Y a-t-il des vérités "révélées" ?
"I hope that every kind of religious belief will die out. I do not believe that, on the balance, religious belief has been a force for good. Although I am prepared to admit that in certain times and places it has had some good effects, I regard it as belonging to the infancy of human reason, and to a stage of development which we are now outgrowing." (Bertrand Russell, in a lecture on "Free Thought and Official Propaganda", in 1922)

Les textes sur cette page :

-Pourquoi je suis athée
-Idées --> idéologies --> dogmes + État = totalitarisme
-Bizarreries divines
-Avez-vous la foi?
-Une introduction à l'athéisme et à l'idéologie chrétienne
-«Sensus communis»
-La chronique scandaleuse du Vatican
-Tyrannie et fanatisme dans les croyances religieuses et politiques
-Histoire de nos origines
-Le mariage est-il un droit?


Pourquoi je suis athée

Pour se situer par rapport au sujet en titre je vais d'abord faire trois remarques:

1. Dans la vie de tous les jours je ne sens aucunement le besoin de me référer à un Dieu, de me définir par rapport à son existence, ou de savoir si les gens que je côtoie croient ou non en son existence. Il m'apparaît superflu de se définir par rapport à ce qui n'existe pas. On ne peut pas être non plus contre ce qui n'existe pas et il est malhonnête d'exiger des athées qu'ils démontrent que Dieu n'existe pas quand ceux qui affirment son existence ne peuvent rien démontrer. Nous ne sommes plus dans le domaine du possible, comme par exemple la possibilité qu'il existe de la vie sur d'autres planètes, car avec les théologies nous entrons dans le fantasme.
Je dirais donc qu'être athée c'est vivre tout naturellement sans faire d'hypothèses sur l'existence d'un créateur de l'univers qui serait à la fois omniscient, omniprésent, tout-puissant, etc., et qui aurait créé l'univers dans le but d'y établir des hommes dont la vie serait immortelle. Les religions monothéistes actuelles disent que ce créateur se serait révélé aux hommes par la voix de certains prophètes, Jésus pour les chrétiens (Jésus serait lui-même un Dieu en trois personnes), Mohammed pour les musulmans, etc. Chaque religion repose sur un ensemble de croyances diverses étant toutes des vérités dogmatiques et fantaisistes, accompagnées de rites et de pratiques plus ou moins obligatoires pour leur observance. Les religions tiennent principalement leur force de la répétition depuis des millénaires, dès la naissance, via l'enseignement et les rituels, des mêmes dogmes et de l'entretien soutenu de la peur de la mort et de l'exploitation de la souffrance et de la pauvreté. Je ne dis pas qu'il n'y a aucun élément de sincérité chez les adeptes des religions; toutes les causes collectives ont produit leurs saints, leurs martyrs, leurs héros. Je dis seulement qu'on ne peut aborder la vie en se berçant d'illusions, d'autant plus si ces illusions sont présentées comme des idées qu'il nous faut croire, sinon c'est la réprobation, la damnation, et même la mort.

2. Ma deuxième remarque est qu'en principe je crois que chaque individu a le droit de croire à ce que bon lui semble, à condition que ces croyances ne posent aucune entrave à la liberté d'autrui. Je me fous donc si certains croient à la cartomancie, à l'astrologie, aux miracles, aux apparitions de la sainte Vierge, aux ovnis, etc. Libre à eux d'y croire, et libre à nous de les critiquer, sans aucun autre préjudice. Je respecte donc ceux qui croient sincèrement à l'existence de Dieu s'ils le font dans le respect de ma propre liberté. Le rejet d'une croyance n'implique pas le rejet de ceux qui y croient, bien que la tolérance ne soit pas une qualité inhérente à la foi religieuse (et de toute foi en général). En effet, comme les religions (en particulier les religions les plus prosélytes comme l'islam) détiennent toutes la vérité absolue, révélée, il s'ensuit qu'entre l'enfer dans l'au-delà et l'enfer ici-bas il n'y a qu'un pas qui, historiquement, a été vite et est encore vite franchi dans certains pays.

3. Une troisième précision: si on me demande: Êtes-vous kantien, platonicien, nietzschéen, marxiste, existentialiste, etc. etc.? Je réponds: Je cherche mais a priori je rejette les systèmes d'idées qui ne dérivent pas de la connaissance scientifique. L'acquisition des connaissances, et la vie elle-même, sont une expérimentation continuelle, alors que la philosophie, le plus souvent, n'est qu'un pas vers la théologie et elle imite celle-ci dans la mesure où les philosophes sont des constructeurs de systèmes idéologiques fermés, sans lien avec la réalité. Je fais exception de quelques penseurs de l'Antiquité, tels Démocrite, Épicure, Lucrèce.
Les philosophies, comme les religions, doivent donc être étudiées dans une perspective historique et évolutive.

Je donnerai brièvement mes principaux arguments: d'abord sur les religions elles-mêmes et ensuite sur la croyance en un Dieu, en supposant que l'on puisse séparer cette croyance en Dieu de son expression religieuse, c'est-à-dire que l'on puisse croire en Dieu sans croire en une religion; il y a aussi le point de vue agnostique selon lequel on ne peut ni prouver ni réfuter l'affirmation que Dieu existe (pourquoi affirmer que Dieu existe, si on ne peut le démontrer?).

La manifestation religieuse de la croyance en Dieu

De même que nous pouvons juger un arbre à ses fruits, les religions ne peuvent être que le reflet de l'idée même de Dieu. Évidemment, les Églises seraient devenues humaines, et par conséquent leurs prêtres sont aussi des pécheurs. Mais les Églises n'admettront jamais se tromper sur des sujets remettant en question les fondements même des dizaines de théologies opposées qu'elles défendent et qui sont toutes prétendument vraies.

Or, les conséquences des croyances religieuses sont désastreuses. On ne me fera pas accroire que le bilan de la religion a été positif pour l'humanité. Il y a des éléments positifs, empruntés à un humanisme naturel, mais le bilan général est négatif. La religion a empêché l'humanité de voir clair, de penser rationnellement, de trouver des solutions aux problèmes autres que celles extraites, par exemple, de la Bible ou du Coran ou de tous les livres que l'on peut citer mécaniquement pour appuyer une thèse. Elle a réduit les femmes à la procréation, quand elles n'étaient pas brûlées comme sorcières ou (aujourd'hui encore) lapidées; elle nous a enseigné que le doute est un péché; elle a réduit la connaissance à celle des enseignements des Églises; tout ce qu'elle a fait, c'était à contre-courant du développement des connaissances; quand elle s'occupe d'enseignement de matières profanes c'est avant tout dans le but de contrôler les esprits; encore aujourd'hui, elle se pose comme la réponse à toutes les inquiétudes, alors qu'elle n'a réellement aucune réponse à rien. L'humanité a payé chèrement l'obscurantisme sous toutes ses formes. Et pourtant, la leçon ne semble pas avoir été apprise.

Mon principal argument contre la religion (il y en a plusieurs mais ils se résument tous à celui-ci) est qu'elle est fondée sur une théorie de la connaissance où l'idée est considérée comme vraie du simple fait qu'on puisse l'affirmer (bien sûr, leurs vérités auraient été «révélées» mais cela revient au même), par opposition à la connaissance scientifique qui est fondée sur l'observation, l'expérimentation, et qui est accompagnée de cet esprit critique essentiel au développement de la connaissance et qui permet de rester ouvert à tout ce qui pourrait contredire nos conceptions acquises et socialement acceptées. Les théologiens raisonnent, si on peut dire, mais en se servant uniquement d'une logique sui generis qui sert à démontrer que les dogmes se tiennent entre eux... alors que leur raison d'être, pour ce qui est par exemple du christianisme, qui est Jésus (d'un mot latin) ou le Christ (d'un mot grec), n'a même pas pu être établie exactement en tant que personnage historique.

Ce n'est donc pas un hasard si les religions ont constamment été en lutte contre la connaissance scientifique. Encore aujourd'hui, aux États-Unis en particulier, on assiste à une polémique entre créationnistes d'une part, et évolutionnistes de l'autre, près de 150 ans après la publication de l'ouvrage principal de Darwin sur l'origine des espèces. Les dogmes et les préjugés sont tenaces.

En général, toutes les idées irrationnelles qui ont un caractère absolutiste, imperméable à la critique, conduisent à des effets pervers et désastreux. Il n'y a qu'à mentionner l'application du marxisme et du nazisme, le culte du chef ou de la race, le culte du collectif aux dépens de la liberté individuelle, et même en science les défenseurs de fausses théories ont souvent résisté à la critique. L'écologisme et le néo-malthusianisme, par exemple, ont tous les traits d'une religion même s'ils se présentent comme une science.

Mon second argument, qui découle indirectement du premier, est que les religions, malgré leurs prétentions de gardiennes des bonnes mœurs et de la morale (et par conséquent du ... salut des âmes), comme promoteurs de l'amour du prochain et de la charité, sont foncièrement immorales et haineuses. Ce qu'il y a de bien dans la religion a été emprunté à la morale naturelle, à ces règles de comportement que les animaux d'une même espèce respectent mieux que plusieurs humains. Combien de crimes ont été ou sont commis par cette morale figée, rapetissée, obsédée par le sexe, appliquée sans discernement, dans la déraison? Quand les religions ne bénéficient pas du bras de l'État elles continuent à damner ceux qui s'opposent à elles. Combien de «saints», qu'elles n'ont jamais ... canonisés, ont-elles torturés et massacrés au nom de Dieu et de la foi au cours des guerres de religion ou par le bras de l'Inquisition? Si le nazisme et le communisme, deux idéologies totalitaires qui ont en commun avec la religion une foi absolue, ont été reconnus coupables de crimes contre l'humanité pourquoi les religions s'en tirent-elles à si bon compte? C'est sans doute que la foi rend aveugle vis-à-vis tout ce qui contredit la foi et que nous en sommes encore à une longue période de préhistoire (même si l'anthropologie situe la préhistoire à une autre époque).

«Si Dieu n'existe pas tout est permis.» Ce sophisme est contredit par l'histoire même des religions. J'affirme au contraire que tout est permis au nom de Dieu, comme tout peut être permis pour des raisons dites d'État quand l'État soutient ou remplace la religion, même dans un État laïque comme on a pu l'observer en particulier dans les États communistes, où l'athéisme servait (et sert encore) à justifier le Dieu-État. Quand notre point de référence en matière de morale est une autorité ayant préséance sur la liberté individuelle, la notion de ce qui est bien et de ce qui est beau et de ce qui est mal est définie et régie par cette autorité, selon des normes plus ou moins contraignantes en vue d'objectifs dits collectifs, de bien public. La morale et même l'art deviennent alors des formes de coercition de cette autorité.

Distinguons la foi de la majorité des croyants de celle défendue par les institutions religieuses. La majorité des croyants professent une religion par coutume et pour satisfaire un certain besoin d'appartenance à un groupe; elle a besoin de rites pour la naissance, le mariage et la mort; on ne peut ipso facto les taxer d'intolérance systémique bien que l'on observe généralement chez eux une absence d'esprit critique et une crédulité endémique. Cette crédulité est plutôt inoffensive quand elle ne conduit pas à une négation de la liberté d'expression et à celle de choisir autre chose que la religion. Tout autre est l'attitude des institutions religieuses, en particulier le catholicisme (et en général le christianisme), l'islam, le judaïsme et l'hindouisme; elles recherchent constamment l'appui de la loi, donc de l'État, afin d'imposer leur pouvoir sur les consciences.

Je crois que ces deux arguments -- celui de la méthode de connaissance et l'argument moral -- suffisent pour que l'on mette à l'écart toutes les religions, qu'elles soient fondées sur l'adoration de Dieu ou l'adoration de l'État, de la nation, de la race, etc. Les religions sont au mieux des mythologies qu'il ne faut prendre au sérieux que parce que leurs adeptes se prennent souvent au sérieux et qu'ils continuent en certains pays à tuer au nom du Dieu qu'ils adorent, comme certains dieux exigeaient il y a des siècles des sacrifices humains. Je sais que ces propos peuvent attirer de multiples objections ... religieuses, mais je vous avertis à l'avance que mon discours ne se situe pas au niveau de la métaphysique et de celui des idées intuitives; si on entend me démontrer la vérité de la foi religieuse, par exemple, par la beauté des cathédrales, des mosquées, des pyramides, des temples aztèques ou mayas, ou par les peintures ornant la chapelle Sixtine (qui ont sans doute surpassé l' «art» spartiate du nazisme et du communisme), ou par le fait que plusieurs brillants esprits et même des scientifiques y croient, ou que telle personne croyante a démontré des qualités humaines indéniables et indépendantes de sa croyance, c'est qu'on est à court d'arguments. La preuve du nombre n'a jamais été qu'une observation statistique.

L'idée de Dieu

Avant de croire en un Dieu unique, les hommes ont adoré à peu près tout ce qui leur était incompréhensible, le feu par exemple. De plus, l'idée de Dieu est indissociable de celle du Diable, une dualité qui est le fondement de la foi religieuse. Comme quoi la foi est mue par une certaine dialectique, Dieu ne détenant sa vérité que par son combat contre le Diable. Si je suis athée, je suis donc ipso facto ... a-Diable. Mais passons. Donc, loin de nous la création du monde selon la Genèse, la conception centriste de l'univers (selon laquelle la planète Terre était plate et le soleil et les étoiles tournaient autour de la terre), le péché originel, les anges, l'enfer et le ciel et la démonstration thomiste de l'existence de Dieu (Thomas d'Aquin avait été chargé par un pape de réconcilier les dogmes chrétiens à la philosophie d'Aristote; rappelons que c'est grâce aux Arabes si nous avons connaissance des œuvres d'Aristote, traduites de l'arabe, l'Église ayant détruit la plupart des livres de l'Antiquité). Même le «Big Bang», récupéré par des théologiens dont le théologien Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), qui a été mis de côté par l'Église, ne réussit plus à démontrer l'existence d'un créateur car l'astrophysique a trouvé ... des «trous noirs» (il y en aurait un au centre de chaque galaxie, y compris la Voie Lactée) et ces trous noirs, explosant en supernova, seraient à l'origine des «Big Bang». L'astronomie nous a sûrement mieux fait connaître le ciel que les théologiens; qui peut encore en douter? Et nous n'avons pas terminé d'en connaître davantage.

Donc, nous pensons... Nous pouvons réfléchir sur les causes et les effets et ce faisant nous pouvons modifier notre environnement. Cela implique-t-il que nous avons une «âme», une entité qui serait indépendante du corps? Il m'apparaît farfelu de concevoir l'esprit comme étant dissociable du cerveau d'autant plus que plusieurs, malheureusement, ont un cerveau mais pas ou peu d'esprit.

Même si l'idée de Dieu est devenue plus sophistiquée avec le temps (grâce au progrès des connaissances) sa démonstration revient toujours au point de départ de l'idéologie religieuse: la foi; et pour avoir la foi, il faudrait avoir cette «grâce» qui nous permettrait, dit-on, d'entrevoir le divin. Cette démarche s'inscrit sans doute dans une réflexion sur ce que nous sommes, d'où nous venons, pourquoi nous existons, pourquoi la mort, pourquoi la souffrance, la méchanceté, etc. Mais elle est fondamentalement irrationnelle et ne conduit à rien d'autre qu'à une évacuation des vraies réponses à toutes ces interrogations légitimes.

Face à nos interrogations sur l'existence il y a trois possibilités. L'une s'ouvre sur l' «expérimentation» mystique et sur une vie intérieure imaginaire, totalement intuitive, déconnectée du monde réel (c'est-à-dire que le monde que l'on s'imagine «en soi» est considéré comme une réalité), à la limite indépendante des religions (ce déisme a-religieux explique néanmoins la naissance et l'évolution des religions). C'est l'option défendue entre autres par le philosophe catholique Henri Bergson (1859-1941) qui pensait ainsi démontrer la rationalité (intuitive) de l'idée de Dieu bien qu'il ait été réprimandé par l'Église. Pour un psychiatre ce déisme, qui s'exprime par le mysticisme, peut servir à expliquer certains phénomènes psychiques, comme les apparitions, les voix, les hallucinations, les visions.

La deuxième option qui s'offre à nous est celle du réalisme qui nous oblige à voir stoïquement les choses telles qu'elles sont et à s'efforcer dans la mesure du possible d'améliorer notre condition. La vie est ce qu'elle est et il n'est nul besoin ontologique et téléologique qu'elle se cherche une raison d'être autre qu'elle-même. La vie est sans doute le résultat d'un immense chaos qui s'ordonne de lui-même, mais si c'est la réalité, il vaut mieux ... s'ordonner en conséquence au lieu d'invoquer les dieux. C'est l'option athée.

Pourquoi y a-t-il si peu de gens se déclarant ouvertement athées, même s'il y en a de plus en plus face à la déraison généralisée? Probablement parce qu'ils sont ... peu nombreux et que la plupart des non-pratiquants d'une religion ne se préoccupent guère des questions philosophiques et ne poursuivent pas leur questionnement jusqu'à ses conclusions logiques. Il y a aussi les pressions sociales. Mais il y a une autre raison, à mon avis plus déterminante: c'est que l'athéisme n'offre pas de chimères, de faux espoirs, de paradis après la mort, d'une promesse de survie entouré de jeunes vierges, d'un «concert» de chérubins et de séraphins, etc. L'athéisme est exigeant puisqu'il oblige à se confronter à la réalité. Cette réalité, c'est que nous devons agir en êtres responsables puisqu'il n'y a pas de Dieu à invoquer dans le malheur et que nous ne pouvons non plus l'accuser de tous nos maux (comme le font certains croyants), puisqu'il n'existe pas. Un athée ne peut pas dire, selon la légende, comme Jésus sur la croix : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?» («Eli, Eli, lamma sabachtani ?») (Matthieu, XXVII, 46).

Pour terminer, quelques mots sur la troisième option, celle de l'agnosticisme. Le mot a été utilisé une première fois en 1869 par le biologiste anglais Thomas Henry Huxley (1825-1895), défenseur du darwinisme, qui a écrit des essais philosophiques et théologiques. Les agnostiques se définissent par rapport aux gnostiques (dans un sens non restrictif, ce sont des adeptes d'une métaphysique, du grec qui veut dire «connaissance»). Par rapport à l'idée de Dieu, les agnostiques disent que nous ne pouvons ni démontrer son existence, ni démontrer qu'il n'existe pas, quoique leur méthode de connaissance soit essentiellement empirique, donc ... athée. Ce point de vue a été aussi attribué à David Hume (1711-1776) et au philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804). Toutefois, Kant proposait une religion universelle et Hume était un pur sceptique; tous deux s'opposaient à l'empirisme de John Locke (1632-1704) dont la contribution a été considérable (par sa critique en particulier des thèses exprimées par Hobbes dans le Leviathan). Dans la mesure où l'agnostique dit que nos connaissances viennent de nos perceptions (je simplifie), il est un athée; dans la mesure où il critique les sciences dites occultes (le paranormal) et les sectes (petites, comme le Raël, ou grandes, comme l'Islam) mais se refuse à appliquer le même raisonnement à l'idée de Dieu, il est un crypto-gnostique, ou bien, pour être plus nuancé, un incroyant qui refuse de ne pas croire. Par conséquent, si on ne peut démontrer que Dieu existe, pourquoi en parler?

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Idées -> idéologies -> dogmes + État = totalitarisme

Si ce n'était du progrès des connaissances scientifiques et de ses applications nous aurions l'impression que l'humanité est la pire des espèces. Le 20è siècle a été en effet le théâtre des pires infamies. C'est peut-être que nous nous plaçons au mauvais point dans l'histoire pour juger du «progrès»; si nous faisions l'hypothèse que les barbares d'il y a 2000 ans avaient les connaissances que nous avons aujourd'hui (les fusées, la bombe H, etc.); il est probable que nous ne serions pas là pour en parler.

Quoi qu'il en soit voici quelques exemples peu élogieux qui se passent à l'aube du 21è siècle:
1) Le New York Times titrait le 9 septembre 2001: «Torture Hurries New Wave of Executions in China». Le nombre d'exécutions pourrait atteindre 10 000 cette année; il s'agit d'une «justice» expéditive. En Chine, au contraire des États-Unis, les condamnés à mort ne traînent pas des années en prison. Généralement il s'écoule deux mois entre l'arrestation et l'exécution (pour des raisons aussi farfelues que la fraude fiscale laquelle équivaut à voler les voleurs). Or, les aveux sont couramment obtenus par la torture.
2) Au Pakistan («The Islamic Republic of Pakistan»), un professeur de médecine à l'Université d'Islamabad a été arrêté le 4 octobre 2000 et condamné à mort cet été (la cause a été acceptée en appel) pour avoir dit que Mahomet le Prophète ne pouvait être musulman puisque la religion musulmane n'existait pas à ce moment!
3) Un petit fait divers est ce propriétaire d'une fabrique de crème glacée de la région de Montréal qui congédie ses 60 employés 12 jours avant son décès survenu le 11 août. Atteint de cancer, le défunt attribuait sa maladie incurable à une punition de Dieu; le congédiement des employés était donc l'expression de la volonté de Dieu...
4) Cet autre fait divers, qui en dit long, est cette demande d'interdiction du film intitulé Ceci est mon corps par une organisation religieuse française (l'AGRIF). La juge a décidé de débouter cette organisation au fait que l'expression n'est pas réservée à la religion. Soit! Mais ce qui est curieux c'est cette déclaration d'un procureur de la République (on est en France) qui dit que la censure du film n'est pas requise puisqu'il n'y a pas «d'élément pour nuire à la religion». Si j'ai bien compris, selon ce procureur il n'est pas permis de dire quelque chose qui peut nuire à la religion?

Si on entend par «idéologie» un ensemble d'idées, nous avons bien sûr tous des idées, issues de notre expérience personnelle mais la plupart acquises (de plus en plus) du bagage des connaissances accumulées, de l'éducation et de la société dans laquelle nous vivons. Plusieurs idées sont acceptées inconsciemment, sans les remettre en question; mais quand nous refusons systématiquement la discussion sur la base des faits, que nous refusons la remise en question des idées, nous devenons alors des ... idéologues et ces idées sont des dogmes. Les idéologies religieuses entrent dans la catégorie des dogmes. Comment peut-on contester des «idées» qui, selon leurs prophètes, leur ont été révélées par leur Dieu?

Certaines religions de l'Antiquité sont maintenant du domaine de la mythologie; plus nombreuses sont les religions apparues depuis 2 000 ans et qui sont des variantes de la religion principale. Les religions pratiquent généralement l'exclusion («en dehors de nous point de salut»); quand l'absolutisme dogmatique se sert de l'État et que les institutions civiles deviennent des instruments de la religion dominante, l'idéologie religieuse est alors totalitaire, au même titre que les idéologies politiques qui se posent en absolu (racisme, communisme). C'est ce qu'on observe dans plusieurs pays à majorité musulmane, en particulier en Afghanistan, et en général partout où il y a une religion d'État (le christianisme a aussi connu ses longues périodes de grandes noirceurs).

Nous nous vantons d'être de grands démocrates mais attention! les pays peuvent facilement tomber sous l'emprise de la dictature. Nos démocraties dites libérales deviennent de plus en plus des dictatures de la majorité dont les opinions très subjectives peuvent facilement être exploitées par un bon manipulateur. Disons que la manipulation politique se fait très sournoisement sous l'empire de la légitimité légaliste et de la rectitude politique. Personne, ici, ne sera condamné à mort pour blasphème; mais il y a quand même des délits d'opinion qui peuvent vous coûter très cher. Je discute sommairement dans un autre texte des conditions assurant la liberté dans la diversité des opinions, tout en empêchant que tout groupe défenseur d'une idéologie totalitaire puisse profiter de cette liberté pour asservir les autres. C'est sur la page Ma page sur l'étatisme, où je fais le lien entre liberté économique, liberté d'entreprise et liberté de penser.

9 septembre 2001
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Bizarreries divines

Quand on lit les Évangiles avec un œil critique et observateur, on ne peut que constater de nombreuses bizarreries et contradictions et des comportements d'une psychologie douteuse de la part du Christ. Cette doctrine nous est pourtant présentée comme un enseignement d'amour du prochain et d'humanisme. Dans «Notes sur l'idéologie chrétienne» l'auteur Enrico Riboni donne quelques exemples de déclarations du Christ qui sont pour le moins aberrantes, comme le fait de maudire un figuier parce qu'il ne porte pas de fruits hors saison ou d'envoyer 2 000 porcs se noyer parce que prétendument possédés par des «esprits impurs». Enfin, on peut bien rigoler un peu mais c'est quand même préoccupant de voir que ces textes sont pris au sérieux et sont enseignés à de jeunes enfants. Un autre texte "amusant" de Riboni est «La page noire du christianisme 2000 ans de crimes, terreur, répression»

Personnellement, je suis infiniment plus préoccupé par les questions économiques et politiques que par la critique des idéologies religieuses (sauf lorsqu'elles s'inscrivent dans un processus totalitaire et de négation des droits des individus). Croyants ou athées, nous vivons tous dans le même monde. Évidemment, je pourrais dire que le mien n'est pas imaginaire mais en tout cas je côtoie des croyants chaque jour et nous nous entendons généralement bien quand nous discutons de questions concrètes. Autrement dit, il n'y a pas deux façons de planter un clou, une pour les croyants et une pour les athées. Cependant, force est de constater que les idéologies (totalitaires ou non) ont un impact négatif considérable sur le développement économique. Pas nécessaire de vivre sous le règne des Talibans pour le savoir. L'humanité, du moins l'Occident, a perdu environ 1 500 ans pendant lesquels la connaissance scientifique est restée au stade de l'interprétation des textes de l'Antiquité gréco-romaine (quand ils étaient disponibles). Des sommes considérables ont été dépensées dans la construction d'églises, de cathédrales, pendant que le peuple était tenu dans l'ignorance.

L'opposition entre science et foi est endémique. Jocelyn Bézecourt résume le sujet dans «l'opposition entre science et foi». En quelques pages, Galilée, Darwin, Teilhard de Chardin, le Big Bang, tout y passe. La connaissance scientifique part de l'analyse des faits et remet continuellement en question l'interprétation des faits (énoncée sous forme de théories et d'hypothèses). Aucun de ces textes n'est «sacré». Aucun des postulats généralement admis n'est considéré comme «révélé» par quelque prophète parlant au nom d'un dieu. Einstein, Darwin, etc., ne se sont jamais présentés comme étant des prophètes. Ils auraient passé pour des hurluberlus devant la communauté scientifique. Voilà ce qui différencie le science, ou même le bon sens, de la foi.

Bézecourt passe aussi en revue les textes dits sacrés: les Évangiles, les Actes des apôtres, les épîtres, l'apocalypse, et finalement le Coran. Le Coran enseigne à ses fidèles la crainte et la haine de tout ce qui n'est pas musulman.

11 mai 2001
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Avez-vous la foi?

C'était la question posée à l'émission Droit de parole présentée à Télé-Québec le vendredi 13 avril 2001. Comme il arrive souvent lors d'émissions du genre la question était mal posée puisque dans un sens général nous avons tous une foi, des croyances, qui peuvent être fondées ou non sur des faits et des interprétations scientifiques. Il s'agissait donc, d'une part, de la foi en un Dieu créateur, omniscient, tout-puissant et omniprésent, et d'autre part de la foi en une religion organisée. Il faut distinguer les deux car même si la foi en un Dieu se manifeste généralement par l'adhésion à une religion, plusieurs ont une foi strictement personnelle, plutôt vague d'ailleurs, alors que la foi en une religion implique divers dogmes (tous vrais et qui sont absolus), des rites à n'en plus finir qui forcent l'adhésion, des pèlerinages, certes des images et des statues, mais aujourd'hui le cinéma, internet, etc. (on n'en est plus à l'époque des moulins à prière des tibétains).

La plupart des invités à cette émission avaient une foi en une religion, ce qui n'est pas représentatif de la société québécoise puisque la majorité ne pratiquent pas de religion, sauf bien sûr pour la forme, lors d'un décès par exemple. Ces religions qui détiennent chacune la vérité absolue n'osaient plus se contredire même si, historiquement et encore aujourd'hui, elles ont souvent été en guerre sainte.

L'animatrice de l'émission revenait souvent avec cette question-piège, qui est un thème favori des croyants en une religion ou en Dieu, la vie a-t-elle un sens? Car apparemment que si on est athée la vie n'a pas de sens, elle serait absurde. Ce serait le Grand Dessein d'un Dieu créateur, et la promesse de la vie éternelle, qui donnerait un sens à la vie. Bien sûr, tous les croyants présents ne pouvaient que discourir sur l'effet placebo, purement psychologique, de leurs croyances et certains, tel ce neurologue, sur sa croyance aux miracles. D'ailleurs celui-ci semblait ne rien comprendre à l'évolution de la vie et s'avérait incapable, sauf par une intervention divine, d'expliquer la pensée chez l'homme pas plus que la mémoire chez les animaux. Autrement dit, ce que nous ne comprenons pas, c'est Dieu et la religion qui sont chargés de nous l'expliquer.

Heureusement que les premiers humanoïdes ne sont pas restés plantés bouche bée devant l'inconnu car nous serions encore aujourd'hui à l'âge de pierre. La vie humaine (l'âme comme on dit, même si certains croient encore à la résurrection des corps) doit-elle être éternelle pour avoir un sens? Poser la question c'est y répondre car en supposant que la vie soit éternelle elle aurait toujours le sens que nous lui donnons. En réalité, l'illusion de l'éternité (la mort fait toujours peur et c'est normal; les animaux aussi ont cette peur instinctive et luttent pour la survie) promise par les religions apparaît surtout, quand on connaît l'histoire et les conséquences de la foi religieuse, comme une belle excuse qui justifie tout, même les crimes contre l'humanité, pourvu que ce soit fait au nom de Dieu. La vie aurait sûrement plus de sens s'il n'y avait jamais eu de religions et que les hommes avaient cultivé un humanisme réaliste et rationnel. Malheureusement, il semble que nous soyons encore dans une période préhistorique pour ce qui est de la pensée rationnelle.

13 avril 2001
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«Sensus communis»

Comme il m'arrive souvent de parler d'un retour au bon sens, voici ce que Voltaire a écrit de l'expression sens commun dans son Dictionnaire philosophique (1765). À cette époque (et encore aujourd'hui) le sens commun ne faisait pas l'affaire de tous... En 1766 par exemple, le chevalier de La Barre a été condamné (il avait 19 ans) à être torturé, à avoir la langue arrachée, à être décapité et enfin brûlé pour avoir été coupable, entre autres choses, de ne pas avoir enlevé son chapeau durant une procession religieuse; son Dictionnaire philosophique a été brûlé avec lui.

«Il y a quelquefois dans les expressions vulgaires une image de ce qui se passe au fond du cœur de tous les hommes. Sensus communis signifiait chez les Romains non seulement sens commun, mais humanité, sensibilité. De nos temps, sens commun ne signifie que le bon sens, raison grossière, raison commencée, première notion des choses ordinaires, état mitoyen entre la stupidité et l'esprit. «Cet homme n'a pas le sens commun», est une grosse injure. «Cet homme a le sens commun», est une injure aussi; cela veut dire qu'il n'est pas tout à fait stupide, et qu'il manque de ce qu'on appelle esprit. Mais d'où vient cette expression sens commun, si ce n'est des sens? Les hommes, quand ils inventèrent ce mot, faisaient l'aveu que rien n'entrait dans l'âme que par les sens; autrement, auraient-ils employé le mot de sens pour signifier le raisonnement commun?»

«On dit quelquefois : «Le sens commun est fort rare»; que signifie cette phrase? Que dans plusieurs hommes la raison commencée est arrêtée dans ses progrès par quelques préjugés; que tel homme, qui juge très sainement dans une affaire, se trompera toujours grossièrement dans une autre. Cet Arabe, qui sera d'ailleurs un bon calculateur, un savant chimiste, un astronome exact, croira cependant que Mahomet a la moitié de la lune dans sa manche.»

«Pourquoi ira-t-il au-delà du sens commun dans les trois sciences dont je parle, et sera-t-il au-dessous du sens commun quand il s'agira de cette moitié de lune? C'est que dans les premiers cas il a vu avec ses yeux, il a perfectionné son intelligence; et dans le second il a vu par les yeux d'autrui, il a fermé les siens, il a perverti le sens commun qui est en lui.»

«Comment cet étrange renversement d'esprit peut-il s'opérer? Comment les idées, qui marchent d'un pas si régulier et si ferme dans la cervelle sur un grand nombre d'objets, peuvent-elles clocher si misérablement sur un autre mille fois plus palpable et plus aisé à comprendre? (...) Comment l'organe de cet Arabe, qui voit la moitié de la lune dans la manche de Mahomet, est-il vicié? C'est par la peur. On lui a dit que s'il ne croyait pas à cette manche, son âme, immédiatement après sa mort, en passant sur le pont aigu, tomberait pour jamais dans l'abîme.»

Aujourd'hui, le gros bon sens, ou GPS, signifie le jugement d'un problème dont la solution saute à l'esprit rationnel.

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La chronique scandaleuse du Vatican

C'est le sous-titre d'un livre de Nigel Cawthorne, portant en titre: «La vie sexuelle des papes» (Éditions Evergreen, 1999. Traduit de l'anglais et originellement publié à Londres en 1996). L'histoire officielle de l'Église nous est toujours présentée comme étant celle d'une litanie de saints. L'Église et ses scribes jugent que ses fidèles ne doivent pas savoir certaines choses. Trop savoir nourrit le doute. Et pourtant, il suffit de se demander pourquoi il y eu deux Jean XXIII, deux Benoît XII, deux Benoît XIV, deux Clément VII et deux Clément VIII, pour avoir certains doutes. Le doute est le commencement de la sagesse. Le sexe a toujours été une obsession pour la religion, conduisant tantôt à un excès de luxure, tantôt à un puritanisme où le péché est omniprésent. Les discussions à l'intérieur de l'Église sur le célibat des prêtres sont présentes à toutes les époques. C'est au concile tenu en 1095 qu'a été décidé d'imposer le célibat au clergé. Mais il y a une grande différence entre la doctrine et la pratique. À partir, en particulier, du moment où le christianisme est devenu une religion d'État, sous l'empereur Constantin au début du IVè siècle, jusqu'au milieu du XIXè siècle, l'histoire de l'Église est une suite de débauche, de népotisme, de simonie (vente d'indulgences, des sacrements, etc.), et d'assassinats.

Évidemment, il y a toujours eu, à toutes les époques, des opposants qui souvent parvenaient à devenir papes à leur tour, mais qui changeaient aussi d'attitude dès que le goût du pouvoir et de l'argent triomphait. Plusieurs papes sont morts assassinés et certains n'ont régné que quelques mois pour cette raison. Il y avait généralement beaucoup plus de tolérance vis-à-vis les actes de la papauté que ceux des gens ordinaires, condamnés à la torture et à la mort comme hérétiques (la torture n'avait pour but que d'obtenir des aveux; qui n'avouerait pas n'importe quoi pour alléger ses souffrances? Tous ses meurtres sont des crimes d'opinions). L'auteur ne peut pas ne pas parler de l'Inquisition. Une sorte d'hommage posthume à toutes ces personnes qui étaient condamnées à l'avance, sans appel. Le supplice de l'eau, les membres brisés, le démembrement, l'empalement au fer chauffé à blanc, tous des supplices décrits dans un manuel de l'Église: «Le livre de la mort». Un autre supplice: «On lui attachait les mains à une poulie avant de le hisser au plafond et de le laisser brutalement retomber, arrêtant sa course juste avant qu'il ne touchât le sol. La secousse endurée était atroce.» Et finalement, le bûcher, si le supplicié était encore en vie. «La crémation permettait de contourner l'injonction biblique commandant de ne pas verser le sang». Pour des raisons insignifiantes: comment une sexagénaire, par exemple, a-t-elle pu avoir des relations sexuelles avec Satan?

Comme il y a plusieurs municipalités du nom de Saint-Damase au Québec, parlons un peu de Damase 1er (366-384). Ce pape, canonisé, a pourtant déposé par la force Ursinus, qui avait été élu pape. Le 1er octobre 366, Damase, qui était fils d'un prêtre, s'empare de la Basilique de Latran. Comme il était marié, il renia sa femme et ses enfants. Par la suite, il fit massacrer les partisans d'Ursinus. Saint Jérôme, le secrétaire de Damase, urge à toutes les femmes dans ses lettres d'éviter la compagnie de Damase et de tous les ecclésiastiques. En 378, un juif converti traduit Damase en justice pour adultère. «Le pape comparut devant un synode de quarante-quatre évêques». L'empereur Gratien (375-383) acquitte Damase, avant qu'il ne soit condamné à mort. Damase a été canonisé pour avoir "converti" Théodore 1er, le successeur de Gratien. "Raisons d'État..."

Certains papes, comme Grégoire 1er (590-604), avaient une obsession de la sexualité. Grégoire 1er a fait établir une échelle pour les "péchés de la chair". Entre autres, le coït interrompu était prohibé. Évidemment, les pénitences pour les fautes pouvaient être monnayées. À cette époque et jusqu'à la Renaissance, les couvents servaient de bordels.

Plusieurs fils de papes sont devenus eux-mêmes papes, comme quoi le pouvoir était héréditaire... J'en passe, parce que ce serait trop long. Il y a cette histoire malheureuse du théologien Abélard et de ses amours avec Héloïse. Héloïse a fini sa vie dans un couvent et Abélard a été castré [sous le pape pas si innocent que ça, Innocent II (1130-1143)]. Néanmoins, les deux s'échangèrent une correspondance qui "est l'un des chefs-d'œuvre de la littérature amoureuse".

«En France, par exemple, on surnommait les couvents "palais des plaisirs". Les religieuses de Poitiers et de Lys étaient connues pour les soirées galantes qu'elles passaient en compagnie des frères franciscains, tandis que celles de Montmartre, s'adonnant à la prostitution, avaient empoisonné une mère supérieure qui avait tenté de mettre bon ordre à leurs débordements. Les bordels leur retournaient le compliment: les tenancières étaient appelées des "abbesses" et les lupanars eux-mêmes des "abbayes". Dans le style fleuri du Moyen Âge, le roi de France Charles VI écrit qu'il est allé «écouter les suppliques des filles du bordel de Toulouse, connu sous le nom de Grande Abbaye»».

Je savais qu'il y avait un droit de cuissage féodal mais j'ignorais tout du "droit de cuissage ecclésial": le "jus primae noctis". Il visait les nonnes des couvents. Ce pouvoir a été étendu aux chefs féodaux pour toute femme avant le mariage.

C'est surtout à partir du règne d'Innocent III (1196-1216) qu'a commencé le règne de la terreur. C'est lui qui a entrepris une croisade contre les Cathares et les Albigeois, qu'il accusait de satanisme. Il a condamné la Grande Charte (en 1215) du roi d'Angleterre comme étant "contraire à la morale". C'est en avril 1204 qu'a eu lieu le saccage et l'extermination des habitants de Constantinople (maintenant Istanbul) par les "croisés"; le schisme entre Rome et Constantinople était survenu 150 ans plus tôt.

Clément VI (1342-1352), un pape d'Avignon, vivait lui aussi, comme tous les papes, dans l'opulence, et il était considéré, même par l'histoire officielle, comme un amant de la bonne chère (ou chair), «tandis que les victimes de l'Inquisition étaient torturées à mort dans les cachots pour avoir mangé de la viande pendant le Carême».

J'en passe mais disons un mot sur Sixte IV (1471-1484) qui a donné son nom à la chapelle Sixtine. C'est lui qui a nommé l'infâme Torquemada Grand Inquisiteur en Espagne. Son successeur, Innocent VIII, "fit condamner huit hommes et six femmes pour hérésie parce qu'ils s'étaient permis de dire que le vicaire du Christ devait l'imiter dans la pauvreté". Il a aussi fait expulser d'Espagne 100 000 juifs qui refusaient de se convertir; ceux qui sont restés ont été persécutés "de la manière la plus sanglante".

Mais le summum de la corruption et du banditisme vint avec les Borgia. Ce nom est l'adaptation italienne du nom espagnol Borja. Rodrigo Borja y Borja, devenu Alexandre VI (1492-1503) était le fils d'un autre pape, Calixte III (1455-1458). Le jour même où il a été consacré pape, il nommait son fils, César, archevêque, et ensuite cardinal. Avec sa fille Lucrèce, dont il était incestueux, ces trois personnages ont fait une suite ininterrompue d'orgies, de simonie et d'assassinats. Alexandre VI est mort empoisonné à l'arsenic. César Borgia, atteint depuis plusieurs années de syphilis, est mort dans une embuscade en Espagne en 1507. C'est César Borgia qui a inspiré Machiavel, dans Le Prince.

Et cetera...

«À première vue, les papes entamèrent leur grand ménage au début du XIXè siècle. L'opinion publique évoluait. Journaux à scandale et autres fleurissaient: ils durent apprendre à se montrer discrets. Au siècle du républicanisme et de la liberté, ils avaient aussi perdu beaucoup de leur pouvoir». Pie IX (1846-1878) s'est proclamé le premier pape infaillible. C'est sans doute pour cette raison que les prisons pontificales logeaient 8 000 prisonniers politiques. Un autre pape, Pie XI (1922-1939) commanda aux catholiques allemands de ne pas se montrer hostiles à Hitler et scandalisa le monde chrétien lorsqu'il soutint la conquête de l'Abyssinie par Mussolini" (Note: Abyssinie est l'ancien nom de l'Éthiopie). Pie XII (1939-1958) est resté muet sur l'holocauste. «Et pourtant, il était le seul homme qu'Hitler redoutât».

L'Église, aujourd'hui, serait accusée de crimes contre l'humanité pour de tels gestes. L'Islam s'en tire bien. Le pape Jean-Paul II, pour des raisons d'État sûrement, n'ose même pas critiquer les assassinats au nom d'Allah puisqu'il veut un rapprochement de tous les dogmatismes.

Chassez le naturel et il revient au galop. La doctrine impose le célibat aux prêtres, refuse l'accès aux femmes dans les fonctions ecclésiastiques, prohibe la contraception et encore plus l'avortement sans aucune conditon. Pendant plusieurs siècles, l'élection du pape ne se faisait pas avant que l'on vérifie son sexe; le candidat était assis sur un siège troué (un de ces sièges a même été confisqué par Napoléon) et un moine vérifiait s'il "en avait" (des couilles).

Si depuis des siècles on admire les constructions du Vatican, les cathédrales et certaines églises (le gouvernement du Québec alloue 20 M$ par an pour subventionner des églises qui ne font plus leurs frais!) il faudrait surtout se dire que tout ceci vient du dur labeur d'un peuple qui vivait dans la misère.

Il y a quarante ans, j'avais réussi à définir «pourquoi je ne suis pas un chrétien». Aujourd'hui, je me demande plutôt: «comment peut-on être un chrétien?» Je vois quatre catégories d'explications: 1) l'ignorance; l'absence d'esprit critique; l'acceptation gratuite d'affirmations gratuites; la crédulité; 2) la force des institutions et des coutumes; la peur d'être différent; l'esprit grégaire; l'attrait du groupe; l'exploitation par la société (et les politiciens) de toute cérémonie religieuse; 3) sur le plan psychologique: la peur de la mort; l'incertitude; le désarroi devant les catastrophes et toutes les peines qui peuvent survenir; et finalement 4) les mystiques: ce sont des individualistes qui cherchent; la plupart s'imaginent parler à leur Dieu ou à des saints (d'ailleurs, le phénomène de la foi religieuse ou politique, du fanatisme en général, se manifeste par un abandon de soi, l'intériorisation des croyances qui se transforment en "faits" à qui l'on peut parler; voir la chronique suivante sur ce sujet); plusieurs ont des "révélations", des "apparitions", des "visions", ou entendent des "voix"; certains vont peut-être constater, en s'interrogeant quelque peu, que leur Dieu est toujours muet et que ses seules paroles sont dans leur imagination. Pour ces derniers, il y a de l'espoir.

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Histoire de nos origines

«Enfants du soleil, Histoire de nos origines», par André Brahic. L'auteur est astrophysicien et professeur à l'Université de Paris. S'il y a encore des gens qui croient à la description biblique de la création du monde, ou même au créationnisme en général, voilà une lecture obligatoire. «À propos d'un problème précis, celui de nos origines, ce livre se veut un plaidoyer en faveur de la recherche et de l'éducation, atouts essentiels pour notre avenir et seules alternatives à un monde où l'intolérance et la violence régneraient en maîtresses. (...) Pour ne jamais oublier que le danger est à nos portes, nous reproduisons en appendice l'abominable abjuration de Galilée le 22 juin 1633.» L'auteur passe en revue tous les mythes et théories relatives à la formation du système solaire et à l'apparition de la vie sur terre, jusqu'à l'interprétation rationnelle qui se dégage des découvertes récentes.
«Les méthodes employées par les scientifiques devraient constituer une formidable leçon intellectuelle pour tous les hommes. Cet aller-retour permanent entre la théorie et l'observation, entre la liberté de la pensée pure et la contrainte des faits, est un excellent exercice pour la conduite de notre existence quotidienne. Chacun peut y apprendre à se méfier des proclamations de foi, à s'incliner devant les faits, aussi dérangeants, aussi contrariants fussent-ils, et à aimer la puissance de l'imagination à condition d'y mettre des garde-fous».

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Le mariage est-il un droit?

Je ne crois pas que la loi doive intervenir pour définir les relations entre deux personnes, sauf pour le respect des clauses d'un contrat négocié librement entre ces deux personnes, quelle que soit leur orientation sexuelle. Si un tort est commis, ce tort devrait être démontrable. Il est donc inutile d'avoir une loi sur le mariage ou sur l'union libre, etc. L'État ne crée pas les droits; ceux-ci préexistent à l'État. Si l'État veut ainsi protéger la famille, il devrait peut-être autoriser la polygamie (plutôt la polygynie que la polyandrie, du moins selon mes goûts...) puisque ceci permettrait d'éviter certains divorces, d'accroître la population sans incitatifs étatiques à la naissance...

Mais il y a une loi qui restreint l'institution du mariage -- une institution, non un droit -- aux personnes de sexes opposés; il était donc prévisible que les homosexuels et lesbiennes (mais pas tous) s'y opposent même s'ils ont déjà obtenus les avantages fiscaux et ceux de retraite des personnes de sexes opposés (par exemple, si vous vivez avec un autre homme celui-ci aura droit à votre décès à sa part de prestations de la Régie des rentes...). Pas surprenant que l'on assiste à un débat de sourds entre, d'une part, des hommes et femmes qui revendiquent le droit de se marier entre eux, qu'ils considèrent un privilège accordés aux hétéros, et d'autre part une majorité plus ou moins silencieuse qui voit ses valeurs sur le mariage et la famille mises au rancart et qui est exploitée par des groupes conservateurs religieux.

Les droits pré-existent à l'État. L'État crée le plus souvent des privilèges, restreint les droits et impose des contraintes. Au contraire de la croyance générale, l'action de l'État vise rarement à protéger les droits.

Mon point de vue actuel sur la question est qu'une loi sur le mariage, bien qu'inutile, est non discriminatoire. Elle n'est pas discriminatoire parce qu'elle n'empêche pas les personnes de même sexe de vivre ensemble, au même titre que ceux qui se marient et qui sont de sexes opposés. Il ne s'agit là que d'une reconnaissance étatique avec peu de conséquences légales.

Ceci dit, je n'accorde pas la même valeur aux relations sexuelles entre personnes de même sexe et à celles de personnes de sexes opposés (même s'ils n'ont pas d'enfant...). À mon sens, parler de l'homosexualité comme d'une déviation, c'est constater un état de fait. Je considère qu'il y a une nuance importante à ne pas franchir entre, d'une part, considérer l'homosexualité comme une déviation permise et, d'autre part, consacrer cette union par la loi.

Même si je suis athée et que généralement les athées sont avec la gauche parce que la gauche dit que sans elle il n'y a pas de progrès (l'Histoire prouve le contraire!), moi je dis qu'il n'est pas nécessaire de croire en un Dieu pour avoir des principes de conduite car la religion n'est qu'une idéologie du désespoir. Elle a tellement fait du sexe son principal dada qu'elle a ainsi démontré son anachronisme face à l'avenir.

Il est important de situer le débat dans une perspective anthropologique et relativiste, au-delà des dogmes et considérations punitives, légalistes, religieuses ou moralisatrices. Voir les relations entre deux personnes sous le seul aspect de la sexualité apparaît limitatif. Le sexe a sans doute pris une importance qu'il ne mérite pas. Pour les homosexuels, c'était d'ailleurs une affaire d'argent, de déductions fiscales et de pensions aux personnes de sexes opposés, bien qu'ils disent, dans leurs revendications pour le mariage, qu'il s'agit d'une égalité face au droit au mariage. Il y a aussi, dans ces revendications, un mépris de ce qui est normal.

Quand je dis que le sexe a pris une importance qu'il ne mérite pas, ce n'est pas un appel au prohibitionnisme et à la censure; c'est au contraire que, d'une part, dans une société qui a trouvé son sauveur dans l'État, le sexe et bien d'autres évasions deviennent des exutoires naturels et que, d'autre part, la prohibition au contraire, en particulier la prohibition religieuse, n'est que l'expression d'un pharisaïsme qui a fait la démonstration de son contraire, notamment la pédérastie chez les musulmans, les bouddhistes et les prêtres chrétiens. La plupart des déviations sexuelles ont eu un ferment naturel dans les sociétés fortement religieuses ou répressives, ou en périodes de guerres (c'est un de ces faits camouflés par l'histoire officielle que les Russes, dans leur invasion de l'Allemagne en 1945, n'ont fait que perpétrer viols et meurtres). Le communisme a été très répressif vis-à-vis la famille; dans un État communiste ou socialiste, les gens mariés ont le droit de produire des enfants, mais ils appartiennent à l'État...

Par ailleurs, les naturistes ont démontré que le besoin sexuel, quand il n'est pas frappé d'un anathème, s'évapore graduellement.

Le psychanalyste Sigmund Freud, vers 1905 et plus tard, avait déjà examiné les déviations sexuelles dans une perspective où le terme déviation n'impliquait pas nécessairement un blâme, bien que l'usage du terme dévalorise ces comportements. Il juge toutefois que des déviations sont des perversions et que certaines perversions sont carrément pathologiques. Ainsi certaines perversions, comme la bestialité, sont fréquentes chez les peuples exerçant une prohibition de la sexualité dite normale. Voici un extrait de ses écrits sur la question:

«L'expérience nous a montré que la plupart des déviations, au moins quand il s'agit des cas les moins graves, sont rarement absentes dans la vie sexuelle des sujets normaux, qui les regardent simplement comme des particularités de leur vie intime. Là où les circonstances sont favorables, il pourra arriver qu'un être normal, pendant tout un temps, substitue telle ou telle perversion au but sexuel normal, ou lui fasse place à côté de celui-ci. On peut dire que, chez aucun individu normal, ne manque un élément qu'on peut désigner comme pervers, s'ajoutant au but sexuel normal; et ce fait seul devrait suffire à nous montrer combien il est peu justifié d'attacher au terme de perversion un caractère de blâme.

(...) Toutefois, la qualité du nouveau but sexuel, dans certaines perversions, requiert une étude particulière. Certaines perversions sont, en effet, si éloignées de la normale, que nous ne pouvons faire autre chose que les déclarer pathologiques. Particulièrement celles où l'on voit la pulsion sexuelle surmonter certaines résistances (pudeur, dégoût, horreur, douleur), et accomplir des actes extraordinaires (lécher des excréments, violer des cadavres). Cependant, il serait erroné de croire que, même chez ces sujets, on retrouve régulièrement des anomalies graves d'une autre espèce, ou des symptômes graves d'une autre espèce, ou manquer de constater une fois de plus que des sujets normaux à tout autre égard peuvent rentrer dans la catégorie des malades au point de vue sexuel, sous la domination de la plus impérieuse des pulsions. Mais, au contraire, les anomalies que l'on peut apercevoir dans les autres activités apparaissent toujours sur un fond de déviation sexuelle.»


11 février 2004
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