donc pas étonnant que les partis politiques multiplient les interventions afin de plaire à l'électorat, d'autant plus que leurs promesses ne leur coûtent rien alors que leurs prouesses nous coûtent cher. Le parti au pouvoir (le Parti québécois) détient un avantage incontestable, celui de s'approprier le bénéfice des dépenses gouvernementales pour mousser sa réélection. Il bénéficie aussi, comme le Parti libéral du Québec (PLQ), d'une forte contribution des payeurs de taxes sous forme d'un remboursement des dépenses électorales et de crédits d'impôt.

Toujours est-il que le PLQ a dévoilé le 12 septembre les grandes lignes de son programme électoral (1), qui prend la forme d'un «plan quinquennal». Le premier plan du Québec «réinventé», d'un État «efficace» et pourquoi pas stakhanoviste. Les politiciens sont passés maîtres en illusionnisme. Par exemple, nous faire accroire que le Parti québécois est celui de tous les Québécois, que le parti libéral défend les libertés individuelles, que lorsqu'ils prennent notre argent c'est pour notre bien, ou encore que si ça va mal c'est parce que c'est mal planifié. Or le programme du PLQ, malgré ses prétentions de lutter contre l'État tentaculaire, n'est qu'un autre produit de l'illusionnisme étatiste. Il suffirait selon leurs dires de changer de planificateurs, de modifier les structures de l'appareil, d'éliminer quelques apparatchiks, de pomper plus d'argent en santé et en éducation, pour que tout aille mieux.

Le «plan quinquennal», en bref

Dans un même paragraphe le chef du PLQ, M. Jean Charest, dit: «L'organisation de notre État, ce qu'on appelle le "modèle québécois", doit être actualisée» et plus loin: «Le XXIe siècle sera celui de l'épanouissement des personnes». Outre qu'il est faux de parler de «notre» État, puisqu'il est le leur, comment M. Charest peut-il concilier l'épanouissement des personnes à la présence d'un État qui s'ingère continuellement dans nos vies? Voilà, semble-t-il, une question insoluble pour le PLQ. Ceci me fait penser à la question posée par Le Prisonnier au «Général», qui était un ordinateur capable de répondre à tout, et que la question insoluble a bousillé: «Quoi?» (2)

Certes, il y a dans ce programme de bonnes intentions, en particulier celle qui nous promet de réduire l'impôt sur le revenu des particuliers pour que nous cessions d'être le 52e État (sur 60) le plus taxé en Amérique du Nord. Pour le reste, c'est dit dans l'introduction signée par le chef: «nous ne tournons pas le dos à la Révolution tranquille». D'ailleurs, à vrai dire, ce programme ne contient à peu près rien que le Parti québécois lui-même, un parti qui affiche une crédulité aveuglément collectiviste, ne pourrait pas réaliser si les finances publiques lui en donnaient les moyens et surtout, si «l'ennemi» à Ottawa décidait enfin d'éliminer le soi-disant déséquilibre fiscal (3). Le PLQ dit que les moyens existent déjà, qu'il est possible d'augmenter encore plus rapidement les dépenses en santé et en éducation (4), de diminuer les taxes et de maintenir un déficit nul. Comment? En gelant les budgets de tous les autres ministères, budgets qui totalisent environ 35% des dépenses courantes du gouvernement provincial. Au bout de cinq ans, le PLQ ne le dit pas mais il y aura sans doute un... dégel généralisé. Et il faudra de nouveau «réinventer le Québec»!

Les réalités de la production étatique

Pour l'année courante qui se termine le 31 mars 2003 le gouvernement péquiste déclare un déficit budgétaire de 479 M$, montant qui correspond exactement (un hasard!) à un remboursement dû au fédéral sur des transferts au titre de la péréquation. Dans un communiqué émis le 18 septembre, la ministre des Finances déclare que si cette dette n'est pas reportée à 2004 «on nous place devant des choix odieux» (les choix seront-ils moins odieux en 2004 ?). Elle ajoute que ce montant correspond à celui du ministère de la Culture ou à celui de la Justice... Mentionnons que le gouvernement dépense tant et si bien qu'il a épuisé en 2001 une réserve de 950 M$ constituée il y a deux ans. Malgré les maigres surplus budgétaires des années 1998 à 2001, la dette du Big Brother québécois a poursuivi son ascension et est passée à plus de deux fois les revenus budgétaires alors qu'ils s'équivalaient il y a vingt ans.

Voilà la toile de fond qui a été tissée, tant par le PLQ quand il était au pouvoir que par le PQ. Le «plan» du PLQ a reçu l'aval de quatre experts affirmant qu'il est «crédible et réaliste». Ce plan fait toutefois preuve de beaucoup d'angélisme vis-à-vis l'État. Sa faille principale, la voici: comme la production étatique n'a d'autre contrainte que notre capacité de payer (évaluée bien sûr par l'État) et que la demande n'a quant à elle aucune contrainte autre que le budget alloué par l'État, il est inévitable qu'il y ait constamment une pénurie de fonds pour satisfaire cette demande, sans compter que les services produits par l'État servent eux-mêmes à justifier d'autres besoins puisqu'il s'agit d'un marché politique.

Le PLQ veut rendre la production étatique efficace. C'est du déjà-vu et c'est un processus en continuel recommencement. Pourquoi? Parce que cette production n'est pas soumise aux mécanismes du marché et obéit à des impératifs politiques, dont cette recherche constante de faire payer autrui pour les bénéfices que les groupes d'intérêts reçoivent de l'État.

Le premier écueil de la production étatique réside dans la planification même de la production, les planificateurs ne disposant pas de toute l'information relative aux préférences des consommateurs, information qui leur serait fournie par un marché concurrentiel où la demande et les investissements qui s'y rattachent vont au mieux offrant. Les conséquences sont nombreuses, entre autres une gestion bureaucratique où l'efficacité ne peut être que décrétée et où les décisions ne sont pas astreintes à des critères de rentabilité, des pénuries chroniques de main-d'oeuvre dans certains secteurs et de surplus dans d'autres, des investissements qui ne répondent pas aux besoins (équipements désuets par exemple ou surinvestissements ailleurs), une demande qui ne peut qu'abuser des services puisqu'ils sont gratuits, et ipso facto une panoplie de contrôles afin de limiter la croissance de la demande ou de s'assurer que les objectifs politiques sont rencontrés. Ceci caractérise relativement bien le régime étatisé de la santé et de l'éducation, mais aussi le fonctionnement de tous les ministères et même des sociétés d'État comme la Société des alcools par exemple, où il a fallu que l'ex-pdg Gaétan Frigon décrète que les employés sourient à la clientèle...

Les exemples abondent pour illustrer ce qui précède. Mentionnons seulement le dernier en lice, cette loi qui permet de signifier à un médecin, par huissier, de se présenter à un autre hôpital dans une autre ville à quelques heures d'avis.

«Un système de santé public, efficace et performant»

Le PLQ promet de hausser les dépenses pour la santé et les services sociaux (5) de 17,5 milliards de $ en 2002 à 23,7 milliards en 2008, soit une hausse de 35%. De 1996 à 2002 nous observons aussi une hausse de 35%. Les milliards pleuvent. Ils semblent sortir du chapeau d'un magicien. Nous pourrions aussi bien dire qu'une somme de 20 milliards serait adéquate puisque le système va être... efficace. Donc, pour la santé et toutes les missions de l'État, le passé est garant de l'avenir (6). Même si la croissance des coûts a accusé une pause au milieu de la décennie précédente le manque de fonds n'est pas la seule ni la principale explication des difficultés de cette médecine à la soviétique.

Le PLQ fait sien le rapport de la Commission Clair (7) et recommande une place accrue pour les cliniques privées mais, précise-t-il, «toujours sous un financement public. En somme, il s'agit de mettre le secteur privé au service du secteur public.» Pour ceux qui en doutent «les patients n'auront pas un sou à débourser». Ceux qui escomptent une liberté... de choix seront déçus puisque le gouvernement conserve le monopole du financement, donc des décisions, et que le secteur privé devra se soumettre à toutes les exigences des bureaucrates à Québec. Le PLQ dénonce la hausse des cotisations au régime public d'assurance médicaments et ce qu'il propose, c'est encore plus d'État: «contenir les prix des médicaments et optimiser leur utilisation».

Dans une étude rendue publique il y a un mois, l'Institut Fraser constate que le Canada, parmi les pays industrialisés offrant un régime public et universel de santé, est celui qui à la fois dépense le plus tout en se classant parmi les derniers quant à la qualité des soins. «No country in the industrialized world other than Canada outlaws a private parallel health care system for their citizens» (8).

Les services publics de santé seraient un vache sacrée qu'on ne peut remettre en question sans se voir brandir des épouvantails. La majorité de la population pense en sortir gagnante alors que précisément, sans cette majorité le régime ne pourrait pas faire ses frais et elle paie déjà trop pour ce qu'elle reçoit, compte tenu des pénuries. On n'en finit plus d'aller de commission en commission pour entendre le même refrain; lorsque le fautif n'est pas le manque de/ou une mauvaise planification c'est le manque d'argent, ou les deux à la fois. C'est exactement ce qui nous répète le PLQ.

Or, il n'y a pas plus de justification au monopole de la production étatique des soins de santé qu'il y en aurait par exemple pour la production de chaussures (même si tous ont les moyens d'en acheter) ou pour la construction et l'entretien des routes. Pour s'amuser un peu, nous pourrions imaginer ce que serait un monopole étatique de production de chaussures dont l'achat serait financé par un organisme similaire à notre Régie d'assurance maladie (RAMQ): listes d'attente, choix limité de modèles, pénurie ou surplus de certaines pointures, contrôle de la consommation (ou coupons de rationnement comme en temps de guerre)... L'ex-URSS n'offrait pas la gratuité des chaussures et certains se souviennent peut-être que le choix des statocrates ne correspondait pas du tout aux préférences des consommateurs. La véritable solution était de sortir l'État, entre autres, de la production de chaussures, non pas de la rendre plus efficace!

Un pot-pourri pour la galerie

Il y a de tout dans le programme du PLQ, pour l'éducation, les régions, la famille, et même un projet de «cyber-gouvernement» (pourquoi pas la surveillance en ligne?). En éducation il promet entre autres des «services d'aide aux devoirs» (fallait y penser) mais rien qui permettrait de rendre le système concurrentiel en offrant le libre choix aux parents. Pour la famille, il y a cette proposition de déduction fiscale «à ceux qui font l'acquisition d'une maison intergénérationnelle» (sic) et, bien sûr, les garderies à 5$ seront maintenues et élargies. La famille deviendra de plus en plus dépendante de l'État. Pour les régions, on promet des pouvoirs accrus avec le financement qui va avec (devinez qui va payer) et même des rabais fiscaux pour s'installer en région (la respiration artificielle autrement dit).

Rien sur les institutions parlementaires car le régime actuel profite aux deux principaux partis. «The show must go on!»

«Ensemble, les gouvernements québécois et municipaux coûtent 37% plus cher qu'en Ontario, 28% plus cher que dans le reste du Canada. Les Québécois sont les plus taxés du continent.» Va pour le constat sauf que les moyens proposés sont insuffisants pour guérir le bobo et que la plupart des résolutions sont vagues, non chiffrées, ou évaluées au pif. Ainsi, le PLQ dit vouloir introduire «un plan de réduction du taux de l'endettement public»; il exprime ce taux en proportion du PIB; or ce taux affiche une diminution depuis 1997... et le PLQ ne peut pas accélérer la baisse du... taux puisque son plan quinquennal ne prévoit aucun surplus budgétaire!

Il nous promet aussi une révision de toutes les subventions ou crédits d'impôt et l'élimination de «ceux qui sont inefficaces» mais il en remet. Le PLQ peut-il nous expliquer comment il va déterminer qu'une subvention ou un crédit d'impôt est efficace? Ce pourraît être le sujet d'un prochain article...

Autre citation: «La réglementation québécoise c'est: 450 lois, 2 500 règlements et 2 millions de permis, licences et autorisations diverses émises par année. Les dirigeants des PME consacrent 10 à 15% de leur temps à la paperasse administrative.» Le remède: «mettre en oeuvre un programme d'allégement de la réglementation économique et fiscale. Toute nouvelle réglementation sera obligatoirement revue au bout de cinq ans.» Un comité créé par le parti au pouvoir et présidé par le président de Cascades, M. Bernard Lemaire, s'est heurté l'an dernier à l'opposition de la centrale syndicale FTQ pour avoir proposé un moratoire de 2 ans sur tout nouveau règlement et une diminution de 20% des 17 millions de formalités exigées par les ministères... Le comité Lemaire n'est d'ailleurs pas le premier du genre. Les bonnes intentions du PLQ n'iront pas tellement loin car César ne peut contredire César.

Pour terminer, quelques mots sur la liberté... du travail. Le programme du PLQ se limite à une intention vague de «faciliter le recours à la sous-traitance». S'agit-il d'une allusion au projet gouvernemental d'empêcher la sous-traitance auprès d'une entreprise qui n'est pas soumise à la convention collective de l'industrie de la construction pour les travaux relatifs à la machinerie industrielle? L'économiste Pierre Fortin estime que l'excédent des coûts imposés aux promoteurs industriels peut atteindre 80% en région (9); selon une étude de la firme Samson Bélair, 10 000 emplois seraient en jeu. L'industrie de la construction, monopolisée par la FTQ, voudrait ainsi éliminer toute concurrence.

Rien dans ce programme sur la liberté d'association, c'est-à-dire autant la liberté d'appartenir à une association que de refuser d'y adhérer, dans la fonction publique comme ailleurs. La monopolisation syndicale d'une industrie ou d'un service n'est pas plus justifiée que l'absence de concurrence du côté des producteurs, que ce soit en agriculture, dans le transport en commun, en santé, etc. Quand le président du Conseil du trésor, Joseph Facal, prend la défense de la Loi sur la fonction publique qui aurait mis fin au patronage politique dans les nominations de fonctionnaires, il feint d'ignorer que l'emploi à vie dans la fonction publique et la progression salariale automatique selon l'ancienneté sont aussi du patronage politique en faveur des agents de l'État et un passeport pour l'incompétence.

La liberté du travail implique aussi la déréglementation des professions. Dans ce domaine le PLQ est muet et propose même d'ajouter un nouvel ordre professionnel pour contrôler l'offre et dont les enseignants devraient obligatoirement être membres pour enseigner.

Le PLQ ne nous parle plus, comme en 1986, de «l'urgence d'un redressement» ou, comme en 1993, de «vivre selon nos moyens» (il n'a pas réussi dans les deux cas), mais de «réinventer l'État»... Sans doute vaudrait-il mieux qu'il commence par se réinventer lui-même car on reste sur notre appétit.

Notes:
1. Le programme («Un gouvernement au service des Québécois – Ensemble, réinventons le Québec»), ainsi qu'un autre document de «résolutions cadres», sont disponibles en ligne sur le site du PLQ et seront discutés lors de la réunion de leur conseil général les 27 au 29 septembre.>>
2. La série télévisée de Patrick McGoohan The Prisoner (Le Prisonnier) a été montrée en reprise au réseau de la SRC ce mois-ci dans le cadre des célébrations entourant son 50e anniversaire.>>
3. Le 18 septembre, Bernard Landry a déclaré qu'aucune autre baisse d'impôt n'est possible sans que soit réglé le «déséquilibre fiscal» entre Québec et Ottawa. Voir mon texte à ce sujet dans le QL du 13 avril 2002.>>
4. 37% de la «marge de manoeuvre» dégagée (excluant une réduction de la taxe sur le capital) va ailleurs qu'à la santé et l'éducation, entre autres à décupler les fonds alloués à un programme qui paie les gens pour les inciter à travailler...>>
5. Évidemment, ces montants ne comprennent pas les frais assumés par le secteur privé, en particulier les médicaments couverts par une assurance privée. Quant aux services sociaux, ils ne comprennent pas le budget des garderies à 5$.>>
6. Sur la croissance des dépenses de l'État-providence, voir «Le démantèlement de l'État-providence au Québec: mythe ou réalité?», étude publiée récemment par l'Institut économique de Montréal.>>
7. Voir «La Commission Clair: Comment les bureaucrates se créent du travail», dans le QL du 3 février 2001.>>
8. Voir «Canada Spends the Most on Health Care Among OECD Countries but Ranks Low on Key Health Indicators», Institut Fraser, 19 août 2002.>>
9. «Machinerie de production: la prudence s'impose», par MM. Jean Sexton et Pierre Fortin, quotidien Le Soleil du 12 septembre.>>

Publié dans Le Québécois Libre du 28 septembre 2002
Retour au sommaire >>


Un plus gros ghetto racial pour les Amérindiens

Le Québec, depuis la Convention de la Baie-James de 1975, a conclu ou projette de conclure plusieurs ententes avec les groupes amérindiens. Ces groupes sont au nombre de onze et leur population (78 000) est répartie dans plus d'une cinquantaine de communautés sur un immense territoire. En somme, tout au plus une petite ville si le gouvernement du Québec décidait de les ... fusionner comme il l'a fait avec plusieurs municipalités.

Les conditions de ces contrats peuvent varier mais tous comportent des clauses territoriales, monétaires et administratives. Le dernier projet en lice a été dévoilé en juin et a été négocié avec quatre communautés montagnaises (ou innues), sur un total de 9. Ce projet continue de faire certaines vagues et a été référé en commission parlementaire après la dénonciation de l'ex-premier ministre Jacques Parizeau (1). Je vais toutefois me servir des textes gouvernementaux pour défendre un point de vue qui est ni celui du gouvernement, ni celui de Jacques Parizeau, ni celui des Innus. Advienne que pourra!

Résumé du projet d'entente avec 8 900 Innus

Il est prévu que ce projet (2), après bien sûr avoir été bonifié, conduise à un traité qui pourra lui-même être bonifié périodiquement au bénéfice des Amérindiens. Les meneurs amérindiens, qui sont passés maîtres dans la surenchère, souhaitent il va de soi que le gouvernement signe au plus sacrant et qu'il ne temporise pas avec l'opposition que le projet soulève. Après tout, ce ne sont ni eux ni les politiciens qui vont payer la note. Alors ne temporisons pas nous non plus et voyons en bref ce qu'il en est.

Remarquons d'abord que le projet s'applique aux Innus et que les Blancs (que l'on désigne comme «allochtones») qui resteront sur le territoire innu (agrandi) seront soumis aux lois innues, y compris la taxation, la justice, etc. Les droits consentis à des personnes autres que des Innus s'éteindront à leur échéance ou seront renouvelés selon les conditions imposées par les Innus. La population innue visée par le projet est d'environ 8 900, dont 5 400 sont résidants. Le projet prévoit que chacune des «Premières Nations» aura sa constitution, que ces constitutions définiront entre autres «le statut et les règles d'appartenance et de citoyenneté innue», qu'elles auront leur système judiciaire et un régime fiscal comprenant la taxation directe. Les Innus ne sont pas traités ici en tant qu'individus mais en tant que collectivité dont les chefs sont les représentants.

Le territoire de la population visée serait agrandi de 400 km2 à 3 022 km2, sans compter des parcs, des pourvoiries («au moins 2 ou 3 pourvoiries à droits exclusifs pour chacune des Premières Nations»: art. 13.3.1), des «sites patrimoniaux» (dont au moins 5 rivières à saumon, où les Innus pourront étendre leurs filets, et les trois quarts de l'île d'Anticosti). Il s'agira d'une propriété collective et les Innus en tant qu'individus ne seront pas plus propriétaires qu'ils le sont maintenant. Le nouveau gouvernement innu aura aussi des droits sur un territoire de plus de 298 000 km2 (plus de la moitié de la superficie de la France) comprenant, tenez-vous bien, tout le Saguenay-Lac-St-Jean, la Minganie, la ville de Québec, etc, et même un territoire qui a déjà été concédé aux Cris par la Convention de la Baie-James. C'est 19% du territoire québécois incluant la taïga et la toundra! La raison invoquée, c'est que les peuplades nomades des Innus se promenaient de temps à autre, de «temps immémoriaux», sur tout ce territoire pour leurs activités de chasse et de pêche.

À toutes fins pratiques, pour 8 900 de population, les concessions territoriales et les obligations administratives feront des Innus des fonctionnaires alors que les compensations financières vont en faire des rentiers, du moins si le nouveau gouvernement innu donnait à chacun la part qui lui revient. C'est peut-être ce que le gouvernement pense quand il dit qu'il veut préserver «leur indianité».

Les compensations financières, comme les concessions territoriales, seront versées aux gouvernements innus, non pas directement aux Innus pris individuellement. D'abord, un versement forfaitaire, indexé, de 377 M$ (admettons que ce n'est pas énorme par tête de pipe mais on aimerait bien savoir d'où vient ce chiffre); et surtout des redevances d'au moins 3% (3) sur l'exploitation des ressources naturelles (forêts, mines, pourvoiries, ressources hydrauliques, location des terres publiques, permis) et aussi l'exploitation de petites centrales hydroélectriques et une réserve de 850 000 mètres cubes de bois «de bonne qualité» (art. 13.4.2). Finalement, il ne faudrait pas oublier que ces paiements sont en sus des autres versements pour les dépenses de fonctionnement pour l'éducation, la santé, la police, etc. et que les Innus auront accès à tous les programmes des autres gouvernements (art. 3.3.20). Ah! N'oublions pas que le projet prévoit des «ententes complémentaires» et que le traité sera «revu périodiquement» (art. 3.3.10), et sans doute bonifié généreusement par une autre entente avec les cinq communautés innues restantes.

Plus on lit et relit le texte de ce projet d'entente devant conduire à un traité, plus on en découvre des dessous nébuleux. L'imprécision semble y être inscrite à dessein afin de ménager des surprises. Tout ça, dit-on, pour compenser les Innus pour des soi-disant «préjudices passés» et pour faciliter leur développement économique alors que les Blancs qui vivent d'aide sociale doivent, eux, se trouver un emploi et ne peuvent invoquer des «droits ancestraux». Deux poids, deux mesures.

La question n'est pas de savoir si les concessions territoriales et les compensations financières sont trop élevées mais plutôt si elles sont fondées.

Le droit collectif : une supercherie

Jacques Parizeau voudrait entre autres choses des ententes qui garantissent l'extinction des droits ancestraux. Or, tout ce fouillis découle des articles 25 et 35 de la Constitution de 1982 qu'un simple contrat ou «traité» ne peut rendre sans effet juridique.

Même si Jacques Parizeau critique le niveau des compensations qu'il juge exagérées, il est d'accord en substance avec le gouvernement pour acheter la paix avec les Amérindiens et ainsi favoriser le développement hydroélectrique de même que faciliter la venue du grand soir de l'accession du Québec à la souveraineté (le moment où le Big Brother québécois aurait tous les pouvoirs).

L'article 25 de la Constitution stipule que «le fait que la présente charte garantit certains droits et libertés ne porte pas atteinte aux droits ou libertés -- ancestraux, issus de traités ou autres -- des peuples autochtones du Canada». L'article 35 confirme que la Constitution reconnaît ces droits ancestraux («aboriginal rights») ou issus de traités, mais elle ne précise pas ces droits. Cet exercice d'interprétation a été laissé aux juges de la Cour Suprême et aux avocats des autochtones dont la facture est défrayée par les citrons de payeurs de taxes.

Un texte explicatif du projet d'entente avec les Innus dit que «les tribunaux ont statué qu'une nation autochtone qui était présente sur un territoire lors de l'arrivée des Européens, et qui a continué de le fréquenter depuis, a des droits particuliers sur ce territoire appelés «droits ancestraux» (4). Ces droits comprendraient celui de l'autonomie gouvernementale (5).

Ainsi, notre malheur (si on peut dire) c'est que les Européens sont venus en Amérique après les Asiatiques. Tant pis pour tous les descendants des Européens! Pour devenir propriétaires d'un terrain ces descendants doivent l'acheter mais pour un autochtone il suffit que ses ancêtres y ait circulé... Comme les Innus étaient des peuplades nomades vivant de chasse et de pêche, les territoires qu'ils fréquentaient étaient vastes.

La Constitution de 1982 a donc fabriqué deux catégories de citoyens pour ce qui est des droits et libertés, selon qu'ils soient autochtones ou allochtones (eh oui! Nous en sommes réduits à ce statut des diverses couches superposées et déplaçables selon le bon plaisir du Souverain). Cette dichotomie provient sans doute d'une certaine mauvaise conscience, faussement entretenue par des médias complaisants, qui nous rend coupables du fait que nos lointains ancêtres ont occupé l'Amérique alors qu'elle était déjà habitée (de façon d'ailleurs très dispersée) (6). En pratique, cette définition d'un territoire selon l'appartenance à une race ou à une tribu ne peut conduire qu'à l'exclusion, donc à la négation des droits, de tous ceux qui n'y appartiennent pas. Un «allochtone» ne sera plus entièrement libre de s'établir dans un territoire autochtone. Tous les immigrants en Amérique (y compris les Amérindiens) n'auraient pas les mêmes droits.

Ces droits collectifs consentis aux Amérindiens ressemblent à s'y méprendre à toutes les interventions étatiques faites au nom de l'intérêt dit collectif. Dans un cas le critère est la race et la préséance dans la présence sur un territoire; dans l'autre ce critère justifie d'imposer de façon plus ou moins coercitive la volonté d'une majorité (souvent symbolique, parce que manipulée par des groupes d'intérêts) à une minorité non moins symbolique puisqu'elle est la plupart du temps la majorité des payeurs de taxes.

Qui plus est, l'empressement de l'État à nous faire payer pour des «préjudices passés» (à proprement parler imaginés de toute pièce) sonne faux quand on considère tous les préjudices subis par ceux que l'on appelle maintenant les allochtones, dans des domaines où l'État se réserve le monopole: nommons par exemple la compensation des assurances publiques au titre des dommages corporels en cas d'accident d'automobile; mentionnons surtout les dommages subis par toutes les victimes d'actes criminels dans un domaine où l'État impose son monopole de la sécurité publique et oblige même les propriétaires d'armes à feu à cadenasser leurs armes et à les rendre inutilisables pour des fins de légitime défense.

La solution: le retour au gros bon sens

Il y a une similitude entre l'idéologie que défendent les bien-pensants de l' «indianité» et celle des dirigeants, entre autres, du Zimbabwe (ex-Rhodésie du Sud). Les deux s'inspirent des «droits ancestraux». Là s'arrête la comparaison.

L'avenir pour les Amérindiens en tant qu'individus passe par l'éducation (7), le goût du travail et l'accession à la propriété privée, non pas de les cantonner dans de plus grands ghettos où ils continueront de vivre sous la férule de leurs chefs et isolés du monde extérieur. Par ce projet d'entente avec quatre communautés innues, le gouvernement du Québec pense contourner la Loi fédérale sur les Indiens mais il ne fait en réalité que créer une autre réserve sous un autre nom. Le ministère des Affaires indiennes et du Nord (avec un budget cette année de plus de 5 milliards de $) est responsable de la Loi sur les Indiens, deux anachronismes qui reflètent un paternalisme colonial et étatique (8).

En somme, ce que j'en pense, c'est que tous les individus doivent avoir les mêmes droits, qu'ils se soient établis ici avant, pendant, ou après, qu'ils aient les yeux bridés ou non, qu'ils aient la peau de couleur blanche, rouge, jaune, noire ou carrelée!

Notes:
(1) Voir «De la dynamite potentielle», par Jacques Parizeau, sur Cyberpresse.ca. >>
(2) Pour le texte du projet avec les Innus (4 «Premières Nations» sur 9) voir le site du ministère du Conseil exécutif (le ministère de Bernard Landry). >>
(3) Le texte du projet parle d'une redevance «ne devant pas être inférieure à 3%»; cette imprécision se retrouve dans la plupart des articles du projet. On se croirait devant une boîte de Pandore. >>
(4) «Contexte et synthèse de l'entente de principe d'ordre général proposée par les négociateurs du Québec, du Canada et des Innus de Betsiamites, d'Essipit, de Mashteuiatsh et de Nutashkuan», ministère du Conseil exécutif. >>
(5) On peut avoir une meilleure idée de l'autonomie gouvernementale quand on examine le budget du Nunavut: pour 28 000 de population sur une superficie de 1,9 millions de km2 (supérieure de 300 000 km2 à celle du Québec) le Nunavut affiche des dépenses de 750 M$ dont seulement 70 M$ proviennent de sources autonomes. >>
(6) Précisons que les relations entre les premiers Européens du Canada et les Amérindiens étaient généralement pacifiques et de nature commerciale, au contraire de ce qui s'est produit dans l'Ouest américain et en particulier dans l'Amérique espagnole. Les conflits avec certains Amérindiens à l'époque de la Nouvelle-France (avec les Mohawks en particulier) étaient réellement le résultat des guerres interminables entre la France et l'Angleterre. >>
(7) En matière d'éducation par exemple comment se fait-il que, toutes dépenses universitaires payées, si peu d'Amérindiens s'en prévalent? C'est un phénomène qu'un gouvernement autochtone ne pourra résoudre par magie. >>
(8) Le ministère des Affaires indiennes a créé un portail internet pour les Amérindiens: http://www.autochtonesaucanada.gc.ca/ >>

Yvon Dionne (article publié dans Le Québécois Libre du 14 septembre 2002)
Retour au sommaire >>

Le Parti libéral du Québec nous promet de «réinventer le Québec»

Le 11 août 2002, sans doute stimulé par la popularité grandissante de l'ADQ, le chef du Parti libéral du Québec Jean Charest a déclaré aux jeunes libéraux réunis en congrès qu'il était devenu nécessaire de mettre un frein à la croissance de l'État après qu'ils aient eux-mêmes contribué à sa croissance. «Il y a 40 ans, des jeunes du Québec ont fait bouger leurs leaders et un État nouveau est né. Cet État nous a permis de faire collectivement un bond extraordinaire. Mais aujourd'hui, l'État du Québec doit être réinventé parce que le monde dans lequel nous vivons n'a rien à voir avec celui dans lequel l'État des années 60 est né. L'État qui jadis nous a fait bondir en avant est en train de nous ralentir. Il nous faut revoir et réécrire sa mission. L'État tentaculaire et obèse qui se substitue à l'entreprise, aux banques, à l'inititiative individuelle, c'est terminé. L'État qui contrôle tout, qui taxe tout et qui s'infiltre partout, c'est fini. L'État qui se perd dans une montagne de paperasse, de programmes, qui est incapable d'offrir des services de qualité, c'est du passé.» (1)

C'est bien du rôle de l'État dont il s'agit et non pas de réinventer le Québec. Nous n'avons pas besoin d'être réinventés; nous avons réellement besoin d'être soulagés! Un tel discours n'est pas nouveau de la part du parti libéral. D'aucuns se souviennent sans doute qu'aux élections de 1985 le PLQ promettait un redressement des finances publiques. Or, de 1985 à 1994 la dette du Québec a plus que doublé, passant de 27,9 milliards de $ à 65,6 milliards... Nous savons aussi ce qu'il est advenu des recommandations de Reed Scowen et de Paul Gobeil: les deux ont quitté le gouvernement Bourassa.

Que propose maintenant Jean Charest pour «réinventer le Québec»? À vrai dire, il nous faut deviner et faire jouer notre imagination car des propositions précises, il n'y en a pas.

Par exemple, M. Charest critique la Société générale de financement; il dit qu'elle gaspille des millions de $; or, ce sont plutôt des milliards, non pas des millions, qui servent inutilement à promouvoir l'interventionnisme étatique. Il nous faut donc supposer que tout ce que recherche le PLQ c'est de pouvoir nommer un remplaçant à Claude Blanchet, le mari de Pauline... Surtout pas question de revoir le monopole étatique de la production des soins de santé et de l'éducation, comme le propose l'ADQ; le PLQ veut plutôt accroître leur financement à même les impôts prélevés des payeurs de taxes. Dans ces domaines, pas question pour le PLQ d'appliquer cette «valeur libérale» de «liberté individuelle». Pour ce qui est des subventions, il promet d'abolir celles qui sont données à des compagnies qui n'en ont pas besoin; voyons donc, toutes les compagnies vont dire qu'elles ont besoin de subventions; et quand elles en ont réellement besoin, c'est qu'il serait préférable qu'elles ferment boutique.

En réalité, quand un parti prend le pouvoir il est tellement heureux de l'avoir qu'il ne pense qu'à l'accroître. «Le Prince» de Machiavel est toujours d'actualité. La «liberté individuelle» c'est bon le jour de votation et c'est vite oublié. Les hauts fonctionnaires sont là pour rappeler aux politiciens nouvellement élus que l'État, c'est eux. Pour véritablement réinventer le Québec, il faudrait libérer les Québécois de cet État au lieu de se contenter de certains aménagements purement formels.

Le Parti québécois affiche au moins cette franchise d'avouer ouvertement qu'il est interventionniste et étatiste, que la liberté individuelle n'existe pas puisqu'elle est subordonnée à ses objectifs, alors que les libéraux, malgré les discours, le sont eux aussi (2). Pas surprenant si, à la fin de son discours, M. Charest déclare à son audience complaisante (puisqu'elle anticipe peut-être bénéficier du pouvoir) qu'il a besoin de leurs idées; je lui suggère de lâcher un coup de fil à Super Mario...

Notes:
(1) Voir le site internet du PLQ pour le texte complet du discours. >>
(2) Vous avez sans doute compris que le libéralisme que je défends n'est pas celui des liberals nord-américains. >>

Yvon Dionne, 14 août 2002
Retour au sommaire >>

Les moulins à vent du Prof Lauzon

Pour me changer les idées, comme on dit, je me suis mis à la lecture d'un recueil de textes (1) de Léo-Paul Lauzon, professeur de comptabilité à l'Université du Québec à Montréal et directeur d'une chaire d'études sociaux-économiques. Le camarade Lauzon est bien connu au Québec. C'est en quelque sorte notre José Bové de la haute finance (mais Léo-Paul n'a pas fait de prison), un digne représentant de la go-gauche québécoise, au même titre que Michel Chartrand, Françoise David, Vivian Labrie et les chefs des monopoles syndicaux. Même si Contes et comptes du Prof Lauzon -- Le néolibéralisme dénoncé net, fret, sec!, écrit dans un style coloré et même amusant, est paru il y a un an, ce n'est jamais trop tard pour en parler puisque les sophismes, eux, ne changent pas.

Il n'y a que deux façons de défendre les pauvres, les veuves, et les orphelins: une bonne et une mauvaise. La bonne, c'est de s'attaquer aux causes et de permettre à ces gens de vivre dans un environnement où ils pourront mieux vivre; la mauvaise, c'est de prendre l'argent de tout le monde pour payer une masse de fonctionnaires (425 000 au Québec, sans compter les fonctionnaires fédéraux et municipaux) et d'imposer à toute l'économie des contraintes qui faussent le marché et des coûts qui alimentent la pauvreté. M. Lauzon a choisi la seconde option.

Haro sur les néolibéraux!

Si on fait foi au dictionnaire (qui est souvent en retard sur l'usage courant) le néolibéralisme serait une «doctrine libérale, apparue dans les années 1970, qui accepte une intervention limitée de l'État». Quand on passe à la définition que donne Larousse de libéralisme, le lecteur aura de la difficulté à comprendre la nuance entre intervention limitée et les politiques défendues par les économistes du libéralisme classique, tels Adam Smith, Ricardo, Bastiat, Say, Hayek, etc. Le terme néolibéral n'est réellement utilisé que par les opposants au libéralisme. Pour plus de précisions sur les termes, et en particulier sur la version nord-américaine du libéralisme -- le libertarianisme (pas encore au dictionnaire)-- qui évite la confusion avec les liberals nord-américains, voir la page de philo 101 de Martin Masse, éditeur du Québécois Libre, intitulée Qu'est-ce que le libertarianisme?

Or, et c'est là le premier moulin à vent du camarade Lauzon, même le néolibéralisme tel que défini au dictionnaire n'existe pas. On ne peut pas dire en effet que nous vivons dans un régime d'intervention limitée de l'État. C'est tout le contraire. L'État intervient de plus en plus dans l'économie et dans le dirigisme des individus. Tout ce que nous pouvons dire c'est que l'étatisme, pour éviter la faillite comme en Argentine, a ralenti la croissance de ses dépenses et qu'il a surtout réussi à éliminer (temporairement faut-il préciser) son déficit courant grâce à une croissance économique soutenue de 1992 à 2001.

Le fil conducteur de tous les tribuns de l'étatisme, c'est que le gouvernement ne devrait pas limiter la croissance de ses dépenses pour «empêcher le massacre de nos acquis sociaux»! À quoi s'oppose le camarade Lauzon pour empêcher ce massacre? «Évasions fiscales, report d'impôt des compagnies, démantèlement de nos outils collectifs, privatisation des services publics: autant de phénomènes qui n'échappent pas à l'oeil exercé et critique du prof Lauzon» (2). Dans toutes les idéologies il n'y a jamais de fausseté absolue. Le truc en désinformation, c'est évidemment de faire croire que l'ennemi est coupable de tous les maux et d'en mettre. Imaginons un peu la difficulté de la majorité des gens à pouvoir disséquer le vrai du faux quand ceux qui demandent toujours plus d'interventions de Big Brother, y compris le Prof Lauzon et les chefs syndicaux, lancent des messages biaisés et quand le plus gros budget de propagande politique qui existe, celui de l'État, vient des payeurs de taxes mais n'est pas contrôlé par eux.

La présentation du recueil nous annonce des solutions concrètes. Il y a des propositions mais des solutions, voyons voir.

Les taxes

Malgré toutes les acrobaties comptables du gouvernement du Québec admettons que ce gouvernement a cessé (mais ceci ne laisse rien présager pour l'avenir) de financer les dépenses courantes par des emprunts (3). Pour le prof Lauzon le dérapage des finances publiques est un mythe et il s'en prend à l'évasion fiscale, aux avantages fiscaux, aux paradis fiscaux et aux reports d'impôts. Donc, au lieu de limiter ses dépenses le gouvernement devrait accroître ses revenus. Le camarade est d'ailleurs un des avocats d'une taxe sur la richesse, en particulier sur les gains non réalisés sur la valeur des titres boursiers (ce n'est plus une simple taxe sur les transactions), et la go-gauche en général s'oppose farouchement à toute baisse des impôts et à toute diminution du monopole de l'État dans des secteurs comme la santé et l'éducation.

Le Prof dit tout de même que nous sommes trop taxés, mais la raison serait que les riches et les compagnies le sont peu ou pas du tout et qu'il y a trop de tripotage fiscal. La réalité est plus complexe. Il ne faudrait pas s'imaginer (Lauzon dixit: «Les actifs sont carrément sortis du pays») que lorsque des milliards de $ sont transférés, par le simple jeu de crédits bancaires, vers des îles où il n'y a pas d'impôt sur le revenu, que ces milliards sont investis là-bas et ne reviennent pas ici.

Comme on sait que plus il y a de taxes plus il y a de l'évasion fiscale, et que plus il y a d'évasion fiscale plus le gouvernement multiplie les contrôles, alors on doit conclure que la go-gauche veut un pays à son image où les autres n'auront d'autre choix que de voter avec leurs pieds, ceux du moins qui peuvent le faire.

Ces remèdes sortis du chapeau d'un magicien comptable sont contredits par l'expérience et le raisonnement économiques. Quoi qu'il en soit, tant qu'à y être, nous sommes tous d'accord avec l'élimination des avantages fiscaux et des subventions mais en plus nous demandons que soient aussi éliminées toutes les lois et réglementations qui restreignent la concurrence, dans les domaines (entre autres) du travail, de l'agriculture, etc! Ces lois et règlements sont une taxe déguisée payée par tous les consommateurs au bénéfice des monopoles.

Toutes les économies ainsi réalisées devraient servir, même si le Prof n'est pas d'accord, non pas à réduire mais réellement à éliminer des taxes. Imaginons un instant (c'est faisable à très court terme) les effets positifs sur l'économie de l'élimination des taxes de vente (y compris la taxe fédérale TPS), de l'impôt sur le revenu des sociétés, ou de l'impôt sur les gains en capital? Si comme il le dit, quand on soustrait les subventions directes et indirectes des impôts effectivement payés par les compagnies, on obtient un solde négatif, alors pourquoi tout simplement ne pas éliminer complètement l'impôt sur les compagnies et les subventions? Ainsi, au lieu d'envier et de critiquer les paradis fiscaux le Québec deviendrait lui-même un paradis fiscal!

Mais le Prof est contre car «la diminution des impôts contribue à réduire le rôle et la taille de l'État».

Sauf qu'à certains moments Léo-Paul parle comme un libertarien... Comme par exemple quand il s'objecte à la chasse aux sorcières du gouvernement contre le travail au noir des gens à faible revenu alors que ce même gouvernement multiplie les avantages fiscaux.

Les impôts reportés

Un des principaux moulins à vent de M. Lauzon (remarquez que je n'utilise pas les épithètes qu'il lance à ses adversaires), ce sont les impôts reportés au bilan des compagnies. Tout comptable sait que les impôts reportés sont une entrée comptable qui tient compte de la différence entre la valeur fiscale de l'amortissement qui est plus élevée que l'amortissement comptable basé sur la vie utile des actifs. Ces avantages fiscaux ne sont que le fruit de l'interventionnisme fiscal du gouvernement qui souhaite ainsi favoriser certains secteurs industriels. Une fois que l'amortissement fiscal est pleinement utilisé, la compagnie paie le plein taux d'imposition en soustrayant de ses réserves d'impôts reportés. Sauf que, le plus souvent, les compagnies réinvestissent dans des actifs admissibles à l'amortissement fiscal accéléré de sorte que les impôts reportés (c'est une dette au bilan) continuent de s'accumuler.

Au lieu de dénoncer l'interventionnisme fiscal du gouvernement, ce qui permettrait de baisser les taux d'imposition, le Prof Lauzon s'en prend aux impôts reportés (donc à l'effet, non pas à la cause) et propose plutôt d'introduire un impôt minimum. Belle logique!

L'État dans l'alcool, les loteries, l'électricité, etc.

Pas question évidemment de toucher à ces symboles de l'étatisme que sont l'Hydro-Québec, la Société des alcools (SAQ), à toutes les autres sociétés d'État ainsi qu'à celles qui monopolisent le transport en commun et les assurances publiques.

Un exemple: Léo-Paul parle de la SAQ comme d'un joyau collectif, d'une poule aux œufs d'or, d'une véritable mine d'or offrant au gouvernement des rendements époustouflants. Faint-il d'ignorer que le rendement de la SAQ est en réalité un ensemble de diverses taxes imposées sur le prix des produits? Et que les mêmes taxes sont prélevées sur les quelques marques vendues en épicerie? Voyons, un peu de rigueur, Professeur. Et si l'ex-pdg de la SAQ Gaétan Frigon (l'homme à la Jaguar) a réussi à faire sourire les employés de la SAQ à une clientèle captive, il n'a certes pas à s'en féliciter car une société privée aurait tôt fait de perdre sa clientèle en donnant un mauvais service.

Autre exemple de ballon socialiste, c'est quand le Prof Lauzon critique les grandes pétrolières pour les hausses de prix du carburant. Il demande au gouvernement «d'intervenir pour faire respecter les règles du jeu de la véritable concurrence» et il nous confie qu'il achète son carburant chez les distributeurs indépendants pour «empêcher la mainmise totale des majors étrangères et l'explosion des prix qui s'ensuivrait». Or, comme chacun sait, le gouvernement est intervenu pour protéger les indépendants (la véritable concurrence) en imposant un prix plancher de sorte que lorsque les prix montent il n'y a plus personne qui se plaint, sauf les consommateurs!

Karl Marx revisité

Même si Léo-Paul Lauzon avoue, en parlant de Marx, avoir «beaucoup de respect pour ses théories», il dit du même souffle «que je ne suis pas contre le libéralisme économique, en autant qu'il soit accompagné d'une justice sociale digne de ce nom». J'ai de la difficulté à comprendre comment, dans un même paragraphe, on puisse dire avoir beaucoup de respect pour des théories totalement contraires au libéralisme économique, tout en concédant ne pas être contre le libéralisme économique.

Ceci dit, comme on juge un arbre à ses fruits, il m'apparaît que Léo-Paul a toujours oublié une partie de sa démonstration: le libéralisme économique.

En effet en pratique, le résultat net des solutions de la go-gauche québécoise, c'est un État omniprésent et omniscient où ce qui reste de liberté est relégué au rang de privilège. La seule différence entre la situation actuelle, ou celle rêvée par Léo-Paul, et un État totalitaire (de gauche ou de droite), c'est une différence de degré. C'est du marxisme à petit feu, sans le mot certes, mais combien réel dans ses résultats.

Il va même jusqu'à proposer une croissance économique zéro (sans doute un corollaire de la pauvreté zéro): comme «la croissance économique ne profite qu'aux nantis», «il faut viser, dit-il, une croissance économique zéro, car le problème qui mine notre société aujourd'hui et qui cause la misère humaine n'est pas celui de la création de la richesse, mais celui de sa redistribution.» Voler aux uns pour donner aux autres n'est sûrement pas un remède à la pauvreté, laquelle est d'ailleurs toute relative (4). C'est un faux syllogisme que l'on pourrait reformuler ainsi:

    • la croissance économique ne profite qu'aux nantis;
    • or, la redistribution de la richesse permettrait d'enrichir les pauvres;
    • donc, la croissance économique doit être de zéro.

La première proposition est fausse. La seconde a donné les résultats que l'on connaît et c'est la classe moyenne qui se fait prendre d'une main ce qu'elle reçoit de l'autre; les taux d'impôts élevés ne font qu'accroître le chômage. Quant à la conclusion, elle ne découle tout simplement pas des deux propositions précédentes.

Ses pronostics pour le présent millénaire: «On passera de l'État-providence à l'État minimal, pour finalement aboutir à l'État néant.» Mille ans, c'est long. Il y aurait sûrement moyen de raccourcir ça.

Notes:
(1) Léo-Paul Lauzon, Contes et comptes du Prof Lauzon--Le néolibéralisme dénoncé net, fret, sec!, Lanctôt Éditeur (un éditeur subventionné), 2è trimestre 2001. >>
(2) Citation extraite de la préface préparée par un chef syndical. >>
(3) J'en discute brièvement dans Les constantes du modèle québécois (Québécois Libre, no 94). Après avoir accordé aux fonctionnaires une hausse salariale de plus de 400 millions de $, voilà que la baisse des paiements de péréquation va sûrement obliger la ministre des Finances à refaire ses calculs. >>
(4) Voir à ce sujet deux textes: a) de l'Institut économique de Montréal: «La croissance profite aux pauvres» (document en format pdf); b) «Où en sommes-nous avec le calcul de la pauvreté?» (Québécois Libre, no 86).
>>

Cet article a été publié dans Le Québécois Libre le 2 mars 2002.
Retour au sommaire >>

Le jour des élections générales, un référendum sur le «déséquilibre fiscal»?

Le 28 février, le 1er ministre Bernard Landry a annoncé que la loi électorale sera modifiée pour permettre des référendums le jour des élections. Les électeurs pourront donc se prononcer sur d'autres questions que le seul choix du candidat. A priori, l'idée n'est pas mauvaise mais elle n'est pas nouvelle (1). Il est important que les électeurs aient à se prononcer sur des sujets précis, non pas seulement sur un programme global souvent vague et sur la popularité personnelle des candidats, sans oublier qu'une fois élus, les gouvernements imposent souvent des législations pour lesquelles ils n'ont pas été élus...

Mais c'est curieux que le gouvernement prenne cette décision juste avant des élections générales, lui qui s'est opposé farouchement à des référendums sur les fusions municipales et qui fait régulièrement des consultations bidons. Bernard Landry a été avare de renseignements. Il faut donc supposer que c'est le gouvernement qui va décider des questions en fonction de ses objectifs politiques et que le débat va être soumis aux règles de financement des partis, limitant ainsi l'action individuelle (le gouvernement ira-t-il jusqu'à imposer un comité du Oui et un comité du Non pour chacune des questions??? Hi Hi!).

Le pouvoir aux individus

Bernard Landry n'a pas parlé de démocratie directe, c'est-à-dire de permettre à un certain nombre d'électeurs d'initier eux-mêmes une question devant être posée lors d'une élection générale ou lors d'un référendum, comme cela se fait dans d'autres pays. Une autre «oubli» majeur est qu'un choix éclairé présuppose une information complète sur les enjeux et les coûts (à ce chapitre, la perte de liberté individuelle au profit de l'État est rarement comptabilisée dans les coûts). Dans le régime actuel, la propagande politique tient lieu d'information et les moyens financiers sont concentrés entre les mains des partis politiques qui bénéficient de la caisse des payeurs de taxes. Peut-on alors parler d'un choix éclairé?

Le chef du parti libéral, Jean Charest, était dans la bonne voie quand il proposait des référendums sur les défusions municipales même s'il a mal formulé sa proposition. C'était en fait reconnaître que les habitants d'un territoire peuvent décider eux-mêmes de former leur propre municipalité, un droit que le parti au pouvoir revendique pour le Québec. Mais presque tous les nouveaux élus qui étaient contre les fusions municipales se prononcent maintenant contre les défusions (il faut bien qu'ils protègent leur nouvelle job n'est-ce pas?) Alors Jean Charest a reculé et il dit non aussi à des questions multiples lors d'élections générales.

La statocratie aurait-elle atteint un seuil de résistance?

Il reste que malgré toutes les améliorations que l'on pourrait apporter au régime parlementaire il y a au moins deux aspects qui, s'ils ne sont pas éliminés, n'empêcheront pas que la démocratie demeure la dictature de la majorité sur la minorité et que les choix politiques reflètent une appropriation des droits des uns au bénéfice des autres:

Premièrement, il est important que l'on définisse une Charte de la liberté individuelle absolument inviolable et qui ne serait limitée que par le devoir de ne pas porter atteinte à la liberté d'autrui (ou de ne pas faire tort à autrui). Présentement nous avons une Charte des droits incluse dans la Constitution canadienne et une Charte québécoise; non seulement ces deux chartes sont-elles restreintes par d'autres lois adoptées par les deux niveaux de gouvernement (ces lois sont alors prioritaires) mais elles ne reconnaissent pas les droits de propriété, un sujet tabou chez les étatistes. Ne pas reconnaître les droits de propriété équivaut à n'imposer aucune contrainte à l'intervention de l'État et à consacrer la suprématie du collectif sur la liberté individuelle.

En second lieu, dans le régime actuel les choix politiques sont l'expression des préférences des groupes de pression (corporations, syndicats, etc.) et aucune réforme du régime parlementaire ne changera cet état de fait. Les bénéfices que nous recevons en tant que membres d'un groupe, via la réglementation gouvernementale, les subventions, les avantages fiscaux, sont toujours jugés supérieurs à ceux que nous perdons en tant que payeurs de taxes ou individus. Le jeu politique est de faire accroire à tout le monde que les bénéfices consentis, par exemple, à une aluminerie, vont bénéficier à tous (comme le dit la chanson: Alouette, je te plumerai). Ceci explique la croissance soutenue de l'État. Et plus l'État est omniprésent, plus il y a de surenchère politique en vue d'obtenir pour un groupe des avantages aux dépens de tous et de se faire élire aux élections. L'État détient lui-même le plus gros budget de propagande et le plus fort groupe de pression (ses fonctionnaires et autres bénéficiaires). Les politiciens sont devenus les gérants d'estrade d'une grosse agence de redistribution des taxes et d'octroi de privilèges aux dépens des contribuables et des consommateurs. C'est ce qu'ils appellent le bien commun et l'intérêt public.

Comment s'en sortir? Il est réconfortant de constater que les politiciens sont le groupe le plus détesté parmi diverses professions, selon un sondage récent. La majorité des gens ne sont pas aussi stupides que les étatistes voudraient nous faire croire. L'étatisme en est rendu au stade des rendements décroissants en terme de popularité parce que l'argent que le gouvernement nous prend pour acheter des votes produit des effets négatifs de plus en plus visibles et perçus comme tels par la population. Sa capacité de gagner des votes avec des promesses ne convainc que les groupes corporatistes qui en demandent d'ailleurs toujours plus et qui ne sont, malgré tout, jamais satisfaits. Sauf que, continuer à dénoncer est improductif si cela ne conduit pas à un changement radical dans les législations et les institutions.

Quelques mots sur le «déséquilibre fiscal»

Le 7 mars, les deux partis de l'opposition et commentateurs ont accepté mot pour mot le rapport Séguin (2) sur le déséquilibre fiscal et sont tombés dans le piège d'une désinformation véhiculée par des experts. Comme les étatistes réalisent enfin que les moutons ne peuvent se faire tondre que la laine qu'ils ont sur le dos, et que s'ils n'ont plus de moutons alors ils n'auront plus de laine, alors ils demandent au fédéral de leur transférer une partie de la laine. Le fédéral affichant présentement un surplus de ... laine, ça tombe bien.

La vérité, c'est que (a) la baisse des paiements de péréquation reflète réellement ce fait que les coûts de construction des habitations neuves sont, pour un produit similaire, plus élevés au Québec qu'ailleurs en raison d'une législation gouvernementale empêchant la concurrence; et (b) que le gouvernement du Québec dépense à gauche et à droite et, les coûts de la santé et la péréquation servant réellement d'alibis, qu'il annoncera un déficit à court terme et devra augmenter les taxes. Donc, il accuse le fédéral et il fait l'autruche vis-à-vis son propre pouvoir de dépenser (dont une grande part se perd en bureaucratie, en subventions et en tripotage fiscal).

Rappelons que Québec a fusionné des municipalités en invoquant le déséquilibre fiscal entre villes centre et banlieues. Pourquoi ne pas appliquer le même sophisme à son déséquilibre présumé avec le fédéral en «fusionnant» tous les impôts à Ottawa? Le parti québécois pourrait répondre: pourquoi ne pas remettre tous les impôts à Québec?

Ce dialogue de sourds entre les nationalo-étatistes d'Ottawa et ceux de Québec ne fait que camoufler ce qui devrait être le vrai débat: le fait que le vrai déséquilibre est celui qu'il y a entre les payeurs de taxes et les trois niveaux de gouvernement (municipal, provincial et fédéral).

Supposons un instant que Paul Martin ait dit oui à la Commission Séguin et transfère le champ de la TPS aux provinces; il y a fort à parier que dans dix ans le Québec crierait encore au déséquilibre puisque ses dépenses augmentent plus vite que les taxes qu'il perçoit. Plutôt que de céder aux provinces, le gouvernement fédéral devrait éliminer ses surplus par des baisses d'impôt et réduire encore davantage les cotisations à l'assurance emploi. Et faire ce qu'il n'a pas fait jusqu'à maintenant: le ménage dans ses propres dépenses inutiles (comme par exemple le Centre canadien de contrôle des armes à feu).

Ainsi nous serions tous gagnants. Et si le gouvernement du Québec veut des points d'impôt qu'il taxe davantage en en assumant le poids politique.

La «question»

Bernard Landry mijote probablement la question suivante le jour des prochaines élections: «Vu le refus du gouvernement fédéral de transférer la TPS au Québec, êtes-vous pour ou contre que le gouvernement examine de nouvelles sources de financement pour la santé?» (3) Évidemment, il y aurait un long préambule expliquant le déséquilibre fiscal et les raisons qui obligent, par exemple, les chirurgiens à ne pas faire de chirurgie à plein temps (ils prennent trop de congés, etc)...

Notes:
(1) Voir sur cette page le texte Pour que le peuple gouverne. D'autres changements au régime parlementaire sont proposés par l'Action démocratique de Mario Dumont et l'Alliance canadienne, notamment une meilleure représentation électorale et le vote libre à l'Assemblée ou à la Chambre, selon le cas. >>
(2) Les documents de la Commission Séguin sont disponibles sur son site: www.desequilibrefiscal.gouv.qc.ca.  >>
(3) En sous-entendu: des hausses de taxes.  >>
.

10 mars 2002. Cet article a été publié dans Le Québécois Libre le 16 mars 2002.
Retour au sommaire >>

Extraits d'un essai sur «Le national-syndicalisme», par Brigitte Pellerin et Réjean Breton (Éditions Varia, octobre 2001)

nazi «C'est inscrit dans la nature même des monopoles syndicaux d'être farouchement opposés à la liberté de choix. Leur existence et leur pouvoir considérable viennent précisément de ce que les travailleurs syndiqués n'ont eux-mêmes pas la liberté individuelle de choisir s'ils veulent être syndiqués ou non.»
«Les monopoles syndicaux ne tolèrent pas la concurrence, que ce soit pour eux-mêmes ou pour leurs membres. La concurrence, c'est la possibilité de choisir entre plusieurs biens et/ou services différents, entre plusieurs manières de faire différentes. Les syndicats du secteur public refusent que les employés de l'État puissent choisir de jouer la carte de la compétence plutôt que celle de la permanence, et ils refusent encore que les usagers des services publics puissent choisir entre le public et le privé»
«Le modèle du national-syndicalisme croit en un gouvernement interventionniste, voire hyperactif, qui se mêle de tout et qui ne laisse que peu d'initiative aux individus.»
«Dans le modèle québécois, les représentants syndicaux et nationaux doivent forcément être partout pour penser et décider à la place des citoyens, des travailleurs, des usagers, des consommateurs, des parents, bref de tout le monde. Pour les élites nationales-syndicales, la société tout entière devrait fonctionner au rythme d'une seule et grande convention collective, d'une réglementation impersonnelle qui ignore et évacue l'individu.»
Retour au sommaire >>


Les conditions d'une pensée libre sont les mêmes que celles d'un marché libre

Les divergences d'opinion, même quand les intérêts objectifs semblent converger, conduisent fréquemment à des affrontements violents dans des pays comme l'Irlande, entre les Juifs et les Palestiniens, entre les Hindous et les Musulmans, entre les Chrétiens et les Musulmans (Nigéria, Indonésie), etc. sans oublier les horreurs du racisme, du nationalisme et du communisme. Le progrès des communications nous donne à tous la possibilité d'être mieux informés. L'interprétation des faits, leur compréhension, dépend toutefois de chacun de nous et trop de gens demeurent les esclaves de leur histoire, des idées qui leur ont été inculquées dès l'enfance, etc. et appliquent rarement un doute systématique et un examen rationnel à toutes les idées qu'ils consomment.

Il est utopique de penser que nous partagerons un jour les mêmes opinions sur tous les sujets et il est donc essentiel que nous acceptions cette diversité en mettant toutes les idées sur un plan qui n'est pas polémique et qui permet de discuter de ce que nous devrions avoir en commun au lieu de ce qui nous oppose. À cette fin, voyons les «idées» comme étant des produits de l'esprit, des produits au même titre que la production artistique que nous échangeons (bien sûr, une condition pour que nous acceptions de consommer une idée est que nous la jugions vraie, à tort ou à raison).

La liberté de penser est fonction d'un environnement économique, social et politique qui favorise la liberté individuelle

Il saute alors aux yeux que l'échange entre individus de tels «produits» ne peut être libre que si les conditions d'un marché libre sont rencontrées. Quelles sont les conditions d'un marché libre? Le libre échange des idées est réellement similaire au libre échange des biens. Il ne peut d'ailleurs y avoir de liberté d'entreprise s'il n'y a pas de liberté de penser puisque la liberté d'entreprise est fonction de tout un environnement qui facilite la recherche, la création, l'innovation.

Mais il y a plus: ce qui importe, c'est que non seulement les conditions économiques, sociales et politiques soient posées en vue d'assurer la liberté individuelle mais surtout que ces conditions bloquent efficacement toute tentative des idéologies totalitaires d'exploiter la liberté pour la détruire (sur cette même page, presque tous les textes traitent plus ou moins directement du même sujet, en particulier celui intitulé «Pour que le peuple gouverne». Voir le menu complet à Ce que j'en pense).

Si chacun peut penser librement et qu'il a accès sans contraintes à toute l'information disponible, la question de savoir si ce qu'il pense est vrai n'a aucune conséquence fâcheuse sur les rapports entre individus si les droits des uns ne sont pas lésés par l'action des autres et de l'effet pervers des interventions étatiques favorisant un groupe aux dépens de l'ensemble. Ceci implique que les idéologies totalitaires (de droite ou de gauche, ou religieuses) peuvent circuler librement, dans la mesure où les conditions de libre échange des idées sont respectées et dans la mesure où ces idéologies ne peuvent modifier les conditions assurant la liberté de penser à leur avantage, via des subventions, des préférences fiscales et sociales, des restrictions à la «production des idées».

Posons le problème de façon très pratique et actuelle: Que faire quand un parti totalitaire gagne les élections (ceci s'est produit en Algérie)? Doit-on sacrifier les libertés individuelles et ficher tout le monde pour traquer de potentiels terroristes? Doit-on instaurer des contrôles tatillons et policiers sur les armes à feu (avec expropriation sans compensation) pour éviter que certains se servent de leurs armes pour se suicider, etc. (c'est la loi C-68 au Canada)? Devons-nous permettre à l'État de porter un jugement sur des opinions et d'agir contre certains groupes sur la base d'un procès d'opinion ou d'intention?

Les difficultés que présente l'intervention étatique dans ce domaine sont très similaires à celles rencontrées pour les biens et services fournis ou réglementés par l'État: inefficacité bureaucratique, limites à la/ou absence de concurrence, liberté de choix absente ou du moins réduite, coût élevé assumé par l'ensemble de la population au bénéfice de quelques-uns.

Comment se protéger contre les têtes fêlées («crackpots»)

Les événements du 11 septembre aux États-Unis illustrent à quel point les démocraties sont souvent impuissantes devant des actes terroristes et la propagande de groupes totalitaires qui exigent la soumission à leur idéologie. De tels événements ne peuvent que donner plus de force au message des étatistes à l'effet que trop de liberté individuelle représente un coût trop élevé pour une société (et un État) qui devient de plus en plus complexe alors que le choix réel n'est pas entre la protection et la liberté mais entre la liberté et l'étatisme. La protection des individus et de la liberté individuelle présuppose un État minimal dont la principale responsabilité est précisément de voir au respect des droits des individus.

Quand une société ne compte plus sur ses individus pour se défendre, mais plutôt sur l'État, voilà il me semble une orientation qui n'est sûrement pas plus noble que celle des terroristes puisque ceux-ci sont prêts à sacrifier leur vie pour une idée collective et que l'État nous demande aussi de nous soumettre à sa cause collective. Il y a une communauté de pensée entre les idéologies extrémistes et celles qui prônent que l'État est notre maître, notre souverain et que le «collectif» a priorité sur la liberté individuelle. Tous deux exigent la soumission. La meilleure façon de se protéger, c'est donc d'agir avant tout en tant qu'individus responsables.

S'en remettre à l'État pour protéger nos libertés individuelles
équivaut à laisser à quelques-uns le soin de décider pour nous

Si vous avez suivi la politique canadienne et québécoise depuis, mettons, seulement 20 ans, vous comprendrez vite que cette prétendue mission que se donnent les étatistes de protéger la liberté individuelle en faisant appel à l'État pour régler tous les problèmes se traduit par un appauvrissement de cette liberté. Ces interventions étatiques pour la défense du bien commun ne compensent pas les coûts assumés par les individus.

La conception de la liberté qu'ont les tenants de la priorité du «collectif» sur l'individu, c'est que les droits individuels nous viennent de l'État, que ce ne sont pas les individus eux-mêmes qui ont naturellement ces droits et définissent entre eux des règles, des lois, pour en assumer et en assurer la protection. Si les droits nous viennent de l'État, celui-ci peut donc logiquement se donner le pouvoir de déterminer si une religion, si une secte et en général toute idée, est conforme au «bien public», de choisir pour nous autrement dit, de favoriser celles-ci plutôt que celles-là. Il le fait d'ailleurs via des subventions, des exemptions fiscales ou des lois discriminatoires --de discrimination dite positive-- , des lois qui font de certaines opinions des délits de propagande haineuse (à tort ou à raison) ou qui porte atteinte au droit d'association.

L'État bafoue la liberté d'association quand il force l'adhésion obligatoire aux syndicats et aux ordres professionnels. La réaction habituelle des politiciens est de pénaliser toute la population pour les méfaits de quelques-uns (exemple: la Loi sur les armes à feu) et pour camoufler leur incompétence dans l'administration de la panoplie de lois existantes. La GRC vient de recevoir 54 M$ pour lutter contre le terrorisme alors qu'on croyait qu'elle y voyait déjà et qu'elle n'arrive même pas à émettre à temps les nouveaux permis de possession d'armes à feu! La principale mesure annoncée par la ministre de l'Immigration ne sera en vigueur que dans un an! Autre exemple d'incompétence: c'est le gouvernement Landry qui a fait un fouillis de la direction de l'état civil et qui a émis deux permis de conduire à un même terroriste qui a été arrêté grâce au courage de deux douaniers américains; ce terroriste avait pour cible l'aéroport de Los Angeles.

À bien y penser, il ne faut pas trop leur dire qu'ils sont incompétents car ils vont nous demander encore plus d'argent.

12 octobre 2001
Retour au sommaire >>


Notes de lecture
De Raspoutine à Poutine

C'est le titre du dernier livre de Vladimir Fedorovski. En sous-titre: «Les hommes de l'ombre» (Éditions Perrin, 2001). Fedorovski est docteur en histoire et a été porte-parole du mouvement des réformes démocratiques (créé par Yakovlev en juin 1991) lors du coup d'État manqué d'août 1991. Fedorovski nous fait comprendre comment certains hommes sont parvenus au pouvoir: Lénine, Staline (et Beria derrière Staline), Gorbatchev, Eltsine, et finalement Poutine. Il s'agit souvent d'un ensemble de circonstances favorables et un peu de hasard pour mélanger la bonne dose de chacun des ingrédients du pouvoir: le parti, le KGB, l'armée, l'opinion publique (donc l'information).

Yakovlev a joué un rôle important dans l'ascension de Gorbatchev. Yakovlev a été ambassadeur de l'URSS au Canada de 1972 à 1983. Par un certain hasard, les deux hommes se sont rencontrés à Ottawa en 1983 et ont discuté de «glasnost» (transparence) et de «perestroïka» (restructuration). Graduellement, l'URSS s'effrite sur le plan international, Gorbatchev refusant une intervention de l'armée contre les pays frères. L'opposition contre la parti communiste se manifeste ouvertement à partir de 1990, avec Eltsine. L'URSS se désintègre aussi de l'intérieur, plusieurs républiques s'en dissociant en 1991. C'est en août 1991 qu'il y a une tentative de putsch pendant que Gorbatchev était en vacances en Crimée. Eltsine disposait d'un certain soutien populaire puisqu'il avait été élu au suffrage universel à la présidence de la Russie en juin 1991. Avec la démission de Gorbatchev le 25 décembre 1991, lequel s'appuyait sur le parti communiste, «l'Histoire paraissait prendre un nouveau départ. Ce n'était qu'un mirage.» Les 25 millions de victimes du totalitarisme soviétique (c'est le nombre calculé par la «commission de réhabilitation» présidée par Yakovlev et ce nombre dépasse celui des victimes soviétiques de la seconde guerre) n'ont pas eu justice. Eltsine s'est avéré un manipulateur autocrate et oligarque et est lui-même responsable de l'ascension de Poutine, d'abord pour s'occuper de la répression en Tchétchénie, puis comme successeur. Fedorovski raconte qu'en décembre 1999 Poutine était à un banquet pour célébrer un anniversaire de la Tchéka, la police secrète de Lénine. À un toast demandant «Que tous les tchékistes se lèvent!», tout le monde s'est levé, y compris Poutine.

La vraie nature de Poutine se serait manifestée lors du naufrage du sous-marin Koursk en août 2000. Après avoir laissé entendre que le naufrage pouvait être dû à une collision avec un sous-marin de l'OTAN, Moscou a annoncé à la fin juillet 2001 que les causes de la catastrophe ne seront jamais connues; il semble toutefois qu'elle soit due à deux explosions causées par un nouveau système d'allumage de torpilles que le sous-marin devait tester ce jour-là. La tentative de sauvetage a été farcie de mensonges et de contradictions. Fedorovski raconte comment une femme qui manifestait contre le gouvernement, le tout ayant été télévisé dans le monde entier, s'est vue approchée par un homme pour ensuite «s'effondrer d'un bloc». «La scène, insupportable, l'est encore plus quand on connaît ce détail accablant: une femme lui faisant une piqûre à travers ses vêtements allait être découverte sur une photo agrandie.» La version officielle, c'est que la femme en question a reçu un tranquillisant d'une infirmière à la demande de son mari; par contre, ce qu'elle a révélé lors d'une entrevue c'est que le régime a voulu la faire taire.

Vous vous dites peut-être que ce qui se passe dans l'ancienne URSS est un exemple de capitalisme sauvage? Vous vous trompez. Ce n'est même pas un exemple de capitalisme. Même si le livre de Fedorovski ne porte pas sur ce sujet, il raconte comment certains «hommes de l'ombre» se sont enrichis grâce au pouvoir que leur conférait l'État. On ne doit pas parler de privatisation mais plutôt de spoliation. C'est le pouvoir qui créait ses milliardaires. «Du jour au lendemain, apparatchiks, anciens ministres et hauts responsables du Parti se déguisèrent en banquiers ou hommes d'affaires, devenant propriétaires de secteurs entiers de l'économie. Et cela, avec la bénédiction du KGB qui les qualifiait de milliardaires autorisés. Lesquels, de toute manière, avaient déjà commencé à bâtir leur fortune pendant la perestroïka.»

5 août 2001
Retour au sommaire >>


«Notre» État peut-il être contre «ses» citoyens ?

L'État que nous avons, à toutes les époques, est toujours l'expression du rapport des forces en présence. Malgré les faiblesses des démocraties, celles-ci reconnaissent à leurs citoyens, et même... aux individus généralement, des droits et libertés fondamentales qui sont inscrits dans la loi. Cependant, comme la «démocratie» est généralement considérée comme l'expression de la règle de la majorité sur la minorité il arrive fréquemment que cette règle prime sur les libertés fondamentales. C'est d'ailleurs le danger que présente un État qui est considéré comme un «outil collectif», comme étant l'organe du collectif sur l'individu. Ce danger est d'autant plus présent depuis une trentaine d'années avec la croissance de la part des dépenses publiques dans le Produit intérieur brut. L'importance de ces dépenses dans l'économie a donné aux institutions étatiques un pouvoir considérable. Ces institutions et tous les groupes qui les supportent et qui en dépendent, à commencer par le parti politique au pouvoir et les bénéficiaires des dépenses gouvernementales, sont devenus une entité qui se protège, qui légifère, qui contrôle et qui parle plus fort que les citoyens. Les droits des individus entrent de moins en moins en ligne de compte dans tout projet législatif. Le devoir d'un fonctionnaire est d'abord de défendre le gouvernement, quel que soit l'impact sur les individus. On en voit couramment des illustrations en consultant les rapports du Protecteur du citoyen. Mais ce n'est que la pointe de l'iceberg. Plusieurs législations et interventions gouvernementales sont une négation de la liberté de choix. La «règle de la majorité» n'est souvent elle-même qu'une farce monumentale, les décisions étant réellement prises par un groupe restreint de meneurs sans que la population soit consultée.
Retour au sommaire >>


Fich-i-ez-nous la paix!

Parlons concret. Il y a toutes sortes de fichiers. J'en ai deux classeurs 4-tiroirs, plus ce qu'il y a sur le disque dur. Tout ça est personnel ou, quand ce n'est pas le cas, c'est de l'information publique. Mais les gouvernements, et tous ceux avec qui nous faisons affaire, collectent de l'information dite nominative sur chacun d'entre nous. Tous ces fichiers sont rarement étanches, comme le démontrent les fuites à la Société d'assurance automobile et à Revenu Québec. Des fuites, il y en a partout. Nous ne voyons que la pointe de l'iceberg. Je pourrais connaître ce que vous devez sur telle carte de crédit en connaissant son numéro, votre date de naissance ou votre code postal. Mais quand Bernard Landry, quand il était ministre des Finances, a fait passer une loi permettant l'échange de renseignements entre ministères (c'était dans la foulée d'une paranoïa bien entretenue contre le travail libre, communément appelé le travail au noir) il ne s'agit plus de fuites. La Commission d'accès à l'information aura beau s'objecter, elle n'est elle-même qu'un organisme gouvernemental.

L'étatisme rampant

Avec l'informatique, la manipulation de l'information, pour le meilleur et pour le pire, est rendue plus facile. Mais le problème avec les fichiers gouvernementaux, ce n'est pas l'informatique, c'est qu'ils sont une excroissance de l'étatisme. Ceux qui, parmi les journalistes, se sont réveillés récemment au sujet de la carte à puce n'ont pas réellement décelé le fond du problème. Comme l'État ne vend pas ses services (s'il le faisait il en vendrait sûrement moins) tout ce qu'il produit avec nos impôts ne peut être géré qu'en multipliant les contrôles. Telle est la logique de la production étatique. Quand il vend des biens (alcool, électricité) l'État ne peut supporter la concurrence et fixe arbitrairement les prix. Et quand il fournit des services (santé, éducation, etc.), il agit non seulement à titre de monopole mais il doit nécessairement établir des contrôles pour les répartir; si les coûts de ces services étaient visibles pour chaque consommateur, les bureaucrates devraient établir de nouveaux contrôles pour diminuer la surconsommation. Cette surconsommation, dans un régime étatisé, ne peut que diminuer en qualité et/ou en quantité les services demandés par les autres consommateurs. Chaque lacune de l'intervention étatique génère elle-même une nouvelle intervention. Depuis environ cinquante ans la démocratie se bat à reculons.

La problématique de l'information nominative détenue par les gouvernements (pour utiliser une expression chère aux scribes étatistes qui cherchent des problématiques partout pour justifier de nouvelles interventions), c'est non seulement la protection de la confidentialité (mais qu'en reste-t-il quand vos renseignements personnels peuvent être consultés par des centaines de fonctionnaires?) mais aussi le fait que ces renseignements servent à des fins de contrôle.

Quelques exemples de fichiers

Le 15 mai, vous devrez obligatoirement (c'est la... loi qui le dit) remplir votre questionnaire de recensement quinquennal de Statistique Canada. Sinon, vous êtes passible d'une amende. Un recensement, ce n'est pas un simple sondage où vous êtes libres de ne pas répondre. Tant mieux si, comme moi, vous êtes dans le 80% de ceux qui ont reçu le questionnaire court. Statistique Canada a une bonne réputation en matière de confidentialité mais j'ai déjà vu (et entendu) ailleurs des fonctionnaires s'échangeant des renseignements obtenus en vertu de cette même loi pour les aider à vérifier une taxe. Et pourquoi diable a-t-on besoin de votre nom sur ce questionnaire? Il ne fait pas partie des statistiques, il me semble. Évidemment, des statistiques c'est essentiel pour savoir où on s'en va. Le nouveau ministre québécois des files d'attente, de la méningite, etc, (Rémy Trudel) pense aussi la même chose... Mais lui, il veut influer sur votre consommation de services dits gratuits. Ayant une formation en éducation (non pas en santé) il s'y connaît en ingénierie sociale. Certes, nous pouvons tous nous influencer réciproquement via nos actions quotidiennes (c'est comme ça que les comportements se socialisent) mais l'État, ses technocrates et politiciens, pensent mieux faire que nous tous et nous imposent leurs normes.

Des fichiers, en avez-vous assez? D'abord, votre permis de conduire. Pour l'obtenir, vous devez répondre à des questions sur votre état de santé. Je vous gage que la plupart des gens ne disent pas la vérité. La raison est bien simple. C'est que si vous répondez par exemple que vous prenez des somnifères (qui sont des tranquillisants) avant le coucher (mais la question ne le dit pas), ils vont penser que c'est avant de ... conduire. C'est pas tellement marrant en fait de manque de jugement. J'ai déjà fait l'expérience pour les tester. Malgré mes explications auprès de la responsable de la SAAQ, rien n'y fit. Je devais, selon le règlement (le leur bien sûr), demander à mon médecin de leur produire un rapport.

Les deux ministères du revenu (Québec et Ottawa) en savent plus long sur vous que Statistique Canada. Ces deux ministères s'échangent d'ailleurs des renseignements. Les fonctionnaires le savent: le fait de détenir autant de renseignements leur donne un pouvoir considérable. Eux sont au pouvoir et vous devez faire ce qu'ils vous disent. Ils appliquent la loi, donc vous devez obéir. Évidemment, tous ne sont pas pareils mais les meilleurs sont condamnés à louvoyer dans une organisation égalitariste qui récompense la docilité et la médiocrité bureaucratique.

Il y a aussi la nouvelle loi (celle de 1995) sur les armes à feu qui permet à la police d'effectuer des enquêtes approfondies si vous avez des antécédents personnels (comme par exemple le fait d'avoir perdu votre emploi au cours des 2 dernières années). Tous ces gens sont bien sûr pressés d'encaisser votre chèque même si vous n'aurez pas de réponse avant un an!

Le gouvernement du Québec a aussi donné pour «mission» (les mandats de tous les ministères, organismes et sociétés d'État regorgent de missions) au directeur de l'état civil d'instaurer une «carte nationale d'identité». Pour l'instant, cette carte est volontaire et neutre, dit-on, c'est-à-dire qu'elle ne servirait pas de lien avec d'autres banques de données. Ce n'est toutefois là qu'une première étape permettant de la généraliser en catimini.

Après les taxes et les divers permis (je n'en ai nommé que deux), il y a votre santé. Les principales banques de données nominatives du gouvernement sont celles détenues par Revenu Québec et la Régie d'assurance maladie (RAMQ). Même si les bureaucrates derrière ce qu'ils appellent l'État s'intéressent d'abord aux loteries, aux casinos, aux machines à boules, à l'alcool et aux diverses taxes qui rapportent, votre santé les préoccupe aussi. Big Brother a besoin de soldats en santé et il a entre les mains un système de provision de services qui ne peut que générer de plus en plus de contrôles. Il n'y a pas une semaine qui passe sans entendre une quelconque intervention de quelque chemise noire de la santé dite publique. Et les médias de ronronner sur le même thème: «la santé publique exige», ou quelque chose du genre. Ce système (évidemment, nous avons toujours les meilleurs systèmes au monde) n'est ni plus ni moins qu'une médecine à la soviétique. La principale nuance à apporter, c'est que nous élisons ceux qui la dirigent tous les quatre ou cinq ans. Ceci leur permet de dire que nous acceptons tous les sapins qu'ils nous passent.

Ah! Cette médecine!

Parlons donc de santé. D'abord, un mot sur le premier pas qui vous fait entrer dans le système: une visite à votre médecin. Les médecins sont devenus de plus en plus des agents du gouvernement et de la santé publique. Leur autonomie en tant que professionnels n'est plus ce qu'elle était et ils sont en partie responsables de cette situation. Grands défenseurs, en apparence, de la confidentialité des dossiers médicaux, leur code de déontologie leur alloue une grande souplesse s'ils jugent que vous représentez un danger pour la santé publique. Celle-ci a les bras longs et elle touche à tout. Quand vous amenez votre automobile chez un garagiste, celui-ci vous présente sur une facture les détails des réparations. Mais pas un médecin. Votre dossier médical vous ne le verrez que si vous le demandez et ce n'est pas votre médecin qui va le faire. Votre médecin va plutôt juger que votre action est un manque de confiance. Si votre médecin vous questionne beaucoup sur votre vie privée et qu'il prend constamment des notes, vous risquez d'avoir un dossier médical qui ressemble à un feuilleton. Mieux vaut changer de médecin. Nous avons encore ce choix. Inutile ici d'élaborer sur les procédures interminables que vous pourriez prendre si vous n'êtes pas d'accord avec votre dossier médical ou celles relatives à une erreur médicale. C'est David contre Goliath.

Au cours des dernières années, les établissements de santé (hôpitaux, CLSC) ont transférés sur support informatique des sommaires des dossiers médicaux, sommaires que la majorité des gens n'ont pas vu et encore moins acceptés (la transparence, c'est bon pour leur propagande). Des erreurs de transcription sont inévitables. Ce dossier vous suit donc d'un établissement à l'autre, si besoin est. La RAMQ connaît par ailleurs votre consommation de médicaments, si vous avez adhéré au régime public d'assurance médicaments.

Apparemment que le principal objectif du gouvernement, avec la carte avec ou sans puce..., serait de rendre plus visibles les coûts des services de santé aux consommateurs de ces services. En somme, une sorte de carte de paiement où toutes les transactions seraient centralisées à la RAMQ. Belle affaire que tout ça, dont le coût pourrait atteindre 500 M$.

Vers une société de fourmis

La logique d'un système étatisé est toujours de centraliser afin de mieux contrôler. Les lacunes du système seraient toujours dues, selon le diagnostic de tous les téteux d'interventions, à un manque de contrôles, de planification. Faire la preuve par l'absurde serait un euphémisme. Nous y sommes déjà. Ce n'est qu'en éliminant la production étatique de services qui ne sont pas des biens publics que l'on pourra obtenir une saine concurrence dans le secteur, entre autres, de la santé et une meilleure gestion des coûts. C'est quand même curieux que le ministre Trudel, soutenu sans doute par une pléiade de fonctionnaires qui l'ont conseillé et qui ont fait de même avec ses prédécesseurs, parle de visibilité des coûts alors que les établissements publics n'ont encore qu'une comptabilité rudimentaire et exploratoire en cette matière... Quand les économistes soviétiques, du temps de Khrouchtchev, parlaient de visibilité des coûts, c'était réellement pour donner un dernier souffle, une sorte de transfusion sanguine, à un système qui était en phase terminale.

Cet article a été publié dans Le Québécois Libre le 12 mai 2001
Retour au sommaire >>


Sur l'économie des lois, ou trop de lois sans économies

Au sens littéral, l'économie des lois (ou du droit) peut signifier d'en faire le moins possible. Quand les gouvernants que nous avons coassent en chœur sur leur menu législatif (plus ce menu est obèse, plus ils pensent nous démontrer qu'ils sont utiles à quelque chose), il y a lieu de s'interroger sur le pourquoi des lois. Pourquoi diantre légiférer quand les coûts dépassent largement les économies et que les lois se traduisent par une diminution de la liberté individuelle, un bien fondamental? C'est tout simplement parce que la fonction législative est largement déterminée par l'influence des groupes de pression et l'intérêt des gouvernants à acheter des votes. Au lieu de légiférer avec parcimonie pour permettre des relations harmonieuses entre les individus dans le respect de leur liberté et des droits de propriété, nos gouvernants interviennent à tort et à travers sur toute question faisant l'objet d'une demande d'un groupe particulier, aux dépens du reste de la population.

L'étatite aiguë

La société québécoise souffre de l'étatite aiguë, une maladie comparable (mais non encore identifiée par les... chemises noires de la santé publique) à la fièvre aphteuse pour certaines espèces animales: on n'en meurt pas nécessairement mais elle nous amaigrit le portefeuille et la liberté.Quand il faut cogner à la porte de Claude Blanchet de la SGF ou à celle de son alma mater le Fonds de solidarité pour soutenir ou créer des emplois (après les avoir éliminés par des politiques fiscales et sociales irréalistes), il me semble qu'il y a là des boursouflures qui ne peuvent conduire qu'à un amaigrissement généralisé. Enfin, je ne suis pas vétérinaire mais je constate. «L'État de nos solidarités» (dixit Mme Labrie) fait en sorte que nos dites solidarités sont plutôt en mauvais état.

Si nous additionnons toutes les créations d'emplois annoncées par nos gouvernants à tous les niveaux et leurs apparatchiks depuis une vingtaine d'années, le taux de chômage ne pourrait être qu'à... zéro, alors qu'il était en mars 2001 de 8,7% et que la baisse depuis quelques années n'est due qu'à la performance de l'économie nord-américaine dans son ensemble et non pas à celle de nos gouvernants tant à Québec qu'à Ottawa. À chaque année, ils nous font la preuve que leurs interventions sont inefficaces et qu'ils feraient mieux de nous laisser en paix au lieu de nous ensevelir d'une avalanche de mesures de toutes sortes, de continuellement rapiécer ce qu'ils ont déjà fait, de satisfaire l'internationale des chialeurs et des chialeuses, etc.

Avec l'accélération des connaissances et du progrès technologique depuis une centaine d'années il devient de plus en plus difficile pour certaines couches de la population de suivre ce développement, quoique l'effort de rattrapage soit diminué par des moyens de communication plus évolués, diversifiés et rapides qu'à cette époque. Nous sommes désormais condamnés (et pourquoi pas?) à nous instruire toute notre vie. Le progrès technologique, toutefois, bénéficie à toute la population. Un exemple est le cellulaire qui permet de relier toute l'Afrique à moindre coût que de décorer la paysage de poteaux.

Mais ce n'est pas le cas du fardeau législatif et réglementaire (les lois deviennent de plus en plus discrétionnaires). Avec le progrès technologique, des produits en remplacent d'autres devenus désuets mais les lois, elles, se sédimentent. Leur effet équivaut à une taxe régressive pour les gens les moins fortunés et les moins informés. Tous, j'estime que nous passons maintenant jusqu'au cinquième de notre vie active à nous conformer à des règles établies par le gouvernement, à les apprendre d'abord, à se soumettre au red tape ensuite, et enfin à refaire ce même red tape périodiquement. De la naissance à la mort, et même après le décès, nous sommes régis par des lois. Si nous ne sommes pas enregistrés (il faut maintenant des permis pour faire n'importe quoi), légalement nous n'existons pas. Seulement pour le gouvernement du Québec, vous pouvez avoir une idée de l'ampleur législative en consultant le site des Publications du Québec.

Ainsi, la taille de l'État ne se mesure pas seulement par ses dépenses en pourcentage du PIB, il y a aussi tous les coûts engendrés par les lois et règlements et qui apparaissent seulement en partie aux dépenses budgétaires du gouvernement. Prenons les impôts: le budget du ministère du Revenu du Québec est de plus de 700 M$ mais à combien s'élève le coût assumé par les particuliers et les entreprises pour se conformer à toutes les lois fiscales? Franchement, je l'ignore mais j'estime que le coût total d'observance des lois et règlements peut être dix fois plus élevé sans compter l'impact économique négatif des mauvaises législations (telles les lois du travail). Et plus il y a de lois, plus il faut de policiers et de délateurs pour les appliquer.

Autrement dit, on n'est pas sortis du bois.

Un exemple d'une loi inutile

Bien sûr, il y a des lois plus utiles que d'autres. Exemple: le Code de la route. Arrêter à un feu rouge pour laisser les autres passer est une convention que nous acceptons tous sans sourciller; la circulation automobile est facilitée parce que nous nous fions, à tort quelquefois..., que les autres vont faire leur arrêt obligatoire (mais quand il n'y a pas un chat en vue c'est quand même un peu stupide de rester là à attendre; la loi remplace donc le jugement).

Mais il y a au moins un loi qui n'a servi absolument à rien sauf à dorer le blason du gouvernement. Ce n'est pas n'importe laquelle. Il s'agit de la loi de décembre 1996 sur l'élimination du déficit et l'équilibre budgétaire. Cette loi de 16 articles, dont la moitié sont des échappatoires, n'obligeait réellement le grand vizir (Bernard Landry) qu'à réaliser ce que le gouvernement avait de toutes façons décidé d'atteindre, un déficit budgétaire nul, et d'utiliser des surplus pour les dépenser plus tard et de camoufler des dépenses dans des fonds spéciaux et une liste impressionnante d'organismes. Au dernier budget, le gouvernement a fait grand état d'une diminution de la dette de 500 M$ tout en réservant 950 M$ pour des dépenses à venir en santé, en éducation, etc. Mais ce qu'il ne vous a pas dit et que les journalistes n'ont pas vu, c'est que la dette a bel et bien continué à augmenter au cours des années précédentes et la hausse se poursuivra dans les années futures.

En effet, pour l'année fiscale qui se terminait le 31 mars le gouvernement a bel et bien réalisé un surplus budgétaire mais par le jeu des placements et avances et d'autres comptes il montre des besoins financiers nets. Il en sera ainsi pour les deux prochaines années, selon les prévisions du gouvernement qui apparaissent d'ailleurs trop optimistes. La dette s'est accrue de 3,2 milliards de $ au cours de l'année écoulée. Le petit 500 millions n'est donc qu'une farce monumentale pour la galerie. En dix ans, la dette directe du gouvernement du Québec a plus que doublé, passant de 29,6 à 63,7 G$ (voir les tableaux 3.4.1 et 3.4.2 du Plan budgétaire 2001-2002).

La vie dans un carcan

Je ne fais bien sûr qu'effleurer le sujet. Le gouvernement du Québec à lui seul fait voter bon an mal an une centaine de lois, la plupart modifiant d'autres lois, sans compter les projets de loi privés et ceux émanant des députés. Un mot sur le Code civil, dont la refonte majeure remonte à 1992. Elle a été faite par les avocats, mais surtout par les notaires, qui sont d'ailleurs les premiers à en bénéficier. Le sceau du notaire est requis pour la plupart des contrats, mariage, divorce, testament, successions, achat ou vente d'un immeuble, hypothèque et quittance d'hypothèque... Tout y passe. Pour un texte dont ils n'ont la plupart du temps qu'à changer les noms et adresses, vous devez leur payer plusieurs centaines de $. Leurs méthodes de travail n'ont pas changé depuis un siècle. Ils vivent de paperasse, ils le savent et ils en profitent. Comme ils appartiennent à une profession protégée la concurrence, ils ignorent ça et ce n'est pas la seule profession qui vit des lois faites par nos gouvernants. Comme les lois sont de plus en plus complexes, les gens ordinaires ne savent plus où mettre la tête. Il n'y a pas si longtemps, disons quelques milliers d'années, un individu était confronté à son milieu naturel mais aujourd'hui ce sont les difficultés de la vie étatisée qui a pris le dessus.

Notre nouvelle ministre des marmots (Cf. QL no 79, Cabinet Landry: la nouvelle nomenclature ministérielle) Mme Linda Goupil, dans un vagissement d'entrée dans ses nouvelles fonctions, s'est prononcée récemment (mais elle n'est pas seule de cet avis) en faveur d'une politique nataliste. Faites des enfants, la nation en a besoin! Voilà un autre sujet sur lequel nous pourrions nous étendre longuement. Voir «Les enfants, la démographie et le bien commun», par Jean-Luc Migué dans Le Québécois libre du 17 mars. Toutes les politiques natalistes du passé ont été vouées à l'échec (la dernière en lice accordait de généreuses allocations à la naissance). Malgré des milliards de $ de transferts aux couples qui ont des enfants et aux familles dites monoparentales, le taux de natalité au Québec est inférieur au taux de décès. Même si le gouvernement a fait la mainmise sur les marmots avec ses garderies étatisées, il ne réussit pas à procréer... Cette impuissance gouvernementale ne doit pas surprendre. L'accouplement ne se décrète pas. Le gouvernement (et les nationalo-socialistes qui le soutiennent) ne veut tout simplement pas voir le vrai diagnostic: qu'il y a une incertitude face à l'avenir au Québec et que ses législations découragent le mariage et la famille.

Ah! Cette justice qui peut vous poursuivre toute votre vie même si vous n'avez rien fait de mal, par le biais de certaines lois (que Mme Goupil doit sûrement connaître) qui vous obligent à faire le béès (l'assistance sociale), pour des gens qui reçoivent même le vrai béès du gouvernement tout en recevant le vôtre, des gens admissibles à l'aide juridique et qui peuvent vous poursuivre à volonté, ou quasiment (leur sincérité est rarement mise en doute), des lois qui découragent l'adoption.

Évidemment, il ne faudrait pas passer outre au Code du travail, qui vous enlève entre autres choses la liberté d'association. S'il y a un syndicat dans la boutique, vous êtes cuit; vous n'avez pas le choix; vous devez joindre les rangs de ce syndicat dont les dirigeants, d'ailleurs, vont vous ignorer plus souvent qu'autrement, pourvu qu'ils reçoivent vos cotisations. Ils ne justifient leurs postes que par la surenchère des revendications, surenchère qui a d'ailleurs conduit à la fermeture d'entreprises. Paradoxalement, quand il y a vandalisme, ils disent qu'ils ne réussissent pas à contrôler leurs membres. Le coût fiscal, assumé par tous, des cotisations syndicales et des crédits d'impôt aux divers fonds syndicaux d'investissement (il y en a deux au Québec) est considérable. Ces fonds sont une création gouvernementale, à l'origine par Jacques Parizeau, lequel n'hésitait pas à créer des déficits et à nous endetter pour satisfaire ses fantasmes keynésiens. Nous en avons hérité.

Quels pouvoirs avez-vous si vous êtes lésés par le gouvernement? Pas grand-chose. Pour l'État, ne l'oubliez pas, vous n'êtes qu'un citoyen, une de ses créatures. En principe, vous avez des droits mais c'est toujours l'État qui a le dernier mot. L'État, ses ministres, ses hauts-fonctionnaires et gratte-papier ne peuvent pas avoir tort. Parlez de vos problèmes aux journalistes; ce sont eux que les politiciens craignent le plus.

Parlez-en à Jacques Dubreuil qui s'est vu refuser un permis d'exploitation d'une poissonnerie en Gaspésie, une région en chômage endémique et qui, comme plusieurs autres régions, voit sa population décroître; après avoir investi beaucoup d'argent, il a dû se défendre, à ses frais, contre les avocats du gouvernement, payés par nous (mais payés par nous de façon coercitive). Il devrait être remboursé, capital et intérêts, à même les fonds publics qui ont été versés pour le remboursement des dépenses électorales des deux partis responsables: le Parti québécois et le Parti libéral du Québec.

Un des moyens de désincarner Big Brother et de le détruire, c'est de rendre les individus derrière Big Brother directement responsables de leurs actes et de les faire payer pour les conséquences de leurs actes, soit en leur coupant les fonds, et/ou par des poursuites judiciaires dont ils se souviendront tous (mais il n'y a pas réellement de Charte des droits des individus vis-à-vis l'État). Nous aurions alors un début de démocratie où finalement les politiciens et les fonctionnaires seraient responsables des conséquences de leurs décisions, pas seulement par un vote tous les quatre ou cinq ans qui ne fait que les absoudre.

Pour qu'il y ait une véritable démocratie et que l'on cesse de légiférer à tort et à travers, il faut rendre les individus derrière Big Brother directement et personnellement responsables de leurs décisions, au même titre que les citoyens eux-mêmes, les entreprises et leurs dirigeants. Ce moyen est concomitant à d'autres: élimination du financement public des dépenses électorales, élimination du respect obligatoire de la ligne de parti, représentation selon une liste proportionnelle (ou partiellement), élection directe du premier ministre, etc.

Les armes à feu

Certes nous pouvons vivre sans armes à feu comme nous pouvons vivre sans automobile. À la limite, nous n'avons pas besoin de grand-chose si nous sommes en prison ou un malade chronique dans un centre pour personnes âgées. Mais je n'ai jamais vu quelque utilité que ce soit dans l'enregistrement annuel d'une automobile; quant au permis de conduire, si c'est pour attester que nous savons conduire, il pourrait être émis à vie à l'instar du certificat du chasseur (requis pour obtenir un autre permis... le permis de chasse). Où va-t-on s'arrêter dans la multiplication des permis qui ne sont réellement qu'une taxe donnant le droit de pratiquer une activité? De quel droit l'État prend-il le droit de nous accorder des droits? Poser la question, c'est démontrer l'absurde de la société à l'envers fabriquée par les étatistes.

Nous apprenions au début d'avril que Serge Ménard, notre ministre des Relations avec les Hell's (Cf. Québécois libre no 79), a approuvé au coût de 2 M$ le remplacement des révolvers .357 Magnum des 3 700 policiers de la Sûreté du Québec par des pistolets semi-auto 9 mm comprenant chacun 3 chargeurs de 17 cartouches chacun. Pourtant il y dix ans la SQ avait été placée devant le même choix et elle avait préféré le calibre .357 pour sa puissance. Et elle avait raison. Mais un révolver n'a que six coups. Tous les chasseurs de gros gibier savent bien que si vous manquez la cible avec le premier coup vous n'aurez pas le temps de bien viser pour le deuxième (et même vous n'aurez pas le temps de tirer un deuxième coup). Mais les policiers ne sont pas des chasseurs. Se pensent-ils des Rambo, ou font-ils si peu confiance à leur performance de tir, ou voient-ils des Hell's partout, qu'ils ont besoin de 51 balles pour se sentir en sécurité? La population va-t-elle se sentir plus en sécurité qu'auparavant compte tenu que la SQ arrive après le fait sur la scène d'un crime et qu'avec la Loi sur les armes à feu l'intention avouée des politiciens et de certaines coalitions de chialeurs et chialeuses est de la désarmer afin de laisser le champ libre aux bandits?

Pour tuer une mouche, certains bien-pensants n'hésiteraient pas à détruire tout ce qu'il y a autour. En 1995, lorsqu'Allan Rock (le nom a peut-être fait l'homme) défendait la loi C-68, il se trouvait à Montréal un Gilles Lesage, éditorialiste au Devoir, pour se moquer de «la sacro-sainte liberté individuelle» au nom de sa conception du bien commun. Selon la Fapaq (Société de la faune et des parcs du Québec) 394 000 résidants du Québec ont pratiqué la chasse en 1999. C'est ce chiffre que cite la SQ pour dire qu'il y a 400 000 propriétaires d'armes de chasse au Québec. Ce nombre est sous-estimé puisque 900 000 certificats du chasseur sont encore valides et j'ai connu des gens qui possèdent des armes de chasse sans avoir jamais pratiqué la chasse. Le site Web du Centre canadien des armes à feu, un centre qui compte 1 700 employés (près de la moitié du nombre de policiers de la SQ), saute sur n'importe quel fait divers pour justifier sa loi en assaisonnant ces faits de demi-vérités et d'interprétations biaisées.

Gary Mauser, professeur à l'Université Simon Fraser, estime que le coût cumulatif (d'administration seulement) de la loi sur les armes à feu atteindra un milliard de $ cette année alors qu'il était estimé à seulement 85 M$ par le gouvernement fédéral en 1995 (Cf. Gary Mauser, Firearm registration in Canada : «Firearm registration is ineffective, impractical, and horrendously expensive».

Cette loi est inspirée par la paranoïa, tous les propriétaires d'armes à feu, généralement pour des activités sportives (d'autres sont des collectionneurs), étant désormais considérés comme des criminels en puissance. Le questionnaire pour l'obtention d'un permis ressemble à celui qui prévalait pour un permis d'armes à autorisation restreinte. Ce dernier a été élargi aux armes dites sans restrictions avec la nouvelle loi. Si on a porté plainte contre vous, si vous avez été traité pour une dépression, pour des «problèmes comportementaux», avez perdu votre emploi, votre demande fera l'objet d'une enquête approfondie. Les policiers, qui souvent (j'en ai fait l'expérience) ne peuvent pas écrire une ligne sans faire de fautes, et qui font souvent la preuve dans leur zèle (ce n'est quand même pas un métier de tout repos) qu'ils souffrent eux-mêmes de troubles comportementaux (agressivité, état dépressif, leur taux de divorce est élevé), se présentent en juges de nous tous. Il y en a un (du Grand Quartier Général de la SQ) qui a déjà téléphoné à mon épouse pour lui demander si tout allait bien avec moi. Elle-même a son AAAF et elle lui a répondu que ce n'était pas de ses affaires.

Malgré ce qui précède (c'était pour mettre les points sur les «i»), cette loi vient des politiciens et des chefs de police (nommés par les politiciens) qui l'ont soutenue, pas réellement de ces nombreux policiers qui veulent entretenir des relations amicales avec leur milieu et qui ne méprisent pas la population des gens honnêtes. D'ailleurs, il y a un vent de désobéissance civile qui se dessine et qui est toléré par les policiers et par les agents de la faune. Ils réalisent eux aussi que cette loi est inapplicable.

Depuis 1978 avec l'introduction du certificat d'acquisition d'armes à feu (le AAAF) la législation a été de plus en plus contraignante. Quand tous les étatistes vont constater que la loi C-68 n'a pas les effets qu'ils souhaitent, il est à parier qu'il en demanderont encore plus.

Donc, on n'est pas sortis du bois! Mais ce qui est encourageant, c'est que de plus en plus les gens ordinaires s'interrogent et se méfient des politiciens étatistes. C'est bon signe.

Cet article a été publié dans Le Québécois Libre le 14 avril 2001
Retour au sommaire >>


Leçons du passé : Voyage au bout de l'enfer

Il m'arrive d'acheter des vieux livres. J'en ai même une petite collection. Leurs pages jaunies et souvent cassantes annoncent la découverte et suggèrent le respect. J'ai décidé de parler d'une de ces acquisitions même si ce livre est peut-être introuvable. C'est le récit d'un voyage du journaliste français Marc Chadourne au pays de Staline en 1931: «L'URSS sans passion» (Librairie Plon, 1932), donc longtemps avant la publication du «Livre noir du communisme» (Éditions Robert Laffont, 1997) après que l'U.R.S.S. ait finalement ouvert ses archives en 1991. Plusieurs grandes idéologies totalitaires (religieuses ou politiques) ont leurs pages noires. Elles subordonnent toutes l'individu au collectif (nous avons à Québec et à Ottawa des apparatchiks au pouvoir qui partagent cette croyance) et il fallait en 1931 un certain esprit critique et un sens de l'observation pour ne pas succomber à la désinformation et à la propagande.

«Sans passion», pourquoi? «Parce qu'en un pays où l'on ne peut passer quelques semaines ou quelques mois que sous le contrôle et la surveillance quotidienne de ciceroni chargés de vous montrer le pour à l'exclusion du contre, de vous en mettre, comme on le dit, plein les yeux, vous ne saisirez le contre, si l'envie vous en est laissée, que par surprise et malgré eux. C'est à quoi répond une organisation comme l'Intourist, agence de tourisme en U.R.S.S. et branche du Guépéou» [le Guépéou (G.P.U) a succédé à la Tchéka en 1922 et a été remplacé par le N.K.V.D. en 1934]. Vous pouvez prendre des photos, certes, mais elles seront triées à la sortie et censurées. «Allez photographier une pauvresse qui tend la main. À Moscou un de mes amis s'y risqua. Il fut immédiatement appréhendé par un militionnaire au guet, entouré d'un attroupement agressif, mené au poste...» Si vous faites bande à part et que vous interrogez des citoyens, qui se savent eux-mêmes surveillés, vous risquez leur arrestation. «L'on me cita, à Tiflis [Tbilissi], le cas d'un brave Russe qui, ayant piloté de son mieux un journaliste américain, fut pour prix de ses services déporté en Sibérie.»

Au pays des Soviets, le mot liberté prend un sens orwélien. Il prend toujours un tel sens quand l'État contrôle un pourcentage important du PIB. «"Le communisme abolit les frontières», dit une pancarte à la frontière. «Aimable formule... Nulle frontière n'est moins facile à franchir que celle-ci, pour sortir ou pour entrer.(...) Bien heureux les citoyens d'U.R.S.S. qui obtiennent de leurs maîtres licence de voyager.» Il en est encore ainsi pour les citoyens de Cuba, de la Chine et de plusieurs autres pays avec qui le Canada est de connivence.

Ce voyage se situe au milieu du 1er plan quinquennal de 1928 où tout est orienté en fonction du Plan. C'est une grande fourmilière où même l'art doit se soumettre aux besoins du plan quinquennal (le piatiletka) et du catéchisme officiel. À la différence d'une fourmilière toutefois, les chefs n'hésitent pas à tuer leurs fourmis. Mais qui décide du plan et comment la production, ainsi centralisée, peut-elle s'ajuster aux besoins? Les besoins ont été définis en fonction de l'industrialisation, non pas de la consommation individuelle (qui est rationnée, et pas question de produire des bas de soie, des «instruments de perdition»!). Un plan, aussi parfait soit-il, ne pourra jamais remplacer cette bonne vieille «main invisible», où la demande vient directement des consommateurs, entreprises ou particuliers et où les prix ne sont pas artificiels et subventionnés. La planification a surtout produit des aberrations catastrophiques et on en a un petit exemple, ici au Québec, avec le système de santé quand on voit la ministre Marois, par exemple, être appelée à régler un problème de bain dans un hôpital de Québec!

L'U.R.S.S. a fait venir plusieurs spécialistes étrangers, des ingénieurs en particulier, pour essayer de combler son retard technologique. Pendant que le pétrole de Bakou était rationné à Bakou même et vendu contre des tracteurs importés des États-Unis (et à partir de 1939 vendu aux nazis), ces spécialistes recevaient un traitement de faveur. Ainsi, ces délégués italiens traités au caviar et qui «apportaient à l'U.R.S.S. avec les vœux de l'industrie fasciste ses offres de service. [...] Au prix de la ration de pain ce devaient être des agapes fort coûteuses. L'on ne pouvait songer sans quelque commisération à ceux qui faisaient queue sur le trottoir, pas bien loin de l'hôtel où nous étions.»

Industrialisation impliquait pour les communistes la collectivisation des terres, donc le déplacement de millions de paysans (les koulaks) et de leurs familles. À vol d'avion, Chadourne raconte avoir vu des villages entiers rasés ou inhabités pour faire place aux grandes fermes collectives. Ce qu'il décrit de ses visites d'usines donne son vrai sens à la dictature du prolétariat : l'homme transformé en machine, qui ne pense qu'aux machines, qui ne vit que pour produire et qui ne peut même pas protester. «J'ai parcouru l'U.R.S.S. du nord au sud mais il est une chose que je n'ai jamais vue, ni sur les bateaux de vacances de la Volga, ni dans les tièdes villes du Sud, ni sur la plage de Bakou où les bains d'hommes et de femmes sont séparés,--la chose qui, en tout pays, résume la douceur et la beauté de vivre : un couple enlacé.»

Chadourne est impressionné par certains travaux (gigantesques pour l'époque), tels ces barrages hydroélectriques et ces villes qui naissent sur le modèle architectural... des ruches d'abeilles. Les communistes ont aussi inventé les camps de concentration, avant les nazis, ce que Chadourne devine quand il parle de trois millions de paysans déportés pour déboiser des terres en Sibérie. Les excuser en disant qu'il ne s'agissait que d'abus équivaudrait à absoudre l'idéologie collectiviste sans comprendre qu'elle conduit nécessairement à de tels abus. En route vers la frontière polonaise, Chadourne relate ces propos d'un ingénieur allemand : «J'aime mieux chômer à Berlin que travailler ici--j'y laisse des amis. Écoutez... J'ai habité pendant deux ans à... (ici le nom d'une ville que la promesse faite ne me permet pas de citer) en face d'une prison. Et le coup d'œil que j'avais tous les matins de ma fenêtre était celui-ci : une queue de femmes, de vieux, d'enfants, devant la porte comme devant un magasin  cent, cent cinquante, quelquefois plus. Avec de petits paquets de nourriture dans des foulards ou des mouchoirs, pour leurs maris, leurs frères ou leurs fils prisonniers. Ils attendaient quelquefois une nuit entière au froid. Et quand on ouvrait, et que, l'un après l'autre, ils venaient déposer le paquet pour leur parent, une fois sur quatre le garde faisait "non" du doigt. Ils savaient ce que cela voulait dire : l'homme fusillé dans la nuit... Vous comprenez leur enthousiasme... Ils n'ont pas le choix.»

De retour à Paris, Chadourne termine son livre en disant : «Je respirais. Est-il un autre air où des Français puissent vivre?--À la liberté !»

À sa mort en 1953, Staline avait encore des admirateurs inconditionnels. Je vous cite un court extrait d'une homélie pour l'occasion de l'écrivain Louis Aragon, un défenseur du réalisme socialiste en littérature (entendez : du roman à thèse) : «Hommes, tout simplement, nous lui devons d'avoir rendu au grand souci de l'homme sa place aux yeux de tous ceux que les sociétés inhumaines voulaient réduire au rôle de machine. Nous lui devons d'avoir pris la tête de la cause de tous les hommes, qui a deux noms : la Paix et le Bonheur.» J'aurais pu donner des extraits plus lyriques, mais enfin... Chadourne avait démontré le contraire en 1932. J'ai trouvé récemment cette phrase révélatrice sur le site internet du Parti communiste français; c'est un commentaire sur «Le libre noir du communisme», publié en 1997 : «Le communisme, selon Marx, et bien avant le stalinisme, c'est un mouvement réel qui dépasse l'état des choses existantes.» Eh bien, il les dépasse tellement qu'il les détruit. Plusieurs sont encore hypnotisés par des idéologies qui s'apparentent au totalitarisme : ainsi, notre premier ministre provincial lorsqu'il prétend défendre l'intérêt général en imposant la fusion de municipalités, tous ses apparatchiks de la santé publique, tous les défenseurs de la loi C-68 sur les armes à feu, le collectif contre la pauvreté, le gouvernement québécois lui-même qui a un mépris viscéral de la protection des renseignements personnels, et j'en passe.

KhatchaturianCe n'est pas parce que Leni Riefenstahl (pour les nazis) ou Eisenstein (pour les bolchéviques) étaient de bons cinéastes que leurs régimes respectifs sont justifiés pour autant [le film du russe Nikita Mikhalkov «Anna» de 1993 fait une bonne critique de la propagande et il termine par ce message que le véritable espoir, c'est dans les petites patries]. Tout devait concourir à la justification de la cause. Ceux qui ne respectaient pas la ligne étaient ramenés à l'ordre, souvent brutalement. Ainsi, Aram Khatchaturian, ce compositeur soviétique d'origine arménienne a été violemment dénoncé en 1948 pour son «formalisme bourgeois» et ses «tendances antipopulaires». Si j'en parle ici, c'est aussi que mon épouse Claire (qui est infirmière) était sur le même avion que lui en janvier 1972, de Paris vers New-York. Peu après le départ, l'équipage a demandé s'il y avait un médecin ou une infirmière à bord. Claire s'est présentée et a réalisé qu'il faisait une crise cardiaque; elle lui a fait prendre une pilule de nitroglycérine, ce qui l'a soulagé graduellement, et elle a été à ses côtés pendant les cinq heures du vol (la traversée n'était pas aussi rapide qu'aujourd'hui à l'époque). Il avait bien sûr son escorte, peut-être là pour le surveiller (on ne laisse pas un tel homme se rendre seul à l'étranger...). Khatchaturian lui a envoyé sa photo dédicacée par la poste. Je montre à droite un montage du recto et du verso sur la même photo. Il est l'auteur, en 1955, de Spartacus (une Suite pour ballet), un an avant que Khrouchtchev dénonce le stalinisme. La révolte des esclaves est un thème favori des marxistes mais Khatchaturian l'interprétait probablement dans un autre sens.

Cet article a été publié dans Le Québécois Libre le 9 décembre 2000.
Retour au sommaire >>


Quand les mots perdent leur sens :
critique du Newspeak des étatistes

Le langage est devenu, avec l'évolution de l'espèce humaine, un moyen d'expression perfectionné, non seulement de la pensée mais aussi des sentiments. C'est l'usage et l'adaptation dans le processus de l'évolution qui a créé et développé ce moyen d'expression. La communication n'est pas restreinte au langage parlé ou écrit. Il y en a d'autres, qui font appel aux autres sens. Le message visuel demeure important. [Les animaux ont aussi une capacité sensorielle considérable et il est maintenant démontré que leur cerveau peut même penser]. Toutes les formes d'expression peuvent toutefois se prêter à la déformation. Des photos célèbres ont même donné lieu à des montages (Voir le livre «Les cent photos du siècle»). La publicité utilise les trucs de la propagande; là, on vend un produit; ici, une idée. Dans les deux cas, il y a association d'idées, d'images, de messages, qui cachent le contre sans nécessairement montrer le pour. La désinformation va plus loin que la propagande : elle ment, alors que la propagande, en soi, ne ment pas; la répétition du message joue un rôle crucial dans les deux cas et dans les deux cas l'on vise l'hypnose de la clientèle visée, l'amener à croire au lieu de réfléchir (réfléchir implique une relation bi-directionnelle entre les faits et leur interprétation).

Il est souvent difficile de ne pas se laisser influencer par les messages qui nous sont catapultés de part et d'autre et surtout de distinguer le vrai du faux, de remarquer la supercherie, de déceler sous la subtilité d'un message la fausseté du raisonnement ou l'intention de duper. La propagande et la désinformation misent beaucoup sur l'ignorance de la clientèle visée. Pour qu'elles atteignent leur but, elles doivent donc autant que possible monopoliser les moyens de communication. C'est pourquoi la censure et la mainmise sur les médias caractérisent les États totalitaires.

Mais il n'est pas nécessaire que l'État soit totalitaire pour qu'il obtienne un certain succès dans la désinformation, dans la manipulation de l'information à ses propres fins, dans la propagation de messages (à même les impôts payés par tous les payeurs de taxes) pour justifier ses interventions, ses politiques, et pour accorder des privilèges à ceux qui se prêtent à un tel jeu. L'État dispose au départ d'un énorme budget de publicité. Chaque ministère a sa direction des Communications où l'information et la propagande s'entremêlent subtilement pour être mieux vendue à la population. Il dispose aussi de nombreuses tentacules dans toutes les sphères d'activité, via ses subventions, ses privilèges fiscaux, ses «intervenants» que l'on retrouve partout comme une sorte de brigade de choc chargée de veiller sur nous, et de façon plus générale sa «Nomenklatura» (ses directeurs de la santé publique par exemple) qui propage les messages du gouvernement en utilisant le même langage biaisé.

Or, ce langage s'apparente au Newspeak, un mot inventé par George Orwell dans son roman «1984» (publié en 1946) pour désigner le vocabulaire imposé par Big Brother. Le Newspeak c'est, à proprement parler, un langage... impropre. Plus précisément, quand les mots ne correspondent pas à la réalité, quand les mots sont remplacés ou que leur sens est modifié, le seul résultat recherché ne peut être que d'effacer la mémoire, de manipuler les comportements (c'est ce que fait, avec toutes les bonnes intentions du monde, l'ingénierie sociale), d'éliminer l'esprit critique et l'opposition aux visions des étatistes.

L'inventaire qui suit est loin d'être exhaustif mais ces quelques exemples vont permettre d'illustrer ce qui précède :

1) Dénonçons d'abord l'obésité maladive non seulement de l'appareil gouvernemental et de son fonctionnement mais aussi de ce qu'il produit : des législations de plus en plus complexes et un labyrinthe de procédures où le citoyen ordinaire est de plus en plus perdu et perd un temps considérable à connaître les règlements et à s'y conformer. Ceci se traduit évidemment, pour ce qui est du Newspeak, par des dénominations d'une longueur à n'en plus finir, même lorsque les grands penseurs bureaucrates tentent de les résumer par des sigles! Exemple : Les CLSC et les CHSLD de la MRC xyz.

2) En deuxième lieu, je dénonce l'usage généralisé du mot «réforme» dans tous les changements que fait le gouvernement. Toutes ces prétendues réformes sont réellement pondues à l'interne, par les intervenants du gouvernement et le gouvernement lui-même qui décide de confier aux gribouilleurs à sa solde (dont un nombre imposant de conseillers juridiques) la rédaction des changements selon les objectifs qu'ils ont définis. Si le citoyen est interpellé dans ce processus (par des «consultations» manipulées), c'est seulement pour donner l'apparence de la démocratie. Une réforme doit en principe conduire à une amélioration majeure. Or, ce que l'on constate, c'est que le mot sert réellement à donner une image positive de changements pour la plupart discutables et qui réduisent de plus en plus la liberté des citoyens. Un mot plus juste serait rétrogression, telle la réforme de l'éducation du ministre Legault ou la réforme municipale de la ministre Harel.

3) Que dire aussi de l'emploi abusif du mot «public» dans le but évident de sacraliser et d'auréoler tout ce que fait le gouvernement ? On peut dire qu'un endroit est «public» quand il est accessible à tous (mais pas à tous en même temps...); mais qui a-t-il de public dans la santé, dans l'éducation? Des expressions telles que santé publique, instruction publique, terres publiques, intérêt public, bien public, fonction publique, secteur public, ont bien sûr fait leur chemin dans le vocabulaire courant (le dictionnaire ne fait que consacrer l'usage) mais elles sont toutes inexactes. L'adjectif donne au nom une qualité qu'il n'a pas. C'est une abstraction qui correspond peu à la réalité. La réalité, c'est que ce que les moines du collectif définissent comme public démontre sa plénitude d'incompétence quand il y a absence de concurrence avec le privé, et par privé comprenons tout ce qui est produit par l'initiative des individus et d'entreprises qui ne dépendent pas de transferts gouvernementaux pour prendre en charge leur avenir. Le public ne peut pas se définir de lui-même. L'intérêt public ou l'intérêt général est irréel. Ceux qui prétendent le défendre sont les premiers à refuser d'en discuter car cela impliquerait qu'on puisse discuter de leur définition de l'intérêt général. Au lieu de dire «directeur de la santé publique», pourquoi ne pas dire «directeur de la santé», tout simplement? Ce serait moins prétentieux. Ces petits directeurs fascisants (qui se sentent sans doute inspirés par une vocation de sauveteurs de la race) succomberaient peut-être moins à la tentation de prétendre parler pour tout le monde. Autre exemple : les terres publiques n'ont de public que le nom; elles sont réellement des terres appartenant à tous les individus (via les impôts) et qui sont gérées (vaille que vaille, ce qui appartient à tous n'appartenant à personne) par le gouvernement. Pourquoi pas les terres de Jacques Brassard ou si vous préférez les terres du gouvernement, ou les terres pillées selon le bon plaisir de l'État omniprésent, omniscient et Tout-Puissant. Ce n'est pas un hasard si l'on parle maintenant d'un gouvernement mondial à son image. Comme un virus, il se propage d'État en État et il veut généraliser pour tous ces États maladifs et gangrenés un modèle d'État mondial où les citoyens seraient encore plus éloignés des centres de décision. Je profite de l'occasion pour saluer mon public !

4) Que dire du mot «collectif» ? Tout comme le mot public, les étatistes emploient collectif pour abaisser tout ce qui ne l'est pas et justifier leurs privilèges d'apparatchiks ou de syndicalistes. Le summum de l'idéologie collectiviste est atteint dans l'expression «richesse collective» utilisée par des péquistes, des libéraux, et même ... des adéquistes pour désigner la production de tous les secteurs de l'économie. C'est comme si cette richesse leur appartenait et qu'ils pouvaient en disposer comme bon leur semble. C'est la théorie des prix (ou de la valeur), à la sauce marxiste, que l'on retrouve dans Le Capital de Karl Marx, qui nous est inculquée hypocritement, mais efficacement, au moyen de la désinformation et de notre «système» d'éducation, pour nous dire que tout ce que nous faisons appartient à l'État, non pas à nous-mêmes. Or, ce que nos petits étatistes locaux ne veulent pas comprendre (imaginez ce que leurs semblables font à grande échelle), c'est que l'exercice de la démocratie est indissociable d'un régime privé où peuvent éclore toutes les initiatives.

5) Et cette expression sortie de la pensée globalisante et collectiviste : les «choix de société» ou les «projets de société» ? Il ne faudrait pas, semble-t-il, en discuter, parce que ce sont des acquis (comprenez des privilèges). Le monde immuable des chérubins et des séraphins a été remplacé par celui de l'État dans le langage soi-disant révolutionnaire, mais combien sclérosé, de la pensée étatiste. Les «projets» ont été légiférés, au mépris de toute opposition ou si ce n'est de toute mise en garde, ils sont devenus des «choix» qu'il ne faudrait plus questionner. Ces gens-là nous disent : ne touchez pas aux taxes qui sont nos revenus ! Ne touchez pas à toutes les législations qui nous permettent d'augmenter nos revenus (donc de voler la population) et de faire de nous un monopole dans les services financés par les citoyens ! Il ne faudrait pas questionner ces choix-là ? Mais voyons, il faut toujours remettre en question ces choix d'autant plus qu'ils ont souvent été faits sans que la population ait été pleinement informée des alternatives et consultée adéquatement. Voilà donc l'affirmation d'un véritable esprit dialectique, celui qui ne sert pas qu'à justifier une seule face de la médaille...

6) Un petit... mot sur l'expression «volonté politique». La règle de la majorité dans un régime démocratique peut conduire à la négation des droits de la minorité, en particulier lorsque les élus n'ont pas obtenu de mandat clair pour effectuer les changements qu'ils font par la suite et que ces changements briment des droits fondamentaux comme celui par exemple des citoyens, dans le cas des fusions municipales, de décider de leur propre gouvernement. Dans le langage crochu des étatistes, le gouvernement ferait preuve de «volonté politique» quand il introduit des changements quelle que soit l'opposition à ces changements. L'État interventionniste est par définition un État qui s'impose. La volonté politique n'est plus l'expression de la volonté du plus grand nombre de citoyens mais plutôt celle du chef de gouvernement qui impose, contre toute opposition, les désirs de certains groupes de pression. L'expression est utilisée pour louanger le gouvernement mais elle a un sens dictatorial dans les faits. Demander au gouvernement qu'il ait le «courage de gouverner» c'est l'absoudre au départ de tous les abus de pouvoir.

7) Je termine brièvement par d'autres expressions agaçantes et colorées. «Travailleur social», ça fait pédantesque n'est-ce pas ? Ce sont des techniciens en sociologie. Nous sommes tous des travailleurs... sociaux, à plus ou moins grande échelle. «Agents de conservation de la faune» ou «Agents de protection de la faune» : quand ils ne s'occupaient que de chasse, on les appelait gardes-chasse; pourquoi pas «gardes-faune» pour éviter la confusion avec les produits de conservation ou tous ces agents du gouvernement qui sont tous là pour nous protéger ?... «Travail au noir» : ceci exprime l'intention des étatistes de vouloir tout taxer, y compris (s'ils en étaient capables) le travail domestique (le travail que vous faites pour vous-même, dans vos loisirs). Pourquoi pas «travail non taxé» ? «Mandarins de l'État» : pour qui se prennent-ils ? Ceux qui les ont côtoyé ont peut-être réalisé que nos mandarins sont plutôt des téteux du parti au pouvoir (et qui agissent comme un État dans l'État). Ah! Un petit mot sur «Assemblée nationale»... Si on définit généreusement (et non pas de façon restrictive) la nation comme étant l'ensemble des individus sur un même territoire, il faut bien admettre que l'assemblée nationale est loin d'être la réunion de tous ces individus et que seule une partie (la minorité) y exerce le pouvoir. En raison du régime électoral, une forte proportion n'est pas représentée. «Chambre des députés» serait plus... représentatif.

Cet article a été publié dans Le Québécois Libre le 6 janvier 2001.
Retour au sommaire >>



Les réinvestissements de l'État :
un pillage de ce qu'ils appellent leur «richesse collective»

Le vocabulaire du Newspeak (ou Novlangue) s'enrichit constamment, plus à vrai dire par le viol généralisé du sens des mots d'usage courant que par l'invention de nouveaux mots (le Newspeak de George Orwell, ou même le Doublespeak, étaient plus riches à cet égard).Malheureusement je ne peux pas (faute de temps et d'argent) créer un Office permanent de l'anti-Novlangue (l'OPAN), et encore moins de l'anti-étatisme.

Ceci dit, mes tripes font quelquefois soubresauts quand j'écoute les idiophones du ministère de l'Éducation... (c'est extrait du nouveau dictionnaire des instruments de musique du gouvernement), mais surtout lorsqu'on nous canonne les oreilles avec les réinvestissements. Il s'agit bien sûr des réinvestissements dans l'éducation, dans la santé, et généralement dans toutes les dépenses gouvernementales que les étatistes (et les futures vedettes étudiantes de l'étatisme, déjà recherchées par le PQ, les syndicats, «et influenza») veulent augmenter en pillant ce qu'ils appellent la «richesse collective». Le réinvestissement dont ils parlent, c'est de remettre ces dépenses à un rythme de croissance plus conforme au gaspillage dont nous sommes encore des témoins souvent impuissants. Ils veulent que ce soit les politiciens et fonctionnaires qui décident de l'usage de la richesse que vous produisez, non pas vous-mêmes.

Quand une entreprise parle de réinvestissement, c'est qu'elle décide de prendre une partie de ses bénéfices pour accroître sa production. Le sens dans la Novlangue, c'est plutôt de vous prendre un peu plus d'argent pour le dépenser à votre place même s'il n'y a pas d'amélioration de la qualité des individus dans les domaines de la santé et de l'éducation (ils nous demandent de l'argent sans nous offrir de garantie de résultat)! Ces gens-là, sans même avoir appris à compter, nous demandent des centaines de millions de $ comme si cet argent leur était dû!

Il y a une semaine, le Parti de l'Action démocratique s'est joint à la cabale des culs de poule de la gauche et demandait au gouvernement du Parti québécois de respecter ses promesses à nos dépens en réinvestissant dans la santé et l'éducation. C'est quand même curieux pour un parti politique comme l'ADQ (ayant pour fondateur Jean Allaire) de demander à un gouvernement étatiste de respecter ses engagements. Personnellement je serais plutôt heureux si ce gouvernement ne les respectait pas, car le meilleur gouvernement est celui qui sera de plus en plus absent.

Nul doute que la santé et l'éducation peuvent être considérés comme des investissements, dans la mesure où un investissement est une consommation reportée à plus tard et qui donne un rendement, c'est-à-dire une compensation pour le report de la consommation dans le futur. C'est ce qu'on appelle un investissement... rentable : quand les fonds dépensés dans le présent sont orientés de telle façon qu'ils permettent une plus grande consommation dans l'avenir.

Tant mieux si, comme moi, vous êtes plutôt autodidacte; alors votre réinvestissement est doublement rentable : 1) pour vous, parce qu'il ne vous a coûté qu'un effort, un seul, sans devoir payer à un autre pour ses efforts à vous faire avaler ses connaissances; 2) pour les payeurs de taxes, au nom desquels d'ailleurs je vous envoie leurs remerciements pour ne pas être des esclaves quand vient le temps d'acquérir des connaissances! Vous n'êtes pas, comme la majorité des gens, des esclaves de l'enseignement : vous avez appris... à apprendre. Bravo! Car l'enseignement de base, apparemment, c'était ça qu'il devait vous apprendre. L'enseignement de base devait vous apprendre à apprendre, à progresser dans la vie en étant capables, de vous-mêmes, sans biberon pour les gens âgés, à acquérir toutes les connaissances dont vous avez besoin (et croyez-moi, c'est un univers infini). Vous avez donc réussi! Félicitations! Plus besoin de la cote de François Legault (de toutes façons, elle ne vaut pas grand-chose puisque votre passage serait assuré même si vous échouez!)

Le discours des étatistes part de cette fausse prémisse que l'argent est gratuit, qu'il n'a pas de coût, puisque ce n'est pas le leur et qu'ils n'auront pas à le rembourser. Évidemment, ce qui crée l'illusion de la gratuité c'est que ces fonds sont prélevés par l'État de façon impérative, sans qu'il ait un intérêt à payer aux contribuables (et de toutes façons il ne pourrait pas payer d'intérêt autrement qu'en prélevant plus d'impôt). L'investissement dit public en santé et en éducation, principalement, est considéré comme une dépense courante où toute dépense est justifiée, où le besoin crée automatiquement la dépense. Le seul critère a toujours été, selon la dynamique même de la croissance des dépenses gouvernementales, la capacité de l'économie à absorber les impôts, le gaspillage, et l'incurie. Dans un tel régime l'allocation des fonds ne peut pas se faire dans le sens du meilleur rendement. Les décisions sont prises à la soviétique, de façon bureaucratique. L'investissement public exige un acte de foi dans le bon jugement des politiciens et des fonctionnaires, un acte de foi qui s'est avéré très coûteux par le passé.

Ainsi donc, les réinvestissements exigés par la Novlangue sont réellement un chèque en blanc que les étatistes vous demandent pour préserver et accroître leurs salaires, pour préserver leur monopole en santé et en éducation et pour vous en redemander encore plus en ... réinvestissements dans quelques années sinon dès l'an prochain, parce que bien sûr ça n'ira jamais bien avec eux et ils manqueront toujours d'argent.

Que faire pour briser le fonctionnement de cette vis sans fin (i.e. plus de dépenses gouvernementales conduisent à toujours plus de dépenses gouvernementales)? La solution immédiate c'est, bien sûr, de leur couper les fonds d'un ordre qui ramènerait par exemple les dépenses gouvernementales de 45% à un maximum de 30% du PIB d'ici 10 ans. Mais foncièrement, pour que les décisions aient une certaine permanence, il est urgent de revoir les mécanismes de fonctionnement des choix publics.

Cet article a été publié dans Le Québécois Libre le 17 février 2001.
Retour au sommaire >>

Pour que le peuple gouverne

Si vous êtes un auditeur de l'émission «1045, rue des Parlementaires» sur le réseau de Télé-Québec, vous avez peut-être l'impression que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et que tous, du bas au haut de l'échelle de l'appareil politique, travaillent avec une seule préoccupation : l'intérêt public. L'intérêt public sert à justifier bien des choses. Qu'est-ce qui ne va dans notre régime démocratique? Pourquoi sommes-nous si nombreux à être déçus de la politique et des politiciens? Nos députés et ministres souhaitent une hausse de salaire; ils parlent même d'équité salariale avec les cadres de la fonction publique qui sont sans doute trop bien payés pour faire ce qu'ils font : justifier les politiques gouvernementales. Certes, les politiciens sont mal payés mais ils ne sont pas redevables autrement que par la perte de ce salaire pour les conséquences négatives et coûteuses de leurs législations. Comment donc les rémunérer selon leur performance (car après tout c'est ce qu'ils veulent pour nous tous)?

L'application du cadre d'analyse économique aux problèmes des choix publics permet d'apporter plusieurs éléments de réponse. C'est ce que font les économistes Michel Boucher (Ph.D. London School of Economics) et Filip Palda (Ph.D. Université de Chicago) dans un livre intitulé "Ici, le peuple gouverne" (Éditions Varia, 2000). Les auteurs s'inspirent de l'analyse des choix publics; les recherches de l'école du "Public Choice" ont été initiées par l'économiste américain James Buchanan, lauréat du prix Nobel.

Je suis obligé de résumer donc, forcément, de simplifier. Qu'est-ce que la démocratie? En théorie, c'est un régime politique où les citoyens gouvernent. Mais en pratique ils gouvernent de plus en plus indirectement via des représentants qui les consultent une fois tous les quatre ans (sur un programme souvent imprécis) et dans un climat politique où les groupes d'intérêts ont le poids réel sur les décisions politiques. Les politiciens sont à la recherche de votes et sont donc avant tout intéressés par les résultats à court terme. La démocratie se situe entre l'anarchie et la dictature. S'il n'y a pas de recette magique ou unique, il y a par contre des moyens éprouvés permettant de montrer aux politiciens qu'ils ne doivent pas prétendre être les meilleurs juges de la «volonté du peuple».

L'information est à la base de tout choix éclairé. Or en politique, l'information est monopolisée par les groupes de pression et par le gouvernement, dont les partis politiques et la fonction publique. Les politiciens eux-mêmes dépendent d'une bureaucratie bien établie. Il est donc difficile pour le citoyen de distinguer objectivement le vrai du faux de toutes ces prétentions à la vérité. Outre l'impact à la hausse sur les dépenses gouvernementales, le coût des diverses mesures (fiscales ou budgétaires bénéficiant directement à tel ou tel groupe) est réparti sur l'ensemble des citoyens; d'autres avantages aux groupes de pression sont régulièrement consentis par les législations et la réglementation gouvernementale, affectant les prix payés par les consommateurs. Les bénéfices consentis sont très visibles alors que le coût sur l'ensemble l'est beaucoup moins et est le plus souvent escamoté par les politiciens. Le gouvernement justifie par exemple l'octroi de subventions par la création d'emplois, sauf qu'il camoufle les pertes d'emplois créées par l'argent soutiré des contribuables. Ces temps-ci, d'innombrables sangsues veulent accaparer leur part de nouvelles dépenses gouvernementales parce que le gouvernement dégage, pour l'instant du moins, un surplus. Pour favoriser la croissance économique, il importe plutôt de diminuer la part de l'État dans l'économie.

Des solutions :

«Au Canada, les différents paliers de gouvernement dépensent un peu plus de 45 cents sur chaque dollar gagné par les citoyens. Il s'ensuit que le seul pouvoir que détiennent les Canadiens sur près de la moitié de leur consommation est le dépôt de leur bulletin de vote, une fois tous les quatre ans.» Par contre, les consommateurs votent à chaque fois qu'ils achètent un bien ou un service.

1) Encourager la démocratie directe via, entre autres, le recours à des référendums. Les politiciens n'aiment pas les référendums parce que ceux-ci les obligent à partager le pouvoir. La raison officielle qu'ils donnent est une demi-vérité : le coût d'un référendum. C'est la réponse toute faite donnée par le chef du parti au pouvoir à un projet de loi du Parti de l'Action démocratique de Mario Dumont permettant aux citoyens, selon certaines conditions, d'initier des référendums. «En dépendant le moins possible des services d'un politicien, nous n'aurons pas à nous inquiéter de sa performance.» En consultant ce livre, notre premier ministre verrait que la démocratie directe peut s'exercer de multiples façons, selon des méthodes plus modernes, qui coûtent moins cher que 40 M$.
2) Améliorer la démocratie représentative en instaurant plus de concurrence en politique (entre autre l'intervention directe des citoyens lors d'une campagne électorale et une représentation qui ne favorise pas le bipartisme), en n'éliminant pas la compétition entre gouvernements (sous prétexte d'harmonisation) et en décentralisant les pouvoirs; un État central fort à Québec et à Ottawa ne peut que restreindre la liberté de choix.
3) Abolir les subventions aux partis politiques et éliminer les limites aux dépenses électorales; les règles actuelles au Québec favorisent les deux partis en place, donc le statu quo. «L'injection dans les poches de nos politiciens de dollars, pris à même nos impôts, pourrait en valoir la peine si nous savions que l'argent sert à informer les électeurs et à accroître leur confiance dans le système politique.» Mais ce n'est pas le cas. «Les lois électorales sont les règles du jeu que les politiciens établis peuvent écrire en leur faveur, aux dépens des aspirants.»
4) La razzia sur les biens qui appartiennent à tous, donc à personne, et sur les dépenses gouvernementales, est illustrée en économie par la tragédie des terrains communaux. Tous ont droit de faire paître leurs animaux de ferme dans un pâturage commun, sauf que personne ne veut assumer des frais d'entretien qui pourraient profiter à tous. Un autre exemple serait que si la nourriture vous est servie gratuitement dans un restaurant gouvernemental, tous ont intérêt à en profiter et il s'ensuit que la facture globale, répartie sur l'ensemble via des impôts, est plus élevée qu'autrement. Ou bien le gouvernement réglemente ce que chacun doit manger, ou bien chacun doit payer sa propre facture. L'introduction d'une législation garantissant le droit de propriété permettrait, dans la majorité des cas, de remédier aux situations qui pourraient justifier une intervention étatique, par la coercition.
5) Pour ce qui est de la fonction publique, le «sens du devoir» ne peut pas à lui seul conduire à une fonction publique efficace. La fonction publique est, comme les politiciens, un centre d'intérêt pour les lobbyistes. L'initiative, tout comme l'incompétence, n'y sont pas non plus traitées adéquatement. La fonction publique vit sous un régime de soumission où la liberté de parole est celle d'exprimer le point de vue de la direction. Afin de mieux juger de la performance de la fonction publique, les économistes Boucher et Palda proposent d'accroître la concurrence dans la prestation des services. Deux moyens : décentraliser le pouvoir des bureaucrates afin de multiplier les centres de décision et recourir, si les services s'y prêtent, à une sous-traitance concurrentielle (auprès de plusieurs soumissionnaires, au contraire de ce que fait le gouvernement actuel) pour mieux informer les citoyens sur les coûts. «Comment plusieurs centaines de politiciens, qui ne sont au pouvoir que pour quelques années, peuvent-ils prêter une grande attention à plusieurs dizaines de milliers d'administrateurs professionnels qui ont toute leur vie pour apprendre les complexités de la gestion gouvernementale?»

Certes, comme le disent les auteurs, des règlements sont nécessaires; plusieurs règlements sont d'ailleurs des règles de conduite indiscutable. Mais j'ajoute que nous sommes en train de créer une société de gens qui se demandent d'abord s'il y a un règlement quelconque pour telle action ou entreprise au lieu de se servir de leur jugement. Si aucune voiture de patrouille n'est en vue, la plupart ne respectent pas les limites de vitesse... Si ce n'est pas prohibé ou surveillé, est-ce nécessairement une action justifiée? Dans la plupart des cas au lieu de réglementer il serait préférable d'éduquer. C'est une façon de procéder qui donnerait de meilleurs résultats à long terme car nous aurions une population où la grande majorité (pas tous sans doute) agiraient comme des gens responsables au lieu de continuellement attendre que l'État (c'est-à-dire les bureaucrates, les politiciens et les groupes qu'ils représentent) agisse à leur place. Quand la grande majorité aura appris à se passer de l'État pour résoudre ses problèmes, nous pourrons alors dire que nous vivons en démocratie.

Comment obtenir des résultats puisque le pouvoir actuel ne peut pas, instinctivement, se délester de ses pouvoirs? La solution est simple. La résolution 13 en Californie est un exemple. D'autres méthodes ont été utilisées par Gandhi et par le mouvement de révolte anticommuniste dans l'ex-Tchécoslavaquie : ignorer les politiciens et créer un pouvoir parallèle.

Cet article a été publié dans Le Québécois Libre le 8 juillet 2000.
Retour au sommaire >>


«Le travail au noir c'est du vol» ?

C'est la phrase choc d'une publicité télévisée du gouvernement du Québec. Le gouvernement aime la publicité choc, comme si les gens étaient motivés uniquement par les sentiments et avaient perdu tout jugement. Il y a par exemple ce pauvre type qui tombe d'un édifice en construction pour ne pas s'être attaché et qui ne pourrra plus voir «sa belle Josée». Il y a maintenant cet individu masqué d'une cagoule qui se confie de ne pas toujours demander de facture. Or, le travail sans facturation fait partie des échanges quotidiens entre particuliers qui ne portent jamais de cagoules et ce que le gouvernement appelle "le travail au noir" est le plus souvent effectué par des gens à faibles revenus. Pourquoi cette paranoïa du gouvernement ?

Le travail au noir permet à ceux qui s'y adonnent de ne pas payer d'impôts et de recevoir en même temps des services gouvernementaux. Ce travailleur, selon les apparences, aurait volé les contribuables du montant qu'il aurait dû payer en taxes. Voilà pour le point de vue gouvernemental.

Passons maintenant à un autre point de vue :
L'autre volet, le voici: en pratique ce n'est pas aussi clair que ça que le travail au noir est du vol puisque les travailleurs au noir sont souvent des exclus du marché du travail par le fardeau de la réglementation gouvernementale (dans la construction par exemple). Les individus ne peuvent plus négocier entre eux du travail rémunéré sans être soumis à la paperasse et à des cotisations. En pratique, ce fardeau augmente le chômage. Le gouvernement n'a pas de leçon à donner à personne puisque lui-même soutire de l'argent de l'économie pour le redistribuer souvent à des personnes qui n'en ont pas besoin tout en se servant au passage. À combien se chiffre tout le gaspillage des fonds publics ?

Les contribuables pourraient aussi rétorquer à cette publicité qu'ils ne reçoivent pas en services la valeur des taxes que le gouvernement prélève en raison des inefficacités de la bureaucratie et du coût élevé de la main-d'œuvre à l'emploi du gouvernement. Donc en ce sens, l'État c'est aussi le vol. Voilà ce que le gouvernement devrait dire à la population!

mars 2000
Retour au sommaire  >>


L'interventionnisme: une politique infantilisante

Le Québec est devenu une société d' «intervenants». L'ambition ultime semble être de devenir un «intervenant», dans le réseau de l'éducation, de la santé ou comme fonctionnaire ayant obtenu la permanence dans un ministère. «Les gens les plus importants dans la société, ce sont les employés de l'État». C'est de Michel Chartrand lors d'une entrevue radiodiffusée le 24 février 2000 alors qu'il prenait parti pour les policiers bloquant les routes.

Qu'ils soient de gauche, du centre ou de la droite, même s'ils se battent entre eux, les étatistes pensent en réalité la même chose : que l'on peut sacrifier les individus aux «intérêts» de la collectivité. Ainsi la coercition est utilisée par tous les interventionnistes; dans tous les cas, l'État est l'instrument de cette coercition. La seule différence réside dans l'ampleur de la coercition et la gravité de la peine pour les «contrevenants». Les raisons les plus répandues pour une intervention accrue de l'État sont les «inefficiences» du marché, l'intérêt public, le chômage, la santé publique, la sécurité publique et l'argument de l'équité, lequel est utilisé sans nuances pour justifier le harcèlement fiscal. Il suffit que quelque zélé découvre une imperfection quelconque du marché pour que l'on exige une intervention de l'État sans se demander au préalable si l'intervention elle-même ne crée pas plus de problèmes qu'elle n'en résout.

Pour avoir voulu «créer des emplois», le Québec a le plus haut taux de taxation après Terre-Neuve. Plus le gouvernement se sert de la fiscalité pour modifier des choix économiques ou sociaux, plus le taux d'imposition doit être élevé pour dégager le même montant de revenus en taxes. C'est aussi simple que ça. Le coût de la santé publique sert couramment d'argument pour imposer de nouvelles contraintes (casque à vélo, législation anti-fumeurs, etc.). Malgré son incapacité à nous protéger contre les criminels, le gouvernement maintient une législation abusive sur les armes dites à autorisation restreinte et a étendu cette législation aux armes de chasse, faisant des millions de Canadiens et Québécois propriétaires d'armes de chasse des criminels en puissance. Qui plus est, par cette législation le gouvernement confie à des policiers le soin de juger si les propriétaires d'armes à feu sont potentiellement dangereux, pour des raisons aussi douteuses qu'une simple mésentente avec sa conjointe.

Le dirigisme gouvernemental conduit à un cul-de-sac et la priorité devait être accordée à la liberté de choix des individus, sans pourtant nier que l'État doit intervenir dans les domaines où le secteur privé ne peut pas remplir pleinement son rôle. Posons-nous la question suivante : si toute la société était un grand ministère quel serait le résultat ? Réponse : un véritable bordel d'inefficacité et de contraintes à grande échelle où toute la population serait occupée non pas à travailler et à avoir du plaisir mais plutôt à décortiquer les règlements, à apprendre comment s'y conformer et à remplir des formulaires d'autorisation!

mars 2000
Retour au sommaire >>


Le «modèle» québécois

On a beaucoup disserté sur le modèle québécois sans d'abord se demander s'il y a d'abord un tel modèle! Si la réponse est affirmative, force est de constater que l'expression est réellement pour consommation interne au Québec. Si on regarde la chose de haut, à l'échelle mondiale, la réponse est «non» ou du moins elle n'est pas plus «oui» que d'affirmer qu'il y a un modèle français, allemand, lithuanien, etc. Tous les pays industrialisés, même les États-Unis, ont connu une hausse importante de leurs dépenses dites publiques au cours des derniers quarante ans. Pour ce qui est de l'État comme «outil collectif», «outil de développement», «fiduciaire de l'intérêt collectif», «outil de nos solidarités», et j'en passe ! plusieurs nations ou peuples se sont servis de l'État pour atteindre certains objectifs, généralement sans succès et cette phraséologie n'est que de la «bullshit» pour justifier les intérêts des profiteurs de l'État. Dans les années 60 plusieurs personnes ont vu dans l'État québécois le moyen d'obtenir rapidement des résultats dans les domaines économiques, sociaux et politiques. Ce qui me surprend, c'est que plusieurs pensent encore aujourd'hui que l'État doit demeurer un tel moyen d'intervention privilégié. Ses défenseurs se retrouvent dans l'establishment syndical, dans la bureaucratie gouvernementale, dans tous les autres groupes qui reçoivent des avantages soit des législations, soit des dépenses gouvernementales, et dans les ministres du gouvernement qui sont bien sûr intéressés à conserver les avantages du pouvoir. Or, ce sont évidemment tous des gens qui profitent le plus des interventions gouvernementales. Les principaux bénéficiaires du discours nationaliste sont les hauts fonctionnaires, les fonctionnaires, les syndicats et les politiciens qui tous peuvent ainsi espérer, via un accroissement des pouvoirs du Québec, un accroissement de leur propre pouvoir. Les bonzes fédéraux à Ottawa font exactement le même raisonnement lorsqu'il demandent, dans la santé par exemple, plus de contrôle sur les transferts aux provinces.

Depuis quarante ans, le Québec a suivi un modèle de hausses de taxes, d'omniprésence de la bureaucratie, de réglementation abusive. Or, l'État n'est pas un moyen de développement économique et social. Au contraire, la preuve est faite qu'il est généralement un frein à un tel développement, que les services dont il s'assure le monopole ne peuvent que diminuer en qualité et en quantité.

Les gouvernements actuels, tant à Ottawa qu'à Québec, ont certes atteints le déficit zéro (et même plus), mais ils n'iront jamais plus loin que ce que leur dictent leurs intérêts politiques à court terme. Dans un article intitulé «La démocratisation : un enjeu majeur pour le modèle québécois», le vice-président du Bloc québécois (un ex-cadre syndical) écrit que «la question n'est pas moins ou plus d'État, mais un État meilleur pivot d'un modèle québécois plus démocratique» (Pierre Paquette, dans L'Action nationale de mars 2000). Dans cette optique, plus de démocratie signifie simplement renforcer le pouvoir des politiciens en «précisant les pratiques de concertation», ou encore «il faut trouver les moyens de revaloriser le rôle des élus et des institutions démocratiques et de les rapprocher des citoyennes et des citoyens». Un renforcement des «communautés régionales et locales» est rapidement écarté parce que «cette décentralisation est difficilement envisageable dans le cadre du fédéralisme canadien» : «elle affaiblirait l'État québécois face à l'État fédéral». Il y a aussi cette autre profession de foi, cette fois de Gérald Larose, ex-président de la CSN : «Dans ma proposition, c'est l'État, et lui seul, qui a la charge de produire les politiques publiques visant à la protection et la promotion du bien commun et d'en assurer le financement» (Source : Le Soleil, 10 juin 1999, «Le modèle québécois : ce que je crois»). Il y a quelque chose d'irréel dans cette phraséologie sur l'État ; ils en parlent comme s'il s'agissait d'un être vivant, d'une personne qui a une vie propre, d'une entité qui peut répondre à nos besoins, qui réfléchit et qui se situe au-dessus des intérêts particuliers. Chez ces idéologues, le Dieu État a remplacé le Dieu de la religion. «Demandez et vous recevrez !» C'est oublier que derrière «Big Brother» il y a toute la force des institutions en place, contrôlées en premier lieu par les politiciens, les hauts-fonctionnaires et aussi, quand l'État se veut de «gauche», par les chefs syndicaux. Les hauts-fonctionnaires ont plus d'influence dans la formulation des politiques et des législations qui en découlent que la population elle-même. Ceux qui contrôlent l'appareil étatique deviennent en quelque sorte une nouvelle classe dirigeante. Pour reprendre certaines expressions de M. Larose, ce «fiduciaire de l'intérêt général» que serait l'État s'est accaparé de nombreuses responsabilités pour assurer le soi-disant «bien commun». Il aurait mieux valu qu'il s'occupe uniquement de ce que l'on appelle en économie les «biens publics».

Que ce soit à Québec, à Ottawa ou ailleurs, il y a une dynamique dans les dépenses gouvernementales. Cette dynamique est créée par le processus des choix politiques. Quand il y a un problème quelconque, tous demandent à l'État-Providence d'intervenir sans se demander s'ils ne devraient pas, d'abord, prendre leurs propres responsabilités. L'explication (économique) tient à ce que les bénéfices que peut en retirer un groupe d'intérêts sont toujours supérieurs, pour ce groupe, aux pertes occasionnées à chacune des composantes de l'ensemble. Mais quand on additionne le tout, c'est le marasme total. Tous sont perdants. Ainsi va le Québec. Or, plus l'État est important, moins il y a de liberté, d'initiative, et plus il y a d'inefficacités. Le gouvernement prend une part importante (45%) de la richesse dans l'économie pour la redistribuer de façon inefficace. Le résultat net est un appauvrissement. Les impacts économiques qu'il dit créer, c'est après les avoir soustraits de l'économie. La taille de l'État ne se mesure pas seulement par le niveau des dépenses publiques ou, comme les ministres des Finances font quand il y a un déficit, par le pourcentage du déficit en proportion du PIB. Il y a aussi l'impact négatif des législations et de toutes les réglementations qui en découlent. Il y a finalement l'effet sclérosant d'un encadrement bureaucratique tentaculaire. En fait, non seulement l'État ne se donne-t-il pas les moyens d'appliquer toutes ses législations, il ne joue pas pleinement son rôle là où c'est essentiel (comme la justice) et intervient à tout moment là où il devrait tout au plus jouer un rôle de catalyseur. Aujourd'hui, maintenant qu'il y a un surplus budgétaire tous veulent s'accaparer le surplus : remettre plus d'argent en santé et en éducation et/ou baisser plus ou moins les impôts et/ou augmenter un peu plus les salaires des employés de l'État et/ou réduire l'endettement afin de diminuer la pression des frais d'intérêts sur les finances publiques et le transfert entre générations. Avec relativement peu d'argent et en peu de temps, on veut faire beaucoup. Le gouvernement a d'ailleurs choisi de faire un peu de tout en même temps et il a d'ailleurs commencé à distribuer avec largesse les surplus anticipés sans réduire la dette. Je tiens seulement à rappeler que si, au cours des trente dernières années, les dépenses courantes de l'État n'avaient pas été financées en partie par des emprunts (c'était la politique à la fois de Bourassa et de Parizeau : emprunter pour financer l'épicerie), malgré des hausses constantes de la proportion des taxes de toutes sortes dans le PIB, il n'aurait pas été nécessaire d'effectuer en quelques années, et souvent de façon arbitraire, un redressement des finances publiques dont la population n'a vu que les aspects négatifs. En demandant plus de Providence aux politiciens, on obtient ipso facto plus d'État et moins de bien-être.

mars 2000
Retour au sommaire  >>


Un Québec «libre»?

Le parti québécois a délaissé depuis longtemps le slogan «Québec libre» pour insister sur la «souveraineté-association», ou même plus récemment sur une forme de fédéralisme (qui sera de plus en plus centralisé) à l'européenne! Quels que soient les motifs du PQ, ce slogan ne collait pas à la réalité puisque dans un Québec libre il est fort douteux que les Québécois soient plus libres qu'auparavant. En fait, il est probable qu'ils soient moins libres puisque les perturbations découlant des changements de structure politique et administrative pourraient justifier un accroissement des contrôles et de la bureaucratie gouvernementale dont les seuls bénéficiaires seraient les bureaucrates et les politiciens du gouvernement du Québec. À ce chapitre, le parti québécois et (mais oui) le parti libéral du Québec sont des émules du parti libéral de Jean Chrétien. L'augmentation illusoire du bonheur «collectif» dans cette terre promise ne pourrait jamais compenser les pertes de bonheur individuel. Le parti québécois aurait été plus convainquant s'il avait fait ses preuves en tant que gouvernement provincial. Force est de constater que l'échec est lamentable. Certes, il y a une surenchère d'interventions générées par le conflit entre un gouvernement provincial dont l'objectif est la souveraineté et un gouvernement fédéral centralisateur; indépendamment de ce facteur, le fédéralisme donne aussi lieu à de nombreux dédoublements administratifs; même quand les responsabilités sont bien définies, toutes les bureaucraties et leurs maîtres politiciens cherchent inévitablement à accroître leur pouvoir. Finalement, il y a toute la problématique culturelle et historique. Il y a aussi un coût à parler français dans un univers anglophone. Au Canada, ce coût est assumé en partie par tous les Canadiens (toutefois, ceci ne signifie pas que le fédéralisme canadien constitue un avantage net pour le fait français). Bien sûr, ce n'est pas seulement une question d'argent mais cet argument ne compte pas tellement pour ceux qui vivent continuellement dans l'incertitude et qui ont un avant-goût de ce que serait un «Québec libre» dans l'incompétence des gouvernants qui en font la promotion.

Retour au sommaire >>


Retour au sommaire «Ce que j'en pense»
Retour à la page d'accueil