Élections 2003 au Québec:
le 14 avril, pour quel parti ne pas voter?

Les trois principaux partis politiques au Québec se ressemblent à des degrés divers: même quête du pouvoir en promettant à tout vent des dépenses financées par les payeurs de taxes, à peu près la même conception de l'État comme solution à tous les problèmes (alors que l'État fait partie du problème). Un des trois se démarque toutefois des deux autres (c'est encore une question de degré) par son mépris de la liberté individuelle et sa volonté d'assujettir les individus à son intérêt collectif, à ses choix, à ceux de ses fonctionnaires et de ses larbins. C'est le Parti québécois.

Ce parti, qui se targue de parler au nom de tous les Québécois, a été élu aux élections du 30 novembre 1998 avec seulement 42,9% des voix exprimées (obtenant par contre 76 sièges sur 125), contre 43,6% pour le Parti libéral. Ceci n'a pas empêché Bernard Landry de déclarer, en février 2002, que «la patrie c'est le parti, et le parti c'est la patrie !» Une telle association entre le parti et la patrie est inquiétante et rappelle un certain discours de Rudolf Hess.

La fourberie politicienne

Je n'ai pas ici l'intention de disséquer les promesses des partis politiques, car même les moins farfelues ne justifient en rien l'intervention de l'État. Tous les partis ont multiplié les promesses alors que la ministre Marois disait le 11 mars, dans son Discours du budget, qu'en 2004 les finances seront serrées. Le Parti libéral est le seul qui, à court terme, a un programme crédible, même s'il est à court terme, reléguant donc à plus tard les vraies solutions. Tout sera à recommencer dans cinq ans. L'Action démocratique a mis de l'avant de meilleures idées, pour ensuite les remiser au grenier, et elle n'a pas de plan d'action à court terme. Or, ce sont les deux premières années du pouvoir qui comptent.

Je pourrais parler des diverses mesures existantes et promesses de soutien à la famille et de conciliation travail-famille. Plusieurs parents sont devenus tellement dépendants de l'État qu'ils ne veulent plus d'enfants sans en faire assumer le coût pour tout le monde. «Il n'y a pas assez de petites Clémentine au Québec», disait récemment Bernard Landry, sans comprendre que l'État a contribué au problème. Toutes les politiques de natalité n'ont fait que saupoudrer des fonds artificiellement. Il y a combien de couples séparés et divorcés au Québec, de familles monoparentales, de mères qui reçoivent une pension de leur conjoint (pension administrée par l'État), de conjoints d'un même sexe qui reçoivent maintenant une déduction fiscale de conjoint, les prestations de la Régie des rentes, etc.? Pourquoi les politiciens et fonctionnaires doivent-ils se mêler des choix individuels? Comment expliquer que l'État prenne la place de la famille, avec ses garderies par exemple? Comment expliquer que des gens paient des sommes considérables pour adopter à l'étranger? Peut-être que la réponse collectiviste (solidarité oblige...) à la natalité serait des «centres de procréation», à l'exemple de l'Allemagne nazie? Ce serait la suite logique des garderies à la soviétique, nos «centres de la petite enfance».

Le PQ se vante d'avoir atteint le déficit zéro pendant que la dette s'accumule et qu'il a camouflé un déficit minimum de 680 M$, au 31 mars 2003, par le jeu d'une transaction comptable avec la CSST. Il a aussi remis à plus tard une réduction des dépenses de 400 M$ pour financer les seules promesses faites le 11 mars (les élections ont été déclenchées le 12 mars). La réduction, selon le budget, sera de 500 M$ en 2005. C'est encore un déficit camouflé puisque rien ne nous assure de cette diminution des dépenses. Or, la promesse faite en novembre 1998 était que «le modèle québécois (...) est celui du refus des déficits et de l'endettement» (c'est extrait d'une page payée par le PQ, mais aussi par les payeurs de taxes, puisque c'est une dépense admissible à un remboursement). Évidemment, selon le PQ, la cause de tout cela, c'est que l'argent est à Ottawa!

La création d'emplois par le gouvernement? C'est de la foutaise. Les seuls emplois à temps plein qu'a créés le PQ sont ceux de ses fonctionnaires (17 000 depuis 1998) et des employés syndiqués qu'il subventionne à nos dépens. Depuis 1998, 80% de l'augmentation des dépenses est allée aux salaires de la fonction publique et parapublique. L'économie aurait sans doute connu une meilleure croissance s'il y avait moins d'étatisme et moins d'incertitude. Les emplois créés à coups de subventions ou de crédits d'impôts sont des plus précaires, contrairement à ceux qui seraient générés automatiquement par un environnement économique favorable.

Et que penser du crédit d'impôt aux vacances, ou du boni pour un bébé né après la fin des études, ou de la déduction fiscale des laissez-passer pour le transport en commun? Cette critique serait trop facile.

Abordons plutôt l'essentiel, c'est-à-dire deux aspects de la philosophie du PQ (en particulier le PQ, ce qui n'exclut pas les autres) qui déterminent tout le reste: 1. L'érosion des droits individuels en faveur du collectivisme et sa statolâtrie chronique; 2. L'idéologie nationaliste qui sert de justification à l'étatisme québécois.

Raison no 1 de ne pas voter PQ: son idéologie collectiviste

En novembre 1998 le PQ avait choisi comme slogan «Moi, j'ai confiance». Or, faire confiance aux politiciens c'est leur donner un chèque en blanc. Nous connaissons le résultat, entre autres pour ce qui est des fusions municipales forcées. Le Parti québécois a imposé des fusions de municipalités afin de renflouer les coffres de certaines d'entre elles, qu'il subventionnait déjà largement, tout en faisant payer le coût des fusions par tous les contribuables du Québec. Cette grande supercherie ne fera qu'étendre aux banlieues les problèmes des villes-centre.

Tant pour les individus que pour les municipalités le PQ applique la même médecine: si vous réussissez, de nombreux sbires et scribes ou gratte-papier vous accusent d'iniquité fiscale et vous êtes condamnés à payer plus de taxes. Dans tous les cas, vous êtes condamnés aux files d'attente.

La campagne électorale actuelle du Parti québécois a pour slogan «Restons forts !» Comme toile de fond à ce slogan il y a bien sûr l'État. C'est l'État qui doit rester fort, pour... notre bien à tous. Entendons: le bien de tous les groupes d'intérêts qui pensent sortir gagnants de cette solidarité décrétée et imposée; cette fausse solidarité camoufle toutes les inefficacités d'un régime de redistribution dont les principaux gagnants sont les salariés de l'État. C'est précisément parce que l'État est fort et qu'il y a trop de lois protégeant des groupes d'intérêts que nous sommes si affaiblis, non seulement en tant qu'individus mais aussi en tant que société.

Le 31 mars, lors du débat des chefs, Bernard Landry a déclaré que sa première priorité est l'amélioration de notre qualité de vie. Mais, pensons-y bien, ce n'est tout simplement pas de ses affaires! Le problème ici, c'est qu'il y a de moins en moins de gens que l'État québécois peut voler pour se payer et redistribuer. Il est en train de tarir sa source. Le PQ parle constamment du PIB (le produit intérieur brut) comme s'il s'agissait de sa richesse collective, dans laquelle il se donne le droit au nom de tous les quêteux collectivistes de puiser au maximum.

Le PQ a déjà été membre de l'Internationale socialiste, un pot-pourri de partis de la gauche à l'échelle internationale qui ont en commun des allégeances crypto-marxistes, un anti-américanisme chronique et une confiance absolue que le progrès ne peut venir que des décrets de l'État, non pas de la liberté individuelle.

L'idéologie du PQ repose sur la primauté des droits collectifs sur les droits individuels. La solidarité, dans cette optique, ne peut venir que de l'État (c'est-à-dire de ceux qui détiennent le pouvoir). La notion de droits collectifs est une abstraction collectiviste, qui s'inspire en particulier du marxisme mais qui a ses défenseurs dans tous les régimes dictatoriaux. Ces idéologues vivent dans un monde à l'envers, où leur volonté a préséance sur celle des autres. C'est une perversion du choix et l'opposition du PQ à la liberté de choix l'illustre bien.

Cette propension à voir dans l'État la solution à tous les problèmes démontre à quel point notre société est devenue décadente, car la force d'une société se mesure à la force de ses individus, à leur initiative, à leur degré de liberté, à toutes ses choses qui contribuent au bonheur collectif mais que le collectif ne peut créer qu'en faisant appel à la contrainte. Les étatistes ne cessent de nous programmer au moyen d'outils fiscaux, de subventions, de lois plus ou moins répressives, de règlements, de permis de toutes sortes. Le collectif que défend le PQ et ses semblables ne peut avoir que les forces d'une société de fourmis.

C'est en effet une société d'individus programmés pour saliver aux promesses des politiciens, où celui qui ose émettre une opinion contraire aux intérêts du collectif est frappé d'anathème (comme l'ont été les bons d'étude -- ou school vouchers -- de l'ADQ), où les individus sont classés comme sociables s'ils obéissent, et criminels ou paranoïaques, s'ils résistent (exemple: la Loi sur les armes à feu). La société que nous construit le PQ ne peut être que celle d'individus serviles, d'un peuple de quêteux des bénéfices distribués par l'État, d'une société où il faut obtenir un permis pour avoir le droit de faire quoi que ce soit. Je ne caricature pas. Nous vivons cette réalité qui devient de plus en plus envahissante.

L'aide aux entreprises illustre à quel point l'interventionnisme est une aberration. Cette aide peut prendre plusieurs formes: subventions directes, gestion de l'offre, crédits d'impôts, abris fiscaux, prêts sans intérêts, garanties de prêts. Dans tous les cas, elle permet aux entreprises ou aux secteurs visés d'augmenter leur rendement aux dépens des payeurs de taxes ou des consommateurs. Donc, des emplois sont créés; c'est ce que l'on voit et c'est ce que les politiciens nous étalent régulièrement. Ce qu'ils ne disent pas, c'est que l'argent n'est jamais gratuit et que si le gouvernement ne l'avait pas soutiré de l'économie il aurait servi à créer des emplois et permis d'augmenter le rendement des secteurs rentables. L'expérience de l'intervention de l'État dans l'aide aux entreprises est désastreuse quand elle n'est pas, au mieux, une mauvaise allocation des ressources.

La recette d'une économie dynamique ne vient pas des économies socialistes et planifiées mais plutôt de celles qui sont fondées sur le marché, ce qui suppose des taux d'imposition minimes, de mettre fin aux nombreux programmes de transferts, de subventions et crédits d'impôts, d'éliminer la paperasse réglementaire, d'abolir les monopoles en santé, en éducation, et tous ceux artificiellement créés par l'État dans les domaines du travail, de l'agriculture, etc.

Raison no 2 de ne pas voter PQ: son idéologie nationaliste

Le nationalisme et l'équation qui est faite entre l'État et la nation servent aussi à justifier les interventions de l'État québécois et de son modèle. L'État devient «notre outil de développement» en vue d'un Québec qui aurait tous les pouvoirs d'un État souverain, ou du moins d'un État associé dans un régime confédéral genre européen (qui est de plus en plus fédéral et bureaucratisé). Mais l'Europe est l'idéal de M. Landry. Cette souveraineté serait une étape nécessaire pour la préservation du fait français. Cette insécurité est elle-même entretenue au Canada par un fédéralisme centralisateur. L'un n'excuse pas l'autre. Le PQ nous promet donc un troisième référendum quand il aura réuni les conditions gagnantes avec l'aide, entre autres, de l'énorme machine de propagande gouvernementale financée à nos frais (avant la campagne électorale actuelle, le PQ a d'ailleurs fait produire par ses fonctionnaires et la Fédération des commissions scolaires des études politiques financées à nos frais et qui portaient sur des points du programme d'un parti de l'opposition).

Le 8 mars, à l'occasion d'un congrès d'orientation du PQ, M. Landry nous a demandé de lui expliquer «pourquoi la nation québécoise n'est qu'une simple province d'une autre nation». Nonobstant le fait que l'Alberta s'oppose à plusieurs politiques fédérales approuvées par le Québec du PQ, ma question à M. Landry est la suivante: qu'est-ce qui empêche le Québec, dans un cadre fédéral, de faire aussi bien sinon mieux que l'Alberta?

A priori, il n'y a pas d'objection de principe à ce que le Québec devienne un État souverain. Le Québec est aussi justifié de l'être que le Canada, les États-Unis, ou n'importe quel pays qui fait la pluie et le beau temps aux Nations-Unies (cette association de quêteux et de braillards). Mais le Québec devrait d'abord faire la démonstration, en tant que province, comme le fait l'Alberta, que les résidents du Québec seront plus libres dans un tel pays.

Le 31 mars, Bernard Landry a répété lors du débat des chefs qu' «on ne peut pas garder notre nation dans un cadre provincial». Mais pourquoi pas? Qu'entend-il par «nation», après qu'il ait dit aux Autochtones qu'il négociait avec eux «de nation à nation» et après avoir refusé la liberté d'expression aux résidents des municipalités fusionnées?

Serions-nous plus libres, en tant qu'individus (car c'est seulement en tant qu'individus que l'on peut sentir et apprécier la liberté), dans un Québec où le PQ aurait acquis tous les pouvoirs dévolus présentement à Ottawa? La réponse est bien sûr négative.

Le PQ veut récupérer toutes les taxes que nous payons à Ottawa, non pas pour nous les remettre, mais pour les dépenser selon les priorités que le gouvernement va définir pour nous. Les Québécois ne seront pas plus forts et libres dans un Québec libre qu'ils le sont maintenant. Au contraire, le risque est élevé qu'ils le seront moins en raison de l'absence de cette concurrence entre gouvernements dans un régime fédéral qui donne lieu à un certain arbitrage. Ce risque est accentué par la philosophie même du PQ et aussi par le fait que la souveraineté souhaitée, du moins dans sa période de transition, ne pourra que susciter des remous et de l'incertitude conduisant à plus d'intervention étatique. Les bénéficiaires réels d'un Québec souverain sous la tutelle du PQ seront les politiciens, les fonctionnaires et la petite mafia syndicaliste omniprésente. Et aussi la Police, elle-même syndiquée.

La souveraineté doit revenir à nous tous, non pas en tant que membres d'une collectivité quelconque, d'une classe sociale, d'habitants d'un même territoire, appartenant à un même groupe ethnique, racial, tribal ou national, mais plutôt à nous tous en tant qu'individus. Voilà la seule perspective véritablement humaniste (M. Landry se présente pourtant comme un humaniste; c'est facile avec l'argent qui ne nous appartient pas...), parce que cette perspective exclut le chauvinisme, le tribalisme, le racisme et qu'elle ne présente aucune ambiguïté totalitaire et collectiviste.

Pour devenir plus forts, il faut donc s'appartenir à soi-même plutôt qu'à un troupeau ou à l'État, au contraire de ce que propose le Parti québécois avec son slogan «Restons forts!»

Yvon Dionne

(publié dans Le Québécois Libre le 12 avril 2003)


Retour à la page d'accueil
Retour au sommaire «Ce que j'en pense»