Le Pater Noster des étatistes:
«Ô dieu-État qui nous met dans tous nos états»

J'ai dû consulter un vieux livre de messe (ou missel...) pour me remémorer le Notre Père, que j'avais bien sûr appris par cœur vers l'âge de six ans... C'était alors le «Notre Père qui êtes aux cieux», puis c'est devenu, avec l'autocritique, le «Notre Père qui êtes dans les airs».

Cependant, pour plusieurs le dieu-État a pris la place du Dieu des religions, comme quoi le sevrage a été incomplet. Un psychanalyste dirait que ces pauvres gens ont besoin d'un substitut à Dieu.

Nous avons comme résultat un État omniprésent, omniscient et tout-puissant devenu une sorte d'être impersonnel, qui se nourrit de ses sujets, qui peut solutionner tous les problèmes (même l'obésité), que tous peuvent invoquer pour se faire aider en se manifestant (à ce titre, les Amérindiens ont eu plus de succès que les propriétaires d'armes à feu).

Voici les diverses manifestations de la statolâtrie:

--Nous avons l'État sanitaire (une pléiade d'interventions sont justifiées au nom de la santé qu'ils disent publique);
--l'État éducateur (ou sensibilisateur);
--l'État créateur d'emplois (après les avoir éliminés en taxant)
--l'État de lutte contre la pauvreté (ou l'État philanthrope, qui donne ce qu'il a pris à ses sujets);
--l'État protecteur de l'environnement et régulateur du climat;
--l'État protecteur de la qualité de l'information (CRTC);
--l'État-nation, bien sûr, qui fait valoir son ethnie;
--l'État policier et justicier;
--l'État olympique (la promotion du sport);
--l'État entrepreneur (principalement loteries, alcool, électricité, transport en commun);
--l'État régulateur, même par-dessus ses propres lois, qui gère le trafic dans tous les domaines, et dont on découvre toujours des vieux règlements d'il y a cinquante ans et plus. Si vous voyez moins de policiers sur les routes, c'est qu'ils sont à étudier les lois et leurs règlements... Tant mieux!

J'en ai sûrement oublié. Que penser de l'État procréateur, ou quasiment (politiques de natalité)? On se rapproche de plus en plus du monde décrit par Aldous Huxley dans The Brave New World: il n'y a pas encore d'incubateur ("hatchery") mais nous avons des conditioning centres (écoles, universités, médias).

L'État n'exauce pas toujours, du moins pas ceux qui demandent moins d'État... L'État des nouveaux Templiers ne fait pas encore de miracle, mais c'est comme si. Être des larbins de l'État est devenu la nouvelle religion de nos intellos bien-pensants. Pour eux, servir est à fois motivé par le devoir et le souci d'un bien commun que personne n'arrive à définir, mais que tous s'évertuent à concéder à l'État. Tels des missionnaires (ils se donnent d'ailleurs de nombreuses missions) ces larbins portent haut la flamme de leur olympisme éthéré pour, prétendent-ils, notre bien à tous.

Servir l'État, sans remettre en question (sinon c'est l'anathème venant des médias progressistes jusqu'à l'intervention de la police), mérite la médaille du bon citoyen, à l'exemple des religions qui promettent le Ciel.

Les étatistes ont créé un hydre qui s'autogénère de deux façons: 1. parce que chaque problème que l'hydre examine nécessite d'autres examens; non seulement faut-il au moins un fonctionnaire ou professionnel additionnel pour vérifier ce que l'un d'entre eux fait, mais en plus d'autres perfectionnements (qu'ils appellent des amendements à des lois) sont nécessaires; 2. les politiciens semblent justifier la productivité de l'Assemblée nationale par le nombre de lois qu'ils font; je préfèrerais que ce soit par le nombre de lois qu'ils abrogent;

Donc, sans plus tarder, voici la prière des étatistes, ou adorateurs du dieu-État, prière qui sera sûrement adoptée par les ingénieurs sociaux de tout acabit.

«Ô dieu-État qui nous met dans tous nos états»

Ô dieu-État notre outil de développement

Que votre nom soit respecté et déifié

Que votre règne s'étende à tout ce qui vit encore librement

Que votre volonté soit faite, avec l'aide de la police si nécessaire, jusque dans nos domiciles

Sans vous nous n'aurions pas notre pain de chaque jour (éducation, santé, routes, pensions, subventions, etc.)

Pardonnez-nous si nous vous offensons, mais seulement si nous revenons dans le droit chemin

Et veillez à ce que nous ne succombions pas à la tentation du néolibéralisme

Délivrez-nous de la liberté qui n'est que l'esclavage de nous-mêmes par nous-mêmes.

Ainsi soit-il.



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